jeudi 5 août 2021

La France s'est suicidée, les français sont vivants !

Grâce à vous les vivants

Aujourd'hui le Conseil constitutionnel de la République française a validé la loi dite du pass sanitaire, une loi contraire aux droits de l’homme, article 2, à la constitution française, article 55, au code civil, article 16, au code pénal, article 225, au code du travail, article 11.32, au code de santé publique, article R27.31, au code de déontologie médicale, article 36, au serment d’Hippocrate, à la loi du 13 Juillet 1983, à la loi nᵒ 2002-3032 appelée loi Kouchner, au Conseil de l’Europe, résolution 97 article 5, à la déclaration d’Helsinki de 1996, à la déclaration de Genève de 1948, à la déclaration de Nuremberg de 1945. Aujourd'hui la France s'est suicidée, la France est morte. Mais les français, les français valeureux, sont vivants et personne jamais ne fera d'eux des morts vivants, des esclaves, des robots,  des valets des puissants, des moutons pour l'abattoir ! Grâce à eux,  dans les  jours qui suivent. la France va ressusciter et avec elle de nombreux pays. 

Ce soir un texte de mes carnets de 1987 m'est revenu en mémoire. Ce texte je l'adressais à mes frères, à mes amis, les artistes et les poètes connus et inconnus, alors que je comprenais que l'art et les artistes étaient en train de mourir, empoisonnés par un virus semblable à celui que l'on a couronné roi aujourd'hui, le virus de l'argent, le virus de la mort, le virus de la haine, le virus du pouvoir, le virus de la soumission, le virus de la négation de l'humanité, le virus de ceux qui ne connaissent pas la Vie dont ils vivent et qui pour cette raison sont déjà morts et ne peuvent rien contre nous les vivants !   

   

"Laisser les morts enterrer les morts" Mt 8,22
           

Tenez vous éloignés des morts-vivants 

Vous qui savez regarder, vous qui vous réjouissez d’une fleur, d’un brin d’herbe, d’une tache de lumière sur un tronc d’arbre, d’un rire innocent, vous qu’un mot, un grain de voix, un silence, une caresse, une seconde d’amour, déchirent et comblent de joie. Vous les vivants, vous les artistes, vous les libres, vous les vrais, vous les deux fois nés, vous qui poursuivez dans vos cœurs voyants comme au dehors aveuglé l’œuvre du Créateur, ne serait-ce que le temps d’un souffle, le temps d’un désir ou celui d’un souhait ou d’une tentative, vous donc qui aimez votre vie et chaque vie, vous qui voyez en elles le Don du Vivant Amour, vous qui l’aimez Lui, l’Amant des vivants, vous tous mes amis, proches et lointains, de grâce craignez les haineux, évitez les semeurs de morts, les égareurs égarés qui prétendent vous guider, vous célébrer et qui ne cherchent qu’à vous vendre, à vous perdre, à vous duper pour se repaître de vos faibles lueurs. Vous tous mes frères vivants connus et inconnus ne surestimez pas vos forces, chantez, réjouissez-vous, priez pour eux, mais tenez vous éloignés des morts-vivants. 


Texte : Robert Empain. Carnet 1987. Extrait de AD Imaginem Dei 1 L'oeuvre invisible. Image : "Laisser les morts enterrer les morts" Mt 8,22. Assemblage avec Memling. Robert Empain. 2009 

    

lundi 5 avril 2021

Le Christ est ressuscité et la vie règne.

 Grâce au Père Dom Jean Pateau

 

JOUR DE PÂQUES

 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 4 avril 2021

 

Riches et pauvres, exultez ensemble. Abstinents et négligents, honorez ce jour. Vous qui avez jeûné et vous qui n'avez pas jeûné, réjouissez-vous aujourd’hui… Vous tous, jouissez du festin de la foi… Que personne ne se lamente sur sa misère : car notre Royaume à tous est apparu. Que personne ne pleure ses péchés, car le pardon s’est levé du tombeau. Que personne ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a délivrés. La mort l’a retenu et il l’a étouffée ; descendu aux enfers, Il les a dépouillés… Enfers, où est votre victoire ? Le Christ est ressuscité et vous avez été jetés bas. Le Christ est ressuscité et les démons sont tombés. Le Christ est ressuscité et les anges se réjouissent. Le Christ est ressuscité et la vie règne.

 

Marie, ne me touche pas, je ne suis pas encore monté vers le Père.
 



    Chers Frères et Sœurs,

    Mes très chers Fils,

    Par ces mots, tirés du rite byzantin de la Vigile Pascale, saint Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople, s’adressait à son peuple en ce « saint et lumineux jour de la glorieuse et salutaire résurrection du Christ notre Dieu. » Qui que nous soyons, quelle que soit notre vie, implorons le pardon que le Christ nous offre par sa victoire sur le mal, sur la mort. Ressuscitons avec lui et jouissons du festin de la foi. Ces lignes divisent l’humanité. Tout homme qui reconnaît avoir besoin d’un sauveur les reçoit pour son salut. Tout homme qui se suffit à lui-même les rejette pour sa perte. 

En ce saint jour de Pâques, souvenons-nous de la parabole du fils prodigue, appelée aussi parabole du père miséricordieux (Lc 15,11-32). Des deux fils, le plus jeune après avoir exigé sa part d’héritage quitte la maison paternelle pour vivre sa vie. Ayant gaspillé ses biens, il forme le désir de retourner chez son père non à titre de fils, mais comme ouvrier. Au loin, son père l’aperçoit. Il va au-devant de lui, lui pardonne et ordonne que l’on fête son retour. Le fils aîné, revenu des champs, ayant appris la raison des festivités, entre dans une grande colère et refuse de se joindre à la fête. Ni le fils aîné, ni le fils cadet n’avaient compris le secret du cœur de leur père : la miséricorde. L’aîné, par une fidélité étroite à son éducation n’attendait de son père que la justice. Juste, il pensait n’avoir pas besoin de miséricorde. Le cadet avait gaspillé ses biens, son héritage et surtout son éducation. Conscient de sa misère et de sa responsabilité, il ne pouvait prétendre qu’à la condamnation. Quant au père, il n’avait de cesse que de partager son secret, sa miséricorde, avec ses deux enfants. Reconnaissons que chacun d’entre nous tient à la fois du fils aîné et du fils cadet, une dureté intransigeante et une misérable faiblesse. Notre cœur est souvent le lieu d’un terrible combat. Qui nous sauvera du désespoir ? En ce matin de Pâques, le Christ vainqueur domine nos vies. Il domine nos fiertés. Il domine nos misères. Il porte sur chacune d’elles, le baume purifiant, pacifiant et vivifiant de la sainte miséricorde. Déjà, sur le Golgotha, cloué en croix entre deux voleurs, il avait entendu les paroles du bon larron : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Lc 23,42) La réponse n’avait pas tardé : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Lc 23,43) La miséricorde a toujours le dernier mot. 

Cette nuit, alors que le Christ triomphait de la mort, nous nous sommes réjouis. Ce matin, la pierre est roulée. Le tombeau est vide. En sera-t-il de même pour les tombeaux de nos vies, de nos misères ? Ces tombeaux qui nous emprisonnent ? La fête de Pâques ne se résume pas à l’évocation d’un événement grandiose, au renouvellement des promesses de notre baptême. C’est vrai, nous avons renoncé à Satan, à ses œuvres, à ses séductions. Nous avons professé notre foi en Dieu : Père, Fils et Saint-Esprit ; notre croyance en la sainte Église catholique, en la communion des saints, en la rémission des péchés, en la résurrection de la chair, et en la vie éternelle. Mais tout serait vain si les paroles du bon larron ne jaillissaient de notre cœur : « Jésus, souviens-toi de moi. » Les paroles de l’Ange de la Résurrection adressées aux femmes devant le tombeau reviennent à nos oreilles et nous rassurent : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité. » (Mt 28,5-6) 

Soyons donc sans crainte si nous cherchons vraiment le Seigneur, si nous lui demandons de se souvenir de nous. Renouvelées dans le Christ, nous deviendrons cette pâte nouvelle qui fait fermenter la masse. Celui qui communie au Christ ressuscité doit partir en mission. 

Après l’adresse de l’ange, le Christ lui-même vient aux femmes : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » (Mt 28,10) Voir Jésus, être vu par Jésus : voici le dernier pas à accomplir, l’ultime accueil et le plus difficile. Pensons à Pierre et à Judas au soir du jeudi-saint. La richesse, l’idéologie, l’orgueil ferment les yeux et le cœur. Le dépouillement les ouvre. Quelle leçon que ce souvenir d’un prêtre visitant à Erbil les chrétiens d’Irak ayant fui Mossoul et les horreurs de Daech : 

Ils avaient tout perdu en quelques heures parce qu’ils avaient refusé de renier leur foi… Un enfant de cinq ans est allé me chercher son « trésor ». Ils avaient dû fuir à pied Mossoul , chacun emportant une seule chose. De tout ce qu’il possédait, il avait choisi sa Bible illustrée1 .

Et le prêtre de poser ces questions : Est-ce que nous considérons que la foi est notre premier trésor ? Est-ce que nous sommes convaincus que ce qui pourrait nous arriver de pire serait de la renier ou de la perdre ? Recevons ces témoignages venus de nos frères dans la foi, les chrétiens du Moyen-Orient, les chrétiens de Chine trop oubliés et qui se sentent abandonnés. Faisons nôtre en ce jour la joie de Marie. Qu’elle intercède pour nous auprès de Dieu. La promesse est désormais accomplie en celui qu’elle a porté. Le Christ est ressuscité pour sauver le monde.
 
Illustration :  Marie, ne me touche pas, je ne suis pas encore monté vers le Père. Caséine sur toile. 210 x 279 cm. Robert Empain. 2015

jeudi 24 décembre 2020

Ne craignez point; car je vous annonce une bonne nouvelle : aujourd'hui, il vous est né un Sauveur.

Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée !

 

Hermann et Jan de Limbourg. l’Annonce faite aux bergers.
Manuscrit pleine page des « Très Riches Heures du duc de Berry ».
Cahier des Heures de la Vierge. 1411-16.
Chantilly, Musée Condé.

 

Evangile selon saint Luc 

1

1 Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, 2 suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, 3 il m'a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie, excellent Théophile, 4 afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.

5 Du temps d'Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d'Abia; sa femme était d'entre les filles d'Aaron, et s'appelait Elisabeth. 6 Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d'une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. 7 Ils n'avaient point d'enfants, parce qu'Elisabeth était stérile; et ils étaient l'un et l'autre avancés en âge. 8 Or, pendant qu'il s'acquittait de ses fonctions devant Dieu, selon le tour de sa classe, 9 il fut appelé par le sort, d'après la règle du sacerdoce, à entrer dans le temple du Seigneur pour offrir le parfum. 10 Toute la multitude du peuple était dehors en prière, à l'heure du parfum. 11 Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l'autel des parfums. 12 Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur s'empara de lui. 13 Mais l'ange lui dit: Ne crains point, Zacharie; car ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. 14 Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance. 15 Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l'Esprit-Saint dès le sein de sa mère; 16 il ramènera plusieurs des fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu; 17 il marchera devant Dieu avec l'esprit et la puissance d'Elie, pour ramener les coeurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. 18 Zacharie dit à l'ange: A quoi reconnaîtrai-je cela? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge. 19 L'ange lui répondit: Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu; j'ai été envoyé pour te parler, et pour t'annoncer cette bonne nouvelle. 20 Et voici, tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps. 21 Cependant, le peuple attendait Zacharie, s'étonnant de ce qu'il restait si longtemps dans le temple. 22 Quand il sortit, il ne put leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le temple; il leur faisait des signes, et il resta muet. 23 Lorsque ses jours de service furent écoulés, il s'en alla chez lui.

24 Quelque temps après, Elisabeth, sa femme, devint enceinte. Elle se cacha pendant cinq mois disant: 25 C'est la grâce que le Seigneur m'a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes. 26 Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, 27 auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. 28 L'ange entra chez elle, et dit: Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi. 29 Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. 30 L'ange lui dit: Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu. 31 Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. 32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. 33 Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin. 34 Marie dit à l'ange: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme? 35 L'ange lui répondit: Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.  

36Voici, Elisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. 37 car rien n'est impossible à Dieu. 38 Marie dit: Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole! Et l'ange la quitta. 39 Dans ce même temps, Marie se leva, et s'en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda. 40 Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Elisabeth. 41 Dès qu'Elisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. 42 Elle s'écria d'une voix forte: Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. 43 Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi? 44 Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l'enfant a tressailli d'allégresse dans mon sein. 45 Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement. 46Et Marie dit: Mon âme exalte le Seigneur, 47 Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, 48 Parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, 49 Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint, 50 Et sa miséricorde s'étend d'âge en âge Sur ceux qui le craignent. 51 Il a déployé la force de son bras; Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses. 52 Il a renversé les puissants de leurs trônes, Et il a élevé les humbles. 53 Il a rassasié de biens les affamés, Et il a renvoyé les riches à vide. 54 Il a secouru Israël, son serviteur, Et il s'est souvenu de sa miséricorde, 55 Comme il l'avait dit à nos pères, -Envers Abraham et sa postérité pour toujours. 56 Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle. 

57 Le temps où Elisabeth devait accoucher arriva, et elle enfanta un fils. 58 Ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait fait éclater envers elle sa miséricorde, et ils se réjouirent avec elle. 59 Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l'enfant, et ils l'appelaient Zacharie, du nom de son père. 60 Mais sa mère prit la parole, et dit: Non, il sera appelé Jean. 61 Ils lui dirent: Il n'y a dans ta parenté personne qui soit appelé de ce nom. 62 Et ils firent des signes à son père pour savoir comment il voulait qu'on l'appelle. 63 Zacharie demanda des tablettes, et il écrivit: Jean est son nom. Et tous furent dans l'étonnement. 64 Au même instant, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia, et il parlait, bénissant Dieu. 65 La crainte s'empara de tous les habitants d'alentour, et, dans toutes les montagnes de la Judée, on s'entretenait de toutes ces choses. 66 Tous ceux qui les apprirent les gardèrent dans leur coeur, en disant: Que sera donc cet enfant? Et la main du Seigneur était avec lui. 

67 Zacharie, son père, fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa, en ces mots: 68 Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, De ce qu'il a visité et racheté son peuple, 69 Et nous a suscité un puissant Sauveur Dans la maison de David, son serviteur, 70 Comme il l'avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens, - 71 Un Sauveur qui nous délivre de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent! 72 C'est ainsi qu'il manifeste sa miséricorde envers nos pères, Et se souvient de sa sainte alliance, 73 Selon le serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père, 74 De nous permettre, après que nous serions délivrés de la main de nos ennemis, De le servir sans crainte, 75 En marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie. 75 Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut; Car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies, 77 Afin de donner à son peuple la connaissance du salut Par le pardon de ses péchés, 78 Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, En vertu de laquelle le soleil levant nous a visités d'en haut, 79 Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, Pour diriger nos pas dans le chemin de la paix.

80 Or, l'enfant croissait, et se fortifiait en esprit. Et il demeura dans les déserts, jusqu'au jour où il se présenta devant Israël.

Luc 2

1 En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. 2 Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. 3 Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville. 4 Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléhem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David, 5 afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. 6 Pendant qu'ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva, 7 et elle enfanta son fils premier-né. Elle l'emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie.

8 Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. 9 Et voici, un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d'eux. Ils furent saisis d'une grande frayeur. 10 Mais l'ange leur dit: Ne craignez point; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie: 11 C'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. 12 Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche. 13 Et soudain il se joignit à l'ange une multitude de l'armée céleste, louant Dieu et disant:

14 Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée!

Andrea Mantegna. L’ Adoration des bergers. Vers 1455-1456.
New York. Metropolitan Museum of Art.



15 Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres: Allons jusqu'à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. 16 Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche. 17 Après l'avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant. 18 Tous ceux qui les entendirent furent dans l'étonnement de ce que leur disaient les bergers. 19 Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son coeur. 20 Et les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, et qui était conforme à ce qui leur avait été annoncé.

21 Le huitième jour, auquel l'enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, nom qu'avait indiqué l'ange avant qu'il fût conçu dans le sein de sa mère.

22 Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, - 23 suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur: Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur, - 24 et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur.

25 Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit-Saint était sur lui. 26 Il avait été divinement averti par le Saint-Esprit qu'il ne mourrait point avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. 27 Il vint au temple, poussé par l'Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu'ordonnait la loi, 28 il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit:

29 Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S'en aller en paix, selon ta parole. 30 Car mes yeux ont vu ton salut, 31 Salut que tu as préparé devant tous les peuples, 32 Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple.

33 Son père et sa mère étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui. 34 Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère: Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, 35 et à toi-même une épée te transpercera l'âme, afin que les pensées de beaucoup de coeurs soient dévoilées.

36 Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle était fort avancée en âge, et elle avait vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité. 37 Restée veuve, et âgée de quatre vingt-quatre ans, elle ne quittait pas le temple, et elle servait Dieu nuit et jour dans le jeûne et dans la prière. 38 Etant survenue, elle aussi, à cette même heure, elle louait Dieu, et elle parlait de Jésus à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

39 Lorsqu'ils eurent accompli tout ce qu'ordonnait la loi du Seigneur, Joseph et Marie retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. 40 Or, l'enfant croissait et se fortifiait. Il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.


Le Greco. Adoration des bergers. 1612-1614.
Le Prado.


lundi 7 décembre 2020

Au coeur du Sujet, la Vie.

Grâce et expositions : Au Coeur du Sujet - 2006

 Espace Grâce Bruxelles


En octobre 2006, notre groupe d'artistes Grâce présentait à Bruxelles, dans l'espace du même nom, une exposition intitulée « Au cœur du Sujet ». Nous disions alors ce que nous n'avons cessé de dire depuis : ce qui est au coeur de chaque homme c'est un Désir qui le veut en vie, non pas pour la mort comme le pense Martin Heidegger et ses suiveurs aveugles, mais pour la vie infinie. Ce Désir est celui d'une Vie absolue qui nous donne sa vie en espérant que nous la recevions et que nous l'aimions en nous-mêmes et en chaque vivant. Nous disions que la Vie et l'Amour sont les Noms de Dieu et que l'art peut encore ouvrir nos coeurs à ce Désir infini et nous apprendre de quelle chair éternelle notre âme est faite. Nous voulions aussi rendre hommage aux peintres Paul Cézanne et Vassily Kandinsky, au poète Arthur Rimbaud et au philosophe Michel Henry qui nous ont aidés à comprendre ces choses. Je publie ici le texte de l'Appel à participer cette exposition que j'avais lancé à quelques artistes en 2006, car il peut nourrir notre réflexion aujourd'hui alors que la peur de la mort pétrifie plus durement encore des coeurs humains fermés à la vraie Vie. 
 
La Vie, huile sur velours 2006. Robert Empain

 

Paul Cézanne :  «Il faut se dépêcher si l’on veut encore voir quelque chose, car les choses sont en train de disparaître.»  

Or, la disparition a eu lieu. Comment et où les «choses» ont-elles disparu ?  Elles ont disparu dans les écrans et les images, elles ont disparu de notre capacité de les voir, elles ont disparu de l’art lui même.  Cette disparition se nomme Barbarie, Science, Technique, Spectacle, Marché, Musée…La suite est en cours : l’homme - pensé comme un objet parmi les objets du monde - est en train de disparaître.  


Corps subjectif de Wassily Kandinsky, technique mixte sur toile, 2006. Robert Empain

 


Au cœur du sujet est ta disparition
Pourtant, un seul tableau de Cézanne, un seul poème de Rimbaud - par exemples - sont plus essentiels pour l’homme que des milliards d’images car ils pourraient lui en apprendre beaucoup sur son apparition et sur sa disparition… 

 

Yvon Mouster. Photographies issues d'une série de portraits de défunts déposes sur des tombess. 2006. 


L’art pourrait-il encore nous sauver ?
Une telle possibilité est-elle encore d’actualité pour l’art et ses agents ? Au cœur du sujet il y a cette question : quel art pourrait nous sauver ?  
L’artiste qui espèrerait régénérer une telle possibilité, ne serait-ce que pour lui-même, doit comprendre et affirmer avec force  : L’art, en son essence, est hors du monde, hors du temps, hors de toute époque, hors de ce que nous osons appeler la culture, hors des marchés, hors même du visible, il n’a rien à voir avec les images et les objets, rien à voir avec les idées et les concepts.  Il s’ensuit que l’art ne peut être expliqué par l’histoire de l’art, la science, l’économie, la politique, la sociologie, la psychologie, la sémiologie, la psychanalyse, pas davantage par la technologie, la mode, le musée, les galeries, les médias, la nationalité, l’ethnie, la classe, le pouvoir, la biographie… 

 

C’est au contraire la prolifération des théories, des explications, des justifications,  l’addition de leurs considérations fragmentaires, hors de son sujet et hors Sujet, qui ont produit la confusion actuelle et détruit la relation vivante à l’art - passé comme présent -  ainsi que son enseignement et sa pratique.  C’est l’essence de l’art qui a été et qui est continuellement annulée par les politiques culturelles, muséales et patrimoniales ; qui est assassinée par les médias et anéantie par la spéculation et l’argent.
Philippe Sollers : « Désormais, les mortels unis par leur seule passion, qui est la mort, n’ont donc qu’une chose à faire, c’est d’éviter  au maximum que se produise parmi eux un trop de bonheur. Le navigateur d’aujourd’hui est plus clandestin que jamais. Il doit recourir à d’autres stratégies et endurer la volonté générale qui consiste à fabriquer du temps pour la mort. » Une visite aux MAC’S SMAK et autres FRAC suffit à le démontrer.

Si l’art n’est pas du monde, pas dans l’histoire, pas dans le visible, pas dans la culture - telle qu’on nous la sert – pas dans les images et ainsi de suite, où est-il ? Quel est son lieu ?


Photographies du poète Philippe Pavageau. 2006


L’art a lieu en toi, dans ta chair, dans ta sensibilité, dans ton cœur, dans ta vie.  
« Le cœur est  la définition la plus adéquate de l’homme.» écrit Michel Henry.
Ce que tu éprouves dans ta chair, dans ton cœur, c’est la vie.  Mais qu’est-ce que la vie ? « La vie est le mouvement invisible et incessant de venir en soi, de s’éprouver soi-même, de s’accroître de soi ; enraciné dans la vie, l’art est une réponse pathétique (un éprouver) que la vie s’efforce d’apporter à l’immense Désir qui la traverse. Et cette réponse, la vie ne peut la trouver qu’en elle-même, dans une sensibilité qui veut sentir davantage, se sentir plus intensément… » écrit Michel Henry.
La vie est ainsi la Force invisible (un Flux dira Nietzsche) qui veut toujours s’éprouver plus intensément et s’accroître davantage en nous à chaque instant.  
L’art n’a d’autre but que de nous faire ressentir et d’accroître la vie et l’essence de l’art est la sensibilité.  L’essence de l’art Wassily Kandinsky n’a cessé de l’affirmer :  « C’est par la sensibilité seule que l’on parvient à atteindre le vrai dans l’art. »


Saskia Weyts. Regard croisé. Huile sur toile. 2006


La vie et l’art ne s’éprouvent qu’en l’homme, dans sa chair, dans son cœur et jamais dans le monde - car le monde n’éprouve rien.  C’est pourquoi l’art, en son essence sensible qui est la vie elle même, est toujours hors du monde, hors de l’histoire, hors de l’époque, c’est pourquoi il n’a rien à voir avec quoi que ce soit d’objectif, un objet, une matière, un concept, une idée, une image etc. L’art a du sens si il est propagateur de vie, et l’artiste est le passager clandestin du monde qui, contre les forces de négation de la vie, contre la disparition du monde et de l’homme, contre cette époque, affirme et exprime la vie.
Martin Heidegger face à la dévastation du monde a écrit :  « Seul un dieu peut nous sauver » Le seul dieu qui peut nous sauver est pourtant celui que Heidegger avait perdu de vue, il se nomme la Vérité et la Vie. Par lui nous pouvons sortir de cette interminable Saison en enfer et dire enfin avec Arthur Rimbaud  : « …il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps. » 


Vue de l'exposition Au coeur du Sujet, à l'espace Grâce à Bruxelles

 


Illustrations : oeuvres de Saskia Weyts, Yvon Mouster, Philippe Pavageau, Robert Empain,  

Texte : Robert Empain


mardi 24 novembre 2020

Pourtant la Beauté.


  En ces temps de désolation et face à un monde qui semble avoir définitivement perdu l'Esprit, se révèlent aux yeux de tous la vanité, l'impuissance, la violence et la folie des puissants.  En ces temps de désespoir, les poètes peuvent  encore indiquer la voie simple du recueillement de la beauté qui manifeste partout la bonté de Dieu, la voie qui s'ouvre à tout instant à chacun de nous de sauter hors du temps mortel pour se situer dans le synchronisme divin et naître dans la vraie Vie dont ils vivent depuis toujours en l'ayant oublié.
 
J'espère que ces deux textes, extraits Ad Imaginen Dei 1 L'oeuvre invisible, ouvrent quelque peu cette voie...

Nuage en Berry. 2010
 
  
Pourtant la Beauté 
La Beauté ne se définit pas, elle se rencontre en personne, comme une reine, une amie, une sœur ou un ange. 
La Beauté se manifeste partout. On peut la voir dans une pâquerette, une éclipse solaire, un flocon de neige, un massif de montagnes, une pomme, un ciel étoilé, les yeux d'un enfant, un visage de femme, les mains d'un mourant, un miroitement sur une source, un jaillissement dans l'âme... 
La loi de la Beauté est toujours. 
La Beauté est toujours neuve, toujours venante, toujours donnée, toujours aimée...
La Beauté conjugue au présent les verbes embellir, venir, donner, rayonner, rire, maintenir, ouvrir, nourrir, jouer, aimer, caresser, jouir, soigner, pardonner, être, vivre. 
Elle dit j’embellis, je viens, je donne, je rayonne, je ris, je maintiens, j'ouvre, je nourris, je joue, j'aime, je caresse, je jouis, je soigne, je pardonne, je suis, je vis. 
La Beauté t’appelle et te dit embellis, viens, donne, rayonne, ris, maintiens, ouvre, nourris, joue, aime, caresse, jouis, soigne, pardonne, sois, vis ! 
La Beauté dit je suis là et je suis là depuis toujours, je suis là encore, je suis neuve, je te pardonne, je t’aime, recommençons, viens ! 
La Beauté abolit le temps, elle dissout nos peurs de passer, de trépasser. 
La Beauté est le passage ouvert. La Beauté est la bonté, l’amour et le pardon. 
La Beauté est le visage du Dieu Vivant qui transparaît dans le visage d’une maman qui étreint son enfant, ou celui d'un père qui embrasse son fils perdu et retrouvé. 
 La Beauté c’est la joie de Dieu manifestée partout. 
 
 
L'Adoration des mages par Les frères Limbourg. XVe siècle. Berry

 
 
Se signer dans l’Univers 
Chaque époque a l’art qu’elle mérite comme chaque homme ne voit que ce qu’il est capable de voir. Les civilisations sont mortelles et les chefs-d’œuvre qu'elles nous lèguent le sont aussi. Les musées se chargent de les ensevelir dans leurs fosses communes et leurs tombeaux étiquetés. Les œuvres d’art ne vivent que par ceux qui les aiment, les amateurs, les artistes, les poètes, tous des princes charmants capables de rendre la vie aux apparences mortes, tous amants sincères dont les regards ont les vertus du baiser. Pour ceux là, les œuvres d'art sont des Belle-au-Bois-dormant qu’une étreinte suffit à ramener à la vie. Ces Beautés ressuscitées ne regardent que ceux qui les regardent et leurs grâces n'illuminent que les cœurs transparents, brisant les carapaces, travaillant les cœurs en profondeur en les ensemençant. 
Les vrais artistes, les Vinci, Durer, Van Eyck, Cézanne, Monet, Van Gogh, Manet, Rodin, Kandinsky, Picasso, Miro, Matisse, Klee, Morandi et mille autres moins connus, percevaient dans la plus humble réalité un miracle, ils en recevaient une joie féconde. Si ils ont peint des tableaux c’est pour nous, pour que nous percevions ces grâces à notre tour. Pour l’artiste, l’art est recommencement perpétuel car il vient de la Vie, qui est le Principe vivant en toute création. L’artiste est le vivant singulier qui saute hors du temps pour se situer d’emblée dans le synchronisme divin, le Présent Vivant. En Lui et par Lui, le Vivant, il entend et comprend sa propre langue, sa voix, son regard, il renoue avec l'Universel dans le personnel, il reçoit le Souffle premier, créateur de toutes choses, et, en le recueillant il se recueille lui-même. Recueilli, il peut tout accueillir et connaître son Nom. Le connaissant, il peut se signer dans l’univers et dire cette prière en comprenant son sens inouï : Je suis au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! Ainsi il rend grâce et demeure avec Paul Klee et ses semblables « insaisissables dans les rameaux de l’Être ». Et, pour toutes ces raisons, avec eux, il rit beaucoup.  
 
 
Textes : Robert Empain, 1986.
Extraits de Ad Imaginel Dei 1 L'oeuvre invisible est disponible sur Apple store

mardi 3 novembre 2020

Le monde peut-il encore être sauvé par quelques uns ?

 Grâce à Michel Henry

Texte de présentation de La Barbarie, issu de son site officiel, ici

 

 

La Barbarie, Grasset 1987. 

Dernière rééd. P.U.F.  Quadrige grands textes, 2004



Notre monde ne va pas bien et cet essai brillant et passionné, destiné à un large public, a, hélas, encore gagné en actualité. Dès sa publication, alors que de leur côté des biologistes s’interrogeaient sur l’orientation éthique de la science, il a connu un grand succès. Son propos est de prendre en vue la catastrophe majeure de notre temps, la barbarie, et de mettre en lumière sa cause : on ne saurait y voir un fléchissement accidentel de civilisation comme il y en a tant eu. Il s’agit, montre Michel Henry, d’une dénaturation de la vie tout entière dont l’essence est de faire effort pour se transformer et s’accomplir. Inversion de ce processus, la barbarie résulte de la progression aveugle de la technique, généralement considérée comme positive. 

 

C’est sur les principes de sa phénoménologie que Michel Henry fonde l’analyse d’une catastrophe qui touche en réalité à l’historial. La crise actuelle lui fait définir la relation de la culture à la vie, la nature de la science, celle de la technique, ainsi que celle de la communauté, de la société, du travail, le tout en faisant retour au concept central de sa phénoménologie fondée sur le pouvoir de l’individu. Ce texte est un manifeste en faveur de la vie et non le pamphlet que certains ont cru lire.

Ce qui ne s’était jamais vu :

Le développement sans précédent des savoirs scientifiques va de pair avec l’effondrement des autres activités et entraîne la ruine de l’homme.

 

I - Culture et barbarie :

Produit de l’auto transformation de la vie, la culture est savoir originel, subjectif, de cette vie et diffère du savoir scientifique, objectif, tel que l’a formulé au XVIe siècle Galilée, fondateur de la science moderne : ce second savoir repose sur la mise hors jeu des qualités sensibles du monde et n’en retient que les formes abstraites ; d’autre part, ne s’occupant que de l’extériorité du monde, il ignore les limites de son champ de recherche. C’est pourtant la vie subjective qui donne originairement forme au monde et qui est la condition interne du savoir scientifique. Mais ce savoir premier s’identifie à ce qu’il fait, opère du dedans et se confond avec son pouvoir, alors que la science a pour fondement l’objectivité et l’universalité. Se mouvant dans la théorie, elle ne peut concevoir la réalité pratique de la culture : la subjectivité étant tout entière besoin, sa praxis satisfait aussi bien besoins élémentaires – biens utiles à la vie, nourriture, habitat, célébration de son destin, érotisme, organisation sociale, travail – que besoins supérieurs, art, éthique, religion. La barbarie réside dans cette méconnaissance.

 

II - La science jugée au critère de l’art

Ce n’est pas le savoir scientifique qui est en cause, mais l’idéologie actuelle qui le tient pour l’unique savoir. Les ingérences de la méthode scientifique dans le domaine de l’art rendent sensible leur hétérogénéité : ainsi à Éleuthère, ancienne forteresse grecque dont les remparts cyclopéens magnifiquement conservés sont défigurés par la ligne électrique à haute tension qui les enjambe, détruisant cette unité du monde qui repose sur la sensibilité individuelle ; ravages de prétendues restaurations scientifiques comme à Daphni, basilique du XIe siècle aux mosaïques dévastées par une initiative de la science dans un domaine qui n’est pas le sien. Ce qui est détruit est l’unité organique du substrat, analogon de l’objet esthétique qui est par essence imaginaire. Car l’art est à chaque fois expression d’un individu, caractère qu’ignore la science. (Se reporter à Voir l’Invisible, essai sur Kandinsky).

 

III - La science seule : la technique

Les opérations que la science inspire à la technique reposent exclusivement sur l’auto développement d’un savoir théorique livré à lui-même qui ne sait rien des intérêts supérieurs de l’homme. Pourtant l’essence de la technè est originairement savoir-faire individuel. La mise en œuvre de nos pouvoirs subjectifs est la forme première de la culture. Mais quand ce déploiement de la praxis dépend d’une abstraction, il y a bouleversement ontologique, l’action cesse d’obéir aux prescriptions de la vie. Coupée de sa racine humaine, elle n’existe plus que sur un mode purement matériel.
    A cela s’ajoute une inversion de la téléologie vitale : la production vise l’argent, qui est abstraction. Le rôle des travailleurs dans le monde moderne s’est amoindri, remplacé par des robots et l’atrophie des potentialités de l’individu vivant a entraîné un malaise – et une inculturation, la part du savoir de chacun devenant minimale, tandis que l’univers technique prolifère à la manière d’un cancer.

 

IV – La maladie de la vie

La barbarie réside dans l’occultation par l’homme de son être propre C’est pourtant la subjectivité qui crée les idéalités de la science. Comme celui de la culture l’acte inaugural de celle-ci est une modalité de la vie. Aujourd’hui toutefois la science et la culture sont en rapport d’exclusion réciproque parce que la praxis de la science conçoit la vérité comme étrangère à la sphère ontologique de la vérité vivante. Cette auto négation de la vie est l’événement crucial qui détermine la culture moderne en tant que culture scientifique, phénomène qui va de pair avec l’élimination des autres domaines spirituels.
Or tout homme se meut à l’intérieur du monde de la vie, il est épreuve de soi, subjectivité, singularité, auto accroissement, travail personnel sur soi, aspect jamais pris en considération par la science. Voilà pourquoi la rupture de ce qui lie la vie avec elle-même est catastrophique et source d’angoisse.

 

V – Les idéologies de la barbarie

Il s’agit essentiellement des sciences humaines dont l’éclosion caractérise la culture moderne. Théoriquement c’est l’homme qu’elles prennent en vue : langage, historicité, socialité etc. Toutefois elles font abstraction de l’Individu transcendantal que nous sommes, mettant hors jeu sa subjectivité, au mépris de leur finalité réelle. Leur traitement de type mathématique appauvrit le fait humain. Devant le suicide, la sexualité, l’angoisse, que valent des statistiques ? Plus on accumule de connaissances positives, plus on ignore ce qu’est l’homme. Et pourtant la vie, écartée à notre époque, n’en subsiste pas moins sous une forme élémentaire, vulgaire, voire dans son auto négation.

 

VI – Pratiques de la barbarie

L’éthique est le savoir de la vie qui s’éprouve comme valeur absolue et détermine les valeurs de son action. L’être de la subjectivité est expérience continuée de soi, effort sans effort, étreinte où son pathos se modalise selon les tonalités phénoménologiques fondamentales du souffrir et du jouir. Souffrir, qui est poids de son existence propre incapable de se défaire de soi. Jouir, quand la souffrance de la conservation se change en ivresse de l’abondance. Tel est le point source de toute culture comme de sa réversion possible en barbarie.

Celle-ci procède comme la culture de l’Énergie originelle, mais elle est l’inversion de cette énergie dont l’élimination n’est pas possible. L’énergie ne subsiste que dans le refoulement, créatrice d’angoisse. Elle cherche à se libérer par un soulagement immédiat, se replie sous des formes frustes du sentir, du penser, de l’agir, augmentant le mécontentement, engendrant la violence.

Les figures de la barbarie sont là, comportements grossiers, fuite frénétique dans l’extériorité engendrant l’échec à se débarrasser de soi, idéologie scientiste, positiviste qui se substitue à la science, démission de la vie transcendantale, engluement dans la télévision qui est la vérité de la technique, avec sa recherche de la brutalité du fait, l’incohérence de ses images qui se substituent à la vie personnelle, sa censure idéologique qui rassemble les stéréotypes d’une époque etc.

VII – La destruction de l’Université

Primitivement destinée à transmettre une culture qui signifiait entrée en possession de soi, l’Université ignore désormais l’humanitas de l’homme. Pour des raisons économiques, la finalité des formations obéit au développement de la technique dont l’idéologie ruine également la transmission du savoir soumise au leurre de la pédagogie, ce qui dispense tout le monde d’une culture véritable – alors que la nature du vrai savoir, intemporelle, toujours contemporaine, ne peut être transmise que si celui-ci est revécu par celui qui l’enseigne.

Seigneur, prends pitié de nous. 2007. R.E

 

Underground

Le rejet de la culture dans une clandestinité qui en change la nature et la destination caractérise la modernité. Le propre de cette barbarie moderne est de s’accomplir à l’intérieur d’une forme de culture, le savoir scientifique. La négation de la vie qui a pris l’allure d’un développement positif aboutit en réalité au ravage de la Terre par la nature a-subjective de la technique. Elle est également ruine de la communauté. L’abaissement actuel est renforcé par les médias de l’ère technicienne qui infusent l’hébétude à notre société matérialiste. Ces médias sont totalement étrangers à ceux de la culture qui aidaient l’homme à se surpasser. C’est le règne de l’insignifiance, de l’actualité, de la fuite dans la paresse intellectuelle. La culture a été boutée hors de la Cité. « Le monde peut-il encore être sauvé par quelques uns ? »

  

vendredi 10 juillet 2020

La plus belle fleur de mon jardin



     La plus belle fleur de mon jardin est toujours celle que je n'attends pas, celle qui, plus sauvage, plus libre et plus belle que les autres pousse où elle veut. Celle-ci a poussé au bord de la route, contre le mur de la maison, entre les pierres du caniveau. J'ai écrit un jour que les fleurs prient et nous apprennent à prier, raison pour laquelle elles sont placées avec les cierges sur les autels pour prier le Créateur en notre absence. Celle-ci priait pour les passants au bord du chemin de ma maison, bâtissant là une petite chapelle flamboyante et un autel vibrant, murmurant au promeneur la parole de Jésus : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Parole oubliée par beaucoup d'hommes mais non par les fleurs des chemins... 



Grâce vidéo de 2011 extraite du film toujours en cours 
Mille grâces mille larmes de joie.

jeudi 21 mai 2020

Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre

Grâce à toi Seigneur Jésus 
Grâce à toi Fra Angelico 

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ASCENSION

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU
Abbé de Notre-Dame de Fontgombault
Eritis mihi testes… usque ad ultimum terræ.

 
Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre.
  (Ac 1,8)



Fra Angelico. L’Ascension, le Jugement dernier, la Pentecôte ( vers 1447-1448 ).
Tempera sur bois 55×18 cm – 55 x 38 cm  – 55 x 18 cm –
Rome, Galleria Nazionale di Palazzo Corsini

 


Chers Frères et Soeurs,
Mes très chers Fils,

L’événement de l’Ascension vient clôturer le temps de la présence du Seigneur auprès de ses disciples. Après la résurrection, le Christ était encore apparu de nombreuses fois à ses amis. Mais contrairement aux trois années de la vie publique, il n’était déjà plus tout le temps avec eux de façon sensible et visible. L’Ascension les prive désormais de cette présence.

Le temps est donc venu des dernières paroles, de l’ultime envoi en mission. Trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc s’en souviendront. Quant à saint Jean, il n’évoque pas le moment de l’Ascension, puisque les autres en avaient parlé avant lui, mais conclut son évangile par l’épisode de la pêche miraculeuse au bord du lac de Tibériade.

Alors que la nuit s’était passée sans rien prendre, les apôtres voient un individu sur le bord. Ils ne le reconnaissent pas. Celui-ci les invite à jeter à nouveau les filets, qui se remplissent. « C’est le Seigneur ! » (Jn 21,7) s’écrit saint Jean. Après le repas de pain et de poissons pris auprès d’un feu de braise, Jésus, par trois fois pose cette question à Pierre : « M’aimes-tu ? » Puis il ajoute : « Sois le berger de mes agneaux… Sois le pasteur de mes brebis… Sois le berger de mes brebis. » (Jn 21,15-18)

Le thème des dernières paroles du Christ est la mission : « Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre », selon saint Luc ; ou encore, dans l’évangile de saint Marc, « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. » (Mc 16,15)

L’écho de ces paroles a traversé les siècles. Nous les entendons aujourd’hui au coeur d’une actualité confuse. En cohérence avec notre nom de chrétien, avons-nous été, et sommes-nous les témoins du Christ ?

Mais que faut-il pour être témoin ? Le fait d’être témoin est fondé sur une volonté du Christ. Nous venons de l’entendre. C’est lui qui a l’initiative d’envoyer en mission. Ce qui est clair pour les apôtres, vaut de façon analogique pour tous les disciples, pour tous les chrétiens. Dans le cas des apôtres, saint Marc va jusqu’à écrire : « Il en créa douze. » (Mc 3,14) Le même verbe est utilisé dans le livre de la Genèse (Gn 1,1) pour évoquer la création de l’univers ou encore dans le livre d’Isaïe (Is 43,1) pour la création du Peuple d’Israël. Cette nouvelle création est le fruit de la prière du Christ (Lc 6,12-13). C’est de la volonté du Christ et de sa prière que découlent notre droit de témoigner et
la force qu’il nous faut pour le faire.

Pour être témoin, il faut aussi avoir rencontré le Christ. Au moment de remplacer Judas, Pierre s’adresse aux frères :
Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. (Ac 1,21-22)

Pour la plupart d’entre nous, cela fait bien longtemps que nous avons été marqués par le signe de la Croix, au jour de notre baptême. Que reste-t-il de cette première rencontre ? La situation de l’Église dans nos pays de vieille chrétienté ne refléterait- elle pas la réalité de bien des vies spirituelles, profondément déprimées ?

Être témoin du Christ, c’est non seulement avoir un jour rencontré la chair et le sang de Jésus à travers les sacrements, mais c’est surtout vivre en authentique communion avec le Seigneur, puisant dans sa chair et son sang la force de poursuivre la route. De cette communion naît un témoignage véridique qui, de façon ultime, s’exprime au cours des persécutions par le martyre.

Aujourd’hui, c’est avec une profonde tristesse qu’on peut lire que l’expérience des Messes virtuelles retransmises par les nouveaux moyens de communication semble satisfaire un nombre non négligeable de chrétiens. Pour certains, ce mode d’assistance à la Messe permettrait de pallier le manque de vocations sacerdotales. Plus profondément, le fait de se contenter ainsi d’un contact « virtuel » révèle l’état de déshumanisation de notre époque post-moderne.  L’individualisme, nouvelle idole, conduit à ignorer l’humanité de l’autre tant qu’il ne m’est pas utile ; et encore se limitera-t-on souvent à le considérer uniquement d’un point de vue fonctionnel. L’avortement, considéré du côté de ses victimes : l’enfant toujours, la femme et les médecins qui l’accomplissent parfois, l’euthanasie, les peuples et les hommes ployant sous le joug du dieu argent, les familles broyées par la guerre intestine des divorces et des abus, en sont des illustrations.  En face, l’épidémie que nous vivons n’est rien. Et le monde se tait, dans la complicité des États qui souvent soutiennent et promeuvent ces situations.

Au soir du Jeudi-saint, Jésus se serait-il trompé ? En aurait-il trop fait, trop dit ? Pourquoi ne s’est-il pas borné à affirmer un vague et lointain amour de Dieu pour l’homme ? Non, les disciples ont bien entendu : « Ceci est mon corps, donné pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. » (Lc 22,19-20)

À travers la radio, la télévision ou l’internet, avez-vous communié à la chair et au sang du Christ ? Ces moyens d’assister à la Messe ne peuvent être admissibles que dans le cas d’une réelle incapacité ou d’un empêchement insurmontable.  Cela a été le cas depuis de longues semaines. Beaucoup de chrétiens ont vécu ce qui est le quotidien de plusieurs monastères de soeurs cloîtrées, privées de l’eucharistie quotidienne par le manque de prêtres. Puissent-ils tous ressentir la douleur de ces moniales et ne pas s’habituer à des Messes virtuelles !

Répondons au don de l’amour divin. La diminution du nombre des vocations sacerdotales et religieuses et la baisse de l’assistance à la Messe ne sont que la conséquence du refroidissement du coeur humain.

Le Christ invite tout homme à le rencontrer dans la communion à sa chair et à son sang. Puissions-nous communier demain plus profondément qu’hier, en nous souvenant des paroles du Seigneur. Prions avec ardeur pour demander des vocations.

À l’image de Marie, « la servante du Seigneur » (Lc 1,38), forts de la présence en nous du Seigneur et de son Esprit, prenons le bâton du pèlerin de la charité pour aller à la rencontre de tout homme, à commencer par le plus proche.

La fête de la Pentecôte promet sur chacun d’entre nous une effusion renouvelée de cet Esprit. Préparons-nous à sa venue en récitant la séquence de la Messe de cette fête :

Veni Sancte Spiritus !                         Amen, Alleluia.