mercredi 19 août 2026

Naissance mystique et divinisation chez Maître Eckhart et Michel Henry, par Jean Reaidy.

Grâce à Jean Reaidy

Alors qu'en juin dernier, à bout de forces après l'exposition collective La Vision du Cœur à la Galerie Grâce à Bruxelles, je devais, sous une canicule accablante dans le Centre de la France, préparer l'exposition suivante, intitulée Grâce et Gratitude*, un auteur inconnu, ailé et allié, Jean Reaidy, et sa thèse de doctorat inspirée me tombèrent du Ciel comme une grâce donnée pour me revigorer et me redonner du cœur à l'ouvrage. Cette thèse intitulée Une relecture phénoménologique contemporaine de la mystique eckhartienne de « la naissance de dieu dans l’âme » par michel Henry, fut soutenue en 2009 pour obtenir le grade de Docteur de l'Université Paul Verlaine. Dirigée par Marie-Anne Vannier, cette étude fut présentée à un Jury composé notamment de Rolf Kühn, le philosophe admirable que connaissent certains lecteurs de ce blog, qui encouragea constamment l'auteur de cette thèse. Cette thèse magistrale fut publiée en 2015 par les éditions L'Harmattan sous un titre abrégé : Naissance mystique et divinisation chez Maitre Eckhart et Michel Henry. Je publie ici le texte de présentation de cet ouvrage par Rolf Kühn.Et je publierai prochainement quelques extraits de la septième partie de ce livre qui me touche particulièrement ; Naître esthétiquement en Dieu.

 * Cette exposition a lieu en ces jours d'août 2026 en la Salle du prieur à Mérigny, dans ce village du Pays des mille étangs, où nous avons Saskia Weyts et moi même nos ateliers d'été depuis 25 années.  


Présenté par Rolf Kühn


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        Dès l’introduction, cette étude fait valoir l’enjeu capital de cette recherche : ramener tout phénomène, en son apparaître effectif, à une phénoménalisation primordiale qui est identique à notre naissance dans la vie absolue ou divine. Bien que d’autres travaux aient pratiqué l’analyse de la phénoménologie de la vie fondée par Michel Henry, c’est ici que se trouve traité magistralement le rapport essentiel entre cette pensée et Maître Eckhart qui joue, en effet, un rôle fondamental déjà dans L’essence de la manifestation, paru en 1963. L’enjeu philosophico-théologique est donc de taille en conférant à la « contre-réduction » henryenne et le « détachement » eckhartien l’approche méthodologique nécessaire et unique d’une telle « écriture » qui veut dégager l’invisibilité de notre (non-)naissance dans la vie comme lieu de toute vérité même, c’est-à-dire par le seul pathos de la vie.  Or, ce n’est pas seulement par ce rapprochement systématique entre Henry et Eckhart que cette étude présente un jalon indispensable pour la recherche en cette matière de philosophie religieuse et théologie, mais aussi en abordant également en détail, pour la première fois, les fondements scripturaires et patristiques de cette conception phénoménologique et mystique de « la Naissance de Dieu dans l’âme» (iipartie).

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    Touchant par là nécessairement à d’autres thèmes théologiques, tels que la création, l’incarnation, la vie sacramentelle et l’éternel vivant comme praxis de foi, il va de soi que le véritable motif de cette recherche se trouve dans la iiipartie présentant une « Anthropologie de la divinisation » de l’homme (p. 131-145). Cette dernière conçue comme « naissance constamment intensifiée dans la vie de Dieu » trouve dans ces chapitres ses aboutissements logiques dans une archi-communauté de la grâce. Il ne faut donc pas attendre la conclusion de cette recherche (p. 205-208) pour saisir constamment à travers ses descriptions et arguments, et cela dans un langage toujours ferme et serein (sans manquer de technicité phénoménologique quand il le faut), l’impression d’une unité réelle, à savoir vécue et réfléchie le plus profondément possible. Autrement dit, est réel tout ce qui est engendré dans l’auto-engendrement de la Vie, puisque personne ne peut venir en soi singulièrement hors de sa venue dans la réalité de la vie de Dieu et son Pouvoir. Et la bibliographie donne tous les renseignements relatifs aux sources travaillées en montrant des connaissances étendues de l’auteur en matière phénoménologique, mystique et théologique.

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    En nous limitant, dans ce compte rendu, aux aspects essentiellement phénoménologiques de l’analyse de J. Reaidy (JR), il faut souligner fortement qu’il pousse la question du « Commencement » absolu de notre vie aussi loin que possible, en montrant que l’« épreuve-limite » de notre naissance dans la Vie divine déborde toute pensée de commencement au sens ek-statique pour parler plutôt du « sans pourquoi » de notre naissance. Car la phénoménologie de la naissance transcendantale ne peut être dite qu’an-archique, étant donné qu’elle est toujours déjà plongée dans le fond sans fond de son venir incessant sans-commencement et sans fin qui ne peut trouver de principe que dans l’absence de tout principe imposé du dehors. Cette an-archie de la naissance comme « Événement », c’est-à-dire en tant que séjour continuel de la Vie en elle-même, exclut donc toute catégorialité de la représentation pour pouvoir l’approcher seulement comme une praxis pathétique. Mais si telle est la réalité phénoménologique pure de la naissance en tant que Vie, où l’auteur fait preuve d’une contre-réduction vraiment digne de ce nom, nous nous demandons, par contre, s’il fallait encore retenir le terme de « dimensionnalité » en même temps que la « nudité » de la phénoménologie de la vie (p. 14s.), car cette notion de dimensionnalité reste trop chargée de la phénoménologie classique, surtout heideggerienne. Ceci d’autant plus que JR fait bien ressortir l’oubli de la vie et ainsi son immémoriabilité principiels pour nous, et par conséquent la réduction de toute distance ou passé temporel.

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    Avant d’aborder le rapport entre phénoménologie et théologie (chap. I, II), JR prend soin de préciser le sens qu’il donne au terme « mystique ». Il n’y fait aucune allusion aux discussions sur le sens interculturel ou historique de toute expérience mystique particulière, mais fidèle à sa méthode contre-réductive radicale adoptée, il définit une identité entre « révélation mystique » en tant qu’« enfantement éternel dans la vérité de Dieu » et le « fond auto-impressionnel » et invisible de la phénoménalité vivante, lieu de toute révélation affective possible (p. 22s.). Cette universalisation de la mystique peut paraître étonnante, mais cela permet, en effet, de retrouver l’expérience mystique dans toutes ses formes d’expérience humaine : beauté, nature, individus vivants – et projeter ainsi une communauté humaine co-pathétique de tout horizon culturel (cf. aussi chap. IV, III). C’est un engagement très audacieux, car l’auteur se livre par là même à la question redoutable du statut épistémologique de la phénoménologie : est-elle, en son fond, savoir scientifique (au sens philosophique) ou justement également « science mystique » ? En cernant bien ces pages sur les rapports entre phénoménologie et théologie (p. 18-24), nous assistons donc nécessairement à deux déplacements des problématiques habituelles : d’abord de la phénoménologie vers l’intensité abyssale de notre chair et, ensuite, du statut du christianisme vers une phénoménologie radicale au sens de M. Henry, comme nous l’avons proposé également dans notre ouvrage Ungeteiltheit – oder Mystik als Ab-Grund der Erfahrung. Ein radikal phänomenologisches Gespräch mit Meister Eckhart (2012).

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En se servant, avec justesse, du terme d’« archi-intelligibilité » que M. Henry avait déjà utilisé pour le logos johannique, JR soutient qu’il ne peut y avoir de différences fondamentales entre la phénoménologie de la vie et la théologie mystique, puisque toutes les deux cherchent à rejoindre la « source » unique de l’essence de la Déité qui révèle dans la simplicité. Cette simplicité ne désigne pas une notion théorique, mais en dernière analyse la vérité pratique de toute chair dans la Chair de son logos affectif anté-prédicatif. Ainsi, toute pensée possible présuppose un logos charnel vivant, autrement dit un « sens excessif » hors de toute déduction métaphysique (cf. p. 23s.). Nous quittons alors par un saut non-transcendant toute forme de démonstration discursive pour nous fixer uniquement à la « présence pré-originaire » qui habite la force immanente de ce « saut » lui-même. Par suite, la phénoménologie henryenne n’ajoute pas d’autre « Dire » au « Dire du christianisme », car il ne peut s’agir que d’une Révélation unique qui n’est jamais « sélective », mais qui est « concernée par tout ce qui est vivant ». Et puisqu’il ne s’agit ici que de la Donation pré-originaire en son unité et son intensité, on n’assiste pas non plus à une théologisation de la phénoménologie, car nous nous situons, de cette manière, pratiquement avant toute classification des diverses disciplines, de telle sorte qu’il faut même libérer la théologie de la théologie en vue de l’engendrement de la communauté des vivants dans la simplicité de la vie. JR dépasse ici la position d’Antoine Vidalin en son livre La Parole de la Vie. La phénoménologie de Michel Heny et l’intelligence chrétienne des Écritures (2006), puisqu’il ne s’arrête pas à la seule compréhension d’une « herméneutique spirituelle » à partir de l’immanence de la vie, mais par la thèse présente nous assistons à un approfondissement urgent de toute théologie vers une théologie mystique pour notre temps. Sans citer d’avantage ce livre d’A. Vidalin, JR aborde néanmoins les mêmes questions dans son chapitre sur le témoignage néo-testamentaire et sa reprise patristique (p. 91s.), car il ne pouvait esquiver la relation entre tradition ecclésiale et mystique.

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Si, pour la phénoménologie de la vie, l’affect précède donc l’intellect, cela signifie que je ne peux penser l’absolu ou l’être sans le sentir dans une affectivité transcendantale qui est la matérialité phénoménologique de la chair même. Cette Chair (incarnée ou johannique en fin de compte) définit alors également, de manière radicale, la Foi, car selon Kierkegaard et Henry il s’agit ici d’un rapport pathétique à soi dont la présence se manifeste dans la transparence affective de l’Absolu. La vérité du christianisme n’est, par conséquent, pas une vérité qui relève du sens ek-statique, mais d’une Révélation où le Dieu vivant chrétien nous donne la possibilité de comprendre le rapport de la Vie à elle-même ainsi que son « rapport pathétique » à chaque vivant (cf. p. 48 et 206). Face à la question épistémologique qui reste alors en suspens, à savoir si le discours phénoménologique et mystique (théologique) peut s’égaler à cette révélation immémoriale de rapport sans fond dans le Fond même de la Déité, l’auteur n’engage pas une discussion analytique sur le rapport entre vie et langage (cf. pourtant p. 82s.), mais il abordera cette problématique inévitable par une interprétation de Maître Eckhart qui a justement esquissé une critique de la connaissance réfléchissante (et donc langagière) par la « libération phénoménologique de l’essence » selon l’exposé de M. Henry auquel on peut ajouter les lignes sur la cardiagnosie et la théognosie chez les Pères mystiques ou « nos Pères spirituels » (p. 42s.), comme les appelle JR par rapport à sa propre tradition chrétienne (Diadoque de Photicé, Isaac le Syrien, Origène, etc.) au Liban.

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En faisant intervenir également la phénoménologie de la Donation de J.-L. Marion qui parle d’une « donation par abandon » (p. 39s.), on saisit sur le plan notionnel alors qu’un « Dieu » représenté ne peut pas être vraiment Dieu en lui-même et par lui-même, car de cette façon « Dieu » reste nécessairement exposé à la dénégation (athéiste) qui pointe le « néant » de Dieu dans le monde. Or, c’est la même question vue du côté du détachement eckhartien en tant qu’Abgeschiedenheit que JR aborde dans le chapitre important I, III sur « Le détachement mystique, condition de toute naissance intérieure » (p. 24-36). Car il s’agit ici de la radicalisation phénoménologique par rapport à la vérité kénotique du Dieu-Père lui-même, reprise par l’incarnation du Fils et l’intériorité de l’âme en tant que la nudité de la Déité en l’homme (cf. p. 32s.). Le détachement consiste, selon Eckhart, à abandonner tout le créé extérieur pour s’écouler dans le Fond incréé de la Déité, comme le précise JR, et à « libérer en soi l’indestructible qui est le lieu d’un rapport indéchirable à soi, donné à lui-même dans le Rapport qui est Dieu lui-même » (p. 29). De cette manière, la naissance transcendantale rejointe pratiquement par la contre-réduction est donnée à elle-même dans la vie de Dieu comme l’œuvre de sa vie détachée en l’homme. Nudité, Désert, selon le langage à la fois métaphorique et ontologique de Maître Eckhart, nous font vivre dans le détachement du Père lui-même qui ne connaît rien d’autre que Soi-même dans ce détachement de toute transcendance, ce qui est, en même temps, l’auto-jouissance de sa Vie unique toujours renaissante. Il s’ensuit que cette connaissance réductive est pour nous le non-savoir, le non-avoir, le non-vouloir et le non-agir (cf. p. 31) pour dire que la phénoménologie de la vie qui ne connaît rien d’autre que le surgissement originaire de l’auto-apparaître pur de la vie rejoint ici la pratique mystique du détachement indiqué. Ainsi, nous arrivons à la thèse la plus centrale et la plus osée de ce travail de JR qui définit le principe de tous les principes mystiques et phénoménologiques en ces termes : plus il y a détachement, plus il y a « unité dans la nudité de la Déité » (p. 35). Faisant ici visiblement allusion au « principe des principes » husserlien (l’intuition donatrice de tout sens), il faut donc réaliser maintenant fondamentalement qu’une telle réduction à la Déité révolutionne complètement notre façon de voir Dieu, car au lieu de se limiter à une recherche encore conceptuelle ou représentative il s’agit de laisser voir dans l’intériorité humaine la vie de Dieu et sa connaissance immanente ou affective dans leur nudité la plus pure. JR nomme cette intériorité aussi simplement le cœur au sens de l’Évangile, d’Eckhart et de M. Henry (cf. Paroles du Christ, 2002), ce qui prépare les références déjà indiquées sur la cardiagnosie qui permet le lien méthodologique et thématique avec la grande tradition des Pères de l’Église à la suite d’une christologie mystique.

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Nous avons retenu ces détails analysés en faveur d’une identité entre phénoménologie radicale et mystique eckhartienne surtout pour saisir la pro-vocation de cette recherche aussi bien pour la philosophie que pour la théologie : arrivé au « non-objet » de la Déité nue (p. 38), il n’y a plus aucune raison suffisante et nécessaire pour établir des distinctions de disciplines face à une épreuve humaine unique et commune en tout phénomène, à savoir la proximité divine en tant que sentiment spirituel de l’enstase (cf. p. 44). Il y a peu de chance cependant que la phénoménologie internationale suive à présent cette voie insolite, comme le montre en outre l’ouvrage récent de Grégori Jean sur Force et temps qui préfère célébrer un « vitalisme phénoménologique de Michel Henry », comme le soutient déjà le sous-titre (2015). De son côté, JR indique, par contre, une finalité possible qui se trouve toujours déjà réalisée : la présence de l’Être, de la Vie ou de « Dieu » sans médiations. Sa recherche est l’une, à notre connaissance, des plus fortes et rares invitations, surtout qu’elle cherche à rappeler à la philosophie et à la théologie que leur véritable vocation ne se constitue pas dans les différenciations infinies ou déconstructivistes d’un savoir théorique, mais dans la Entbildung (désimagination) qui n’est pas tant une « connaissance négative » que l’Un de l’Essence avant toute distinction opérée (cf. p. 148s.). Ou pour le dire avec le chap. I, IIIc, c’est pâtir la vérité selon une immédiateté toujours affectée concrètement (p. 83s.). Alors, « goûter Dieu avant qu’il revête vérité et cognoscibilité » selon Eckhart (Sermon 3) ne signifie rien d’autre, pour JR, que ma naissance mystique en Dieu comprise comme le lieu d’une épreuve intérieure qui constitue en moi la matière phénoménologique de toute saisie intérieure de la vérité divine immanente. Révélation néo-testamentaire, Filiation, Grâce, Divinisation, Communauté et Univers de vie dont parlent les chapitres suivants ne sont alors que les développements intrinsèques à la Vérité Première pratique admirablement élucidée.

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Si l’on cherchait une conceptualisation qui condense, à notre avis, à la fois le contenu essentiel ainsi que la motivation la plus profonde de ce travail, on peut la trouver dans l’affirmation abyssale qui veut que l’identité mystique entre le Fond de la Déité et le fond de l’âme se manifeste et se noue au cœur de leur passion relationnelle primordiale (cf. p. 41). Car si une relation est sans distance, elle est forcément passion dans le double sens du terme, ce qui implique que l’analyse ne peut être que mystique et phénoménologique, puisque cette passion subie et vécue correspond à la divinisation intérieure de l’homme. Cette « anthropologie de la divinisation » à laquelle se trouve consacrée la iiie partie déjà évoquée doit, par conséquent, placer cette « relation passionnelle » avec Dieu avant toute création, autrement dit en une génération immanente qui ne peut être qu’une « génération continuée » (p. 99s.). Les analyses très pertinentes de JR au sujet de l’homme en tant qu’image de Dieu au sens biblique et eckhartien doivent donc établir que la « création » n’implique aucun néant hypostasié dans lequel Dieu effectuerait la création du monde (cf. 39s.), mais que notre création comme image est nécessairement une création en Dieu, dans l’Image sans images, le Fils unique de Dieu qui est la Révélation immédiate de Dieu et en laquelle nous trouvons également notre origine invisible. L’âme, ou cet Etwas in der Seele selon Eckhart (p. 140 note 232), forme donc une intériorité qui est celle de Dieu lui-même. C’est en ce contexte qu’est formulée « la passion relationnelle » nommée ci-dessus déjà pour préciser maintenant que si la royauté de Dieu dans l’âme n’a d’autre demeure que l’intériorité pathétique, c’est parce que Dieu ne peut vivre et se reposer que là où il éprouve sa vérité intérieurement. Bref, l’intensité de notre vie c’est sa passion en Dieu même. Et si cela est vrai, les pages sur la Entbildung et Überbildung selon Eckhart (p. 148s.) ne peuvent rien dire d’autre que ce que la phénoménologie henryenne ne cesse d’affirmer : notre naissance en Dieu est la passion de Dieu en tant que telle : « En désirant Dieu, j’éprouve cette même vie qui se désire elle-même en Dieu » (p. 144).

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En dehors de la beauté de telles phrases qui jalonnent tout le texte de JR, nous voudrions souligner encore une fois leur nécessité eïdétique interne. Là où règne l’immanence, il ne peut y avoir que l’Unité – cette Unité qui se situe avant toute différenciation des disciplines réflexives, herméneutiques ou scientifiques. JR en tient fondamentalement compte en consacrant le chapitre III, IV à l’anthropologie chrétienne selon Michel Henry qu’il ne faut pas lire selon les registres habituels d’une « anthropologie philosophique », mais au sens de l’unité de la passion de la vie où le naître et le pouvoir-faire de la chair impressionnelle pure coïncident à tout moment. Ainsi, l’adjectif « chrétien » ne se réfère pas seulement à une confession historique, mais à une archi-intelligibilité de l’homme : être le fils de Dieu dont la réalité ne peut être saisie à partir d’aucun monde. « Ne pas être du monde », au sens de Saint Jean, ne constitue donc pas une moralité ou spiritualité vague, mais une réalité qui ne peut pas être comprise à partir de la phénoménalisation du monde. Ici, la mystique ne quitte pas le monde dans un obscur élan, elle est principiellement avant tout monde. Une théologie et une philosophie de la manifestation primordiale doivent choisir par conséquent – voilà encore une fois tout l’enjeu de ce travail.

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Cette « relation pathétique » vécue entre le Père et le Fils – qui détermine donc le sens de notre naissance en Dieu et comme Dieu en tant que conception chrétienne de l’homme transcendantal – est une relation éternelle qui désigne notre passibilité originaire ou charnelle comme l’incréé ou la non-naissance au sens d’une finitude non-née (cf. p. 54). Les conséquences qui en découlent pour une Révélation éternelle « intérieure » toujours neuve ne dominent pas seulement des pages extrêmement lumineuses sur une nouvelle phénoménologie de la temporalité pathétique par rapport à la temporalisation ek-statique de la phénoménologie classique, mais au cœur de cette intrigue purement charnelle de notre archi-impressionnalité nous assistons également à la naissance d’une communauté filiale qui représente l’autre avancement phénoménologique décisif de ce travail de JR, puisque c’est ici que toute illusion encore possible sur une éventuelle « substantialité » métaphysique de la Vie, de Dieu ou de notre naissance mystique se trouve définitivement battue en brèche. Car la ive partie sur le « Co-naître dans la Vie » (cf. p. 192s.) ne peut pas seulement épouser la naissance et la re-naissance continuelles en Dieu comme Rapport toujours revifié par et dans la Vie absolue, mais cette passion relationnelle éternelle se vit aussi et surtout communautairement. Et si l’on en anticipe en même temps les conséquences phénoménologiques pour l’univers tout entier vu comme le monde-de-la-vie complet, il faut dire en effet que la vérité trinitaire, anthropologique et cosmique révèle cette dynamique relationnelle qui rend possible tout rapport de soi à soi (cf. p. 94).

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L’apport décisif de cette recherche, en plus de l’unité de la mystique et de la phénoménologie radicale comme « divinisation » pré-originaire de l’homme transcendantal, ou plutôt comme une implication inéluctable, consiste donc en ceci que la Vie en tant qu’Archi-Rapport est une co-affectivité communautaire où ma passion – qui est à la fois blessure et ivresse – m’a toujours déjà lancé vers les Autres, et cela de telle façon que l’« avec de l’exister » présente une chair archi-impressionnelle de la communauté qui ne détruit pas la singularité de mon ipséisation. Bien au contraire, l’intrigue de mon me-souffrir se trouve déjà structurée par tout le milieu charnel des relations-forces qui font de la vie une véritable praxis individuelle et plurielle. Même si JR ne fait pas ici allusion à Lévinas, on peut affirmer que son travail résout la tension chez Lévinas entre ma blessure passible et la transcendance d’Autrui dans la mesure où il y a une même commuauté authentique avant tout visage visible et sans restaurer la substantialité impériale du « Je » ou « Moi » comme projet d’identification universelle. Avec cette idée d’un co-agir au sens d’une pluralité relationnelle qui rend possible l’effectuation de chaque événement singulier, JR rejoint nettement d’autres recherches actuelles en phénoménologie matérielle, comme celles de Raphaël Gély et Marc Maesschalck, ou aussi de Frédéric Seyler et Pierre Ziade, au sujet d’une connexion primordiale entre l’intrigue subjective et les rôles sociaux, ce qui montre que son audace d’analyse ne signifie aucun isolement thématique, mais en même temps JR sait encore y ajouter un approfondissement supplémentaire que nous voudrions appeler la vision mystique et esthétique du Monde.

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Si, pour des raisons méthodologiques, les chapitres précédents chez JR ont dû insister sur la duplicité de l’apparaître entre vie et monde, ce qui pourrait ressembler, pour un lecteur non averti, à un dualismue ontologique assez classique finalement, on assiste, dans les chapitres, sur la « Communauté christique » (partie IV, III) au véritable crescendo d’une cosmologie mystique qui ne laisse planer aucun doute sur la dignité ontologique du « monde créé ». Car c’est à ce niveau que nous pouvons comprendre comment le monde-de-la-vie donné constamment à lui-même dans la vie n’est rien d’autre que ce milieu vivant où jaillit une pluralité d’actions et de relations révélant la profondeur du Rapport qui habite la vie dans sa puissance charnelle et qui se phénoménalise singulièrement et communautairement dans la multiplicité des événements qui sont des incarnations singulières de la Relation qui porte un sens inépuisable, puisque tout événement vivant révèle dans son venir l’intensité et la richesse infinie de la vie. En fin de compte, nous trouvons à travers tout ce travail admirable de JR la praxis opérative de son écriture même, à savoir retracer la possibilité, à la fois absolue et concrète, d’une communicabilité-vie omniprésente. Ainsi, la force particulière du travail de JR ne se mesure pas seulement selon les schémas classiques d’argumentation, de conviction, d’appel ou de témoignage pour une vérité. La force de cette écriture fait parler la vie phénoménologique elle-même, et dès lors on ne peut plus la recevoir ou la refuser de l’extérieur ; il faut l’épouser pour saisir son mouvement interne. Cette écriture forme donc elle-même l’œuvre d’une naissance pour co-générer d’autres naissances qui l’attendent.







samedi 8 août 2026

Grâce et Gratitude - Exposition de Robert Empain à Mérigny - août 2026

 Grâce et Gratitude

Le titre de cette exposition exprime le sens de ma démarche spirituelle et artistique et mon amour de la beauté en toutes ses manifestations, à commencer par la beauté miraculeuse de la Nature créée partout sur cette Terre, et particulièrement au Parc Naturel de la Brenne, dénommé précédemment Le Pays des mille étangs où j’ai installé un atelier en 1998 et auquel j’ai dédié un film intitulé Mille grâces et mille larmes de joie en 2000.

Ce titre exprime aussi mon soutien à l’association Empreinte dont la vocation est justement de préserver la beauté naturelle essentielle du Parc Naturel Régional de la Brenne où nous vivons, en y protégeant l’environnement, la biodiversité, les paysages, le patrimoine et la qualité de la vie, et en évitant un développement incontrôlé de son économie et l'implantation d’éoliennes qui défigurerait sa beauté à jamais. Une part substantielle des ventes de cette exposition reviendra à cette association.

  Ma gratitude va également à Mr. Confolant, Maire de Mérigny, qui m’a gracieusement confié cette Salle du prieur pour y présenter cette exposition en ce jour béni de la célébration de l’Assomption de Marie. 


    

     Ces multiples bienfaits m’ont encouragé à concevoir cette exposition comme une action de grâce et une invitation à exposer une trentaine d’œuvres d'inspirations religieuses, chrétienne principalement, en vue de susciter une réflexion sur la vocation des arts et la nécessité d’un art spirituel face au système inhumain qui étend la toile de sa cupidité illimitée sur le monde, sur nos vies et les ressources naturelles de notre Terre, au point de menacer de destruction la Nature et de disparition la Nature humaine.



Mère de Dieu. Caséine sur toile. 175x174. 2021

      Le propre de la grâce est qu'elle se donne gratuitement sans exiger de réciprocité. Mais, toute grâce portant en elle le germe de la grâce peut être reçue dans un cœur accueillant et devenir une grâce nouvelle, une gratitude, une grâce régénérée en sa source, dans le mouvement même de la grâce qui est de croître, de se multiplier et de se ressusciter à l’infini. La grâce nous fait ainsi la grâce de nous révéler le Principe même de la Vie absolue : l’Amour ! Amour de la Vie en Elle-même, en nous et en tous ses enfants en devenir auxquels Elle donne sa Vie gratuitement, librement, absolument et inconditionnellement pour nous révéler son Amour absolu. Cet Amour, générant le commencement et le recommencement incessant de la grâce du don de la vie, n’exige rien mais espère simplement notre gratitude, notre amour naissant et reconnaissant. Un amour qui inaugure le cœur à cœur de l’être humain avec le Dieu Vivant qui lui ouvre la voie de son accomplissement, le conduisant par l'amour de la beauté, de la bonté, de la vérité et de la générosité de la Vie elle-même et, de là, à l’amour de l’Amour qui nous a aimé le premier en donnant à tous la vie et la liberté de l’aimer dans l’éternel maintenant de la Vie en Dieu.



Prière pour la Paix. Tempéra. 50X60. 2025


     Ainsi nous saute aux yeux la différence fondamentale entre le dessein divin pour notre humanité et le plan mortifère que nous impose le système inhumain actuel qui repose, comme l’écrivait Michel Henry en 1996, sur la connaissance scientifique et non sur la connaissance que peut avoir l’homme de sa propre essence. Dans le champ ouvert par la science moderne, l’homme en tant que tel n’existe pas, une négation qui équivaut à celle de Dieu, un réductionnisme non voulu par la science mais inévitable et effectif.  La défense de l’homme véritable est la tâche de la religion, de la philosophie, des arts et de la culture, mais la pensée moderne l’a trop oublié. Que reste-t-il de l’homme hors de la Vérité de la Vie, dans un système qui, d’une certaine façon, est l’Anti-Christ, et dont l’agir, réduit à la technique, fait de l’homme un automate ? Toutefois les hommes voudront mourir – mais non la Vie.» 


        Cette prédiction de 1996 s'est réalisée sous nos yeux et nous apparaît aujourd’hui en sa dimension apocalyptique, celle d’une épreuve, d’un dévoilement et d’une révélation, celle aussi d’un effondrement qui sera suivi d’une profonde mutation spirituelle. Comment en effet, et pour combien de temps un système qui ignore tout de la Vie, de la Nature créée, de la Nature humaine, de la grâce et de la gratitude, de l’Amour et du dessein divins pour notre humanité, pourrait-il se maintenir en persistant à réduire la nature et les vivants à des objets de sa cupidité et de sa perversité ? Ne porte-t-il pas en lui sa propre destruction et son effondrement et simultanément son dépassement par un retournement de l’être humain vers lui-même, en son Cœur, là où jaillit la Source de la grâce et de la gratitude, la Source vivante de son humanité en Dieu, la Source de toute beauté, de toute bonté, de toute charité et de la vérité, celle de notre résurrection en cet Amour qui nous a désiré et aimé le premier en nous donnant sa Vie.



Noces mystiques ou Marie-Madeleine témoin de la Résurrection. 40x50 cm. 2015

     Si chacun est libre de se relier à sa Source régénératrice pour se sauver d’un monde qui a perdu l’Esprit, il trouvera immanquablement sur son chemin ses semblables pour les aider et les aimer, pour collaborer et communier avec eux et avec la grâce de Dieu à l’œuvre en tous pour le Salut de notre humanité.


Comptez, chères et chers amis, sur la collaboration des artistes de tous les temps et de celui-ci, peintres, musiciens et poètes qui ont consacré leurs vies et leurs œuvres à nous ouvrir les invisibles voies de la beauté et de la gratuité pour nous révéler la Vie dont nous vivons en vérité. Comment font-ils cela ? Nous vous le dirons au cours de cette exposition comme nous l'avons dit de maintes manières sur ce blog. 

                                                                                    

                                                                                                                                                          


La Vision du Cœur. Aquarelle. 21x30. 2007

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Texte et œuvres de Robert Empain, 30 juillet 2026     

dimanche 19 avril 2026

La Vision du Cœur. Exposition Collective. Mai 2026.


   

     Le titre de cette exposition exprime la vision spirituelle de l’art que la Galerie Grâce soutient depuis sa création en 2003. Cette Vision du Cœur, Kandinsky l’a rétablie au début du XXe siècle comme le fondement d’un art moderne revenu à la vocation spirituelle de l'art. Au début du XXe siècle, cet art spirituel tourna le dos à l’académisme, intégra et dépassa les audaces géniales des premiers modernes pour devenir, sous le nom d’art abstrait, le courant artistique le plus important du début du XXe siècle à nos jours. 

L’artiste doit apprendre à voir avec l’œil intérieur, celui du cœur, 

qui perçoit l’essence spirituelle des formes et des couleurs.  

Et : L’artiste s’inscrit dans une quête spirituelle où l’art devient un moyen d’élévation

 intérieure, une passerelle vers l’invisible qui ouvre la vision du Cœur du regardeur. 

Vassily Kandinsky, 1911

À vrai dire, Kandisnky parlait d’un art à la fois concret et abstrait en ce sens que cet art spirituel fait d'abord abstraction des conventions représentatives du réalisme académique pour mettre en œuvre les éléments concrets de l’art, plus précisément les vibrations de ces éléments : les lignes, les formes et les couleurs qui vibrent dans la lumière et dans l’espace du monde ; vibrations, qui, simultanément et invisiblement nous font vibrer et génèrent en nous des émotions souvent indicibles. Ainsi que le fait la musique qui faisant vibrer l’air fait vibrer au plus profond de nous-mêmes nos âmes et nos cœurs. Les vibrations, dont on parle beaucoup de nos jours, les chrétiens orthodoxes les nommaient depuis des siècles les énergies divines des choses créées. Ces choses qui constituent toute la Création, les univers visibles et invisibles, sont également les éléments de l’art, les lignes, les formes, les couleurs déjà citées, auxquels il faut ajouter les figures, les signes, la lumière, les matières, les transparences, les rythmes, les contrastes et leurs accords infinis, mais encore le sens spirituel de tous ces éléments, notamment des figures et des symboles.


La musique doit venir du cœur pour aller au cœur. 

Ludwig van Beethoven

Toutes ces choses créées, reçues en tant que vibrations et énergies divines par les artistes, ont ouvert la voie à des compositions libres et totalement nouvelles dans tous les arts. Cet art spirituel régénéré a ainsi donné de nombreux chefs-d'œuvre à notre humanité et il n’a pas fini d’en créer de nouveaux. Y parvenir exige toutefois de l’artiste humilité, sincérité, fidélité, vision, écoute, relation et collaboration avec L’Esprit Créateur. Cette relation de l’esprit humain à l’Esprit divin, Kandisnky l’a appelée la Nécessité intérieure et, avec l’orthodoxie, et ses maîtres les peintres d’icônes, la Vision du Cœur.


Si le terme abstraction est encore employé de nos jours pour désigner ce mouvement artistique moderne essentiel c’est probablement parce-que l’appellation art spirituel dérangeait à cette époque et dérange encore beaucoup de monde aujourd’hui. C'est pourquoi il faut rappeler à nos contemporains que l’abstraction, telle que nous l’avons définie avec Kandinsky, était connue et pratiquée depuis des millénaires par les arts sacrés, l’art égyptien, l’art de l’icône, l’art byzantin, l’art, l’art roman, les arts d’Orient et de bien d’autres civilisations, qui écartèrent non pas la figuration, mais le réalisme mimétique qui ne produit généralement que des copies médiocres du monde visible sans mettre l’esprit du regardeur en présence de l’invisible. 


Il faut aussi rappeler qu’il ne suffit pas de faire abstraction des apparences du monde pour créer un art spirituel. L’abstraction a produit à toutes les époques, la nôtre notamment, de multiples formes d’arts décoratifs, habiles, plaisantes à l’œil mais sans présence de l’Esprit. Il faut donc distinguer clairement l’art abstrait et l'art spirituel en ceci qu’à toute époque, l’abstraction sans vision spirituelle ne produit qu’un art décoratif coupé de l'Esprit créateur.  

 

L’homme devient ce qu’il aime


Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. 

  Matthieu 5:8 


Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté 

au cœur de l’homme, voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. 

Dieu nous les a révélées par l'Esprit. Car l'Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu.» 

Paul. Corinthiens.2: 9,10


Notre époque, matérialiste et objectiviste, réduit toute chose, toute créature vivante et tout être humain à un objet de sciences et de calculs. Si cette réduction objectiviste a conduit les sciences à une certaine connaissance du monde matériel quantifiable et à un progrès matériel considérable, elle a dévasté la Terre et demeure dans l’ignorance de ce qu’est la vie et la Nature humaine. Il est vrai que l'homme n'a pas attendu la science pour oublier qui il est. Depuis toujours l’homme s’interroge sur son origine oubliée et sur son devenir mortel. La réponse à ses questions ne pouvait lui venir que d’une révélation, qui peut se résumer en quelques mots : « Dieu dit, Faisons ‘Adam ( l’humanité  ) à notre image, pour notre ressemblance » Genèse 1, 26. Ce qui veut dire que tout homme est fait vivant à l’image du Dieu Vivant, qu’il a un corps vivant, une âme vivante et un esprit vivant, mais encore, qu’à la ressemblance de Dieu, il a un Cœur, un Cœur libre d’aimer ce qu’il veut et d’orienter ses désirs, ses actes et sa vie vers la ressemblance en amour et par cette voie vers son accomplissement humain et sa filiation divine, ou, au contraire, vers la dissemblance et par cette voie son errance et sa déchéance.


Si un Cœur humain désire orienter son esprit vers l’Esprit, tout son être rencontrera l’Esprit qui lui donne la vie et ouvre en lui la vision et l’écoute du Cœur. Et pas à pas, selon la volonté grandissante de son Cœur, s’ouvrira pour lui la voie de son accomplissement spirituel, car quand un Cœur a choisi d’aimer l’Amour il connait la Vérité de son origine et sa destinée divine.


 Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui viennent les sources de la vie. 

Proverbes 4:23 

Si un Cœur humain se tourne humblement vers les beautés de la Création, il verra l’amour transparaître dans toutes les œuvres du Créateur, grandes et petites, visibles et invisibles. La Beauté est un attribut divin et la Création est une théophanie. Par la contemplation, le Cœur humain peut entrer en harmonie avec le Cosmos créé et en communion avec l’Esprit Créateur. Un tel Cœur émerveillé ne tardera pas à apprendre que la merveille des merveilles voulues par Dieu est précisément lui-même, ce Cœur humble de l’homme à qui Dieu révèle son amour 


Là où est l’amour, là est l’œil. 

Albert Le Grand


Quand un Cœur humain découvre le corps vivant de son enfant nouveau-né, il se réjouit d’être le père ou la mère de cet enfant, mais au fond lui-même il sait qu’il n’est pas l’auteur de cette vie nouvelle et, les larmes aux yeux, il se tourne vers la Puissance qui a donné vie à son enfant pour lui rendre grâce de lui avoir confié cette vie nouvelle. De même, quand un Cœur humain digne de ce nom, se trouve face au corps sans vie d'un être aimé, il réalise sa totale impuissance à lui rendre la vie, et les larmes aux yeux, il se tourne vers la Puissance qui a donné vie à cet être pour supplier la Divinité de  garder cet être aimé en vie au delà de ce monde. C’est ainsi. que, face aux mystères de la naissance et de la mort, le Cœur humain peut en venir à admettre humblement qu’il n’a pas le pouvoir de se donner la vie à lui-même ni de la rendre à quiconque et qu'il la reçoit donc d'une Puissance vivante qui a le pouvoir de la lui donner. Un tel Cœur voit que tout être humain est fait comme lui vivant à l'image du Dieu Vivant, et qu'il possède comme lui un corps, une âme, un esprit et un cœur. Il sait alors que toute vie est sacrée car elle vient de Dieu et qu’il ne peut y avoir de paix, de fraternité et de charité entre les humains que par leur naissance commune dans la Vie divine, que Jésus-Christ appelait Notre Père. 


Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, 

de toute ta force et de toute ta pensée; et ton prochain comme toi-même. 

Luc.10, 27


       Si, dans l’ignorance ou dans le mépris de son origine divine, le Cœur humain tourne tous ses désirs et toutes ces facultés vers le monde matériel, la possession des biens terrestres et la domination d’autrui, son être tout entier cherchera le pouvoir en ce monde et entrera en rivalité avec les avides et les cupides qui se disputent le monde. Selon la persistance de sa vanité et de sa volonté de puissance, il deviendra de plus en plus insatiable et violent. Au mépris de la vie d’autrui, réduite à un objet disponible, il ne recherchera que la satisfaction de ses ambitions, de ses passions et de ses pulsions. Ses désirs se porteront alors sur les plus fragiles qu’il soumettra et jettera après avoir jouit de leur destruction. Ce genre de créatures abominables contamine aujourd’hui le genre humain comme un cancer fulgurant. Riches, puissants, spirituellement morts et armés de technologies dévastatrices, ils se prennent pour des dieux en ce monde. Appelés comme tout homme à tourner leur Cœur et leur esprit vers l’amour divin et la fraternité universelle, ils n’ont fait que renier leur Nature Humaine pour atteindre l’inhumanité, tomber en dessous de la nature animale et sombrer dans une nature trans-humaine, monstrueuse et diabolique.


C’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres,

 les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies.…  

Matthieu 15:19 


Mais l'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie  pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge. 

Paul. Corinthiens  2:14 


Qui les arrêtera sinon Celui qui leur donna la vie et la liberté de le nier ?



La Vision du Cœur selon les artistes 



Roses de toutes les couleurs. 2026


Charlotte Dunker


Je peins des fleurs, des roses, des pivoines, des jacinthes, des jonquilles, comme des éclats de vie. C'est un travail sur la couleur, sur la lumière. Mes peintures, souvent réalisées en petit format, sont pensées pour devenir des motifs destinés à se déployer en grands formats dans l’espace et à envelopper le regard. Mon travail dialogue avec l’histoire de la fresque : du geste intime sur le papier naît une image capable de devenir monumentale, peinte à la main ou imprimée directement au mur. J’aime ce passage d’échelle, de la délicatesse au grandiose. Si je peins à la main ces peintures murales il m'arrive aussi de travailler pour un projet spécifique avec une imprimante murale, ce qui pourrait être envisagé pour un événement comme un vernissage. À travers les fleurs, je cherche une beauté intemporelle et universelle, faite de joie, d’audace et d’épanouissement — une peinture vivante, précieuse, qui fait entrer l’éclat du vivant/divin dans le quotidien.



Ave Maria. 1994 



Robert Empain


Au cœur de mon travail d’artiste, il y a la Nature Humaine révélée dans la Genèse : l’Homme est fait vivant à l’image de Dieu, libre, poète et capable d’aimer, c'est-à-dire de connaître le Don divin, gratuit et miraculeux de la vie. L’homme a méconnu et méconnait encore ce Don, il vient au monde inachevé et inaccompli, mais, de nos jours, faute de transmission en ce monde qui a perdu l’Esprit, l'homme demeure ignorant de lui-même. L’art est religieux en son essence, sa vocation véritable n'est pas d'enrichir les marchands et les collectionneurs, mais de relier le cœur de l’homme au Cœur de Dieu. Sans la relation avec l’Amour divin qui lui donne la vie, l’homme ne peut connaître que la mort, non seulement la mort du corps, mais la mort irrémédiable de son esprit.




Feuille. 2026


Clara Gassull Quer 


Mon travail s’appuie sur la contemplation, la recherche et l’action pour explorer ce qui passe inaperçu ou inattendu, le minuscule comme l’infini, afin de saisir l’inexplicable et le merveilleux de ce qui est observé ou vécu. Mon travail passe souvent par la photographie, avec ou sans appareil, avec un intérêt particulier pour l’essence même de la création d’une image : la lumière


Ces images ont été réalisées avec la technique du Lumen Print, un procédé photographique expérimental sans appareil (photogramme), qui consiste à placer des éléments directement sur du papier photosensible avant de les exposer à la lumière du soleil. Celle-ci agit sur le papier et en modifie la surface, faisant apparaître une trace.






Jean-Marie Mahieu


         Via Sacra. Au commencement est la déambulation sur un territoire qui est le sien, celui du souvenir et celui de maintenant. Jean-Marie Mahieu mène sa quête du sens sur cette terre, nourrit de l'épaisseur du passé fête du noir des galeries et du silence d’autrefois, fait d'un présent ou la maison, série en dialogue avec les autres foyers ou bien se pose dans la solitude de l'abandon, en lutte avec les forces érodantes de la nature, aux couleurs changeantes, au pied du Terrils, qu’elle tutoie. 

Tout part du regard. Egrener quelques titres de tableaux, nés hier, permet de comprendre le passage permanent du Noir, celui de la première couche dans la plupart de ces tableaux, à la lumière de la couleur : In illo tempore, Terre noire, Territoire, Bornages, Signes de fond, Ombre, Oublis.

Aujourd'hui, une nouvelle dimension symbolique se déploie sur cet espace arpenté sur ces chemins que l'artiste est le seul à connaître et qui ne cesse de s'ouvrir à l'universel comment témoigne les Peintures qu'il a en son temps consacré à la quête de la pierre noire, marqué par la circumanbulation ou long cheminement de Compostelle. Daniel, Blampain. 2014



Lake surface. 2:30 sept. 2025

Abigail Tulis


        About the photo work that is featured on the communication. This self portrait is part of a larger series created in 2018. Gum bichromate printing dates from 1870 and is one of the earliest methods of photo printing. The series grew from wanting to transform a growing collection of selfies into something opposing the instant gratification of social media, re-weaving the act of digital self-monitoring from its narcissistic tendencies into a larger tradition of self reflection. 

From my phone roll I create digital negatives showing self-surveillance during moments of misunderstanding, curiousness and discomfort. Exposing the prepared print to the sun allows the negative of the artist’s body (depression, self-obsession) to transform by the sun into a more permanent positive. 

After time spent examining myself, I turned outward. Now I work with the earth as my muse. My recent works depicting nature are records of time spent in an admiring dialogue with the landscape surrounding my studio. Time in the boat, admiring, the swans, and looking at the world through the mirror of the waters surface. A Sunday spent kneeling before a flower growing in the plucktuin of Innengaard. In looking so deeply at nature, I hope to grow more attuned with her. Learning to grow and diminish according to her cycles. I ask her to tell me how to be in this world and she whispers back 

Stand like a tree, open like a bloom, dance with the crows in an evenings gloom. 



Soulscsape. 2026



Annelies Vanbelle (1975) 


Annelies is journalist, schrijver en beeldend kunstenaar. Al van jongs af aan zijn tekenen en schilderen een constante in haar leven, gevoed door diverse kunstopleidingen (o.m. Sint-Lucas Academie Gent) en een aantal eerdere tentoonstellingen. De jaren werkte ze grotendeels in de luwte. Vandaag treedt ze opnieuw naar buiten met een reeks op papier die ze zelf omschrijft als zielslandschappen of soulscapes. 

Deze beeldende notities laten zich moeilijk vatten binnen bestaande categorieën. Ze zijn niet figuratief of anekdotisch, maar ook niet doelbewust abstract. Er ligt geen vooraf bepaald concept of narratief aan ten grondslag. Het zijn kleine werken — kleine juweeltjes — die ‘het Licht’ op papier willen tonen: een ongefilterde stroom van puurheid, schoonheid en spontaniteit. Wat ontstaat, ontstaat.

Zo ontstaan sporen van een subtiele innerlijke beweging: registraties van de ziel en haar delicaat veranderende toestand, dag na dag. De ‘kunst’ die Vanbelle hierbij beoefent, is het denken zo veel mogelijk dempen. In een bijna meditatief aanwezig zijn laat ze zich leiden door wat de verf wil vertellen, door hoe kleuren interageren en vormen ritme zoeken zonder plan. Er is geen idee, alleen een soort achteloos, blijmoedig ontvangen. Daarom zijn dit niet zomaar schilderijen, maar eerder transmissies: kleine energetische gebaren die iets willen aanreiken aan de kijker: rust, helderheid, vreugde, licht, ruimte, zachtheid, intensiteit, en ja: misschien ook liefde. De werken zoeken naar resonantie voorbij de ratio, niet naar expliciete betekenis. Het schilderen zelf benadert Vanbelle als een vorm van aandacht of afstemming, eerder dan als een puur artistieke praktijk: een stille, bijna spirituele daad. De werken zijn uitgevoerd in gemengde technieken op papier.




Sans titre.  


Stef Viaene 


Mes œuvres sur papier sont des instantanés. Elles surgissent spontanément, sans préméditation. Elles sont le fruit d'un état d'esprit, d'une émotion. Les formes émergent de souvenirs nourris par mon imagination. Le langage visuel en lui-même importe peu. Ce qui compte, c'est le lien direct entre mon cœur et mon esprit. 



Source. 2021


Saskia Weyts


Depuis toujours, la beauté inépuisable de la Nature m’émerveille et éveille la vision  de mon cœur. Je me laisser pénétrer par ce que je vois, je deviens le réceptacle de ce que je contemple. Je m’inspire de la créativité illimitée de la Création pour inspirer mes créations Je laisse émerger la sensation, la vibration issue du souffle vivant. C’est le chant de l’esprit qui s’exprime à travers mes mains. Je n’imite pas la nature de manière naturaliste, je cherche à poursuivre la Création en prolongeant ses gestes, en recevant ses énergies, en recueillant les forces qui créent les formes, les vibrations lumineuses que révèlent les couleurs en pénétrant les matières, en guidant les fluides et mes couleurs comme le fond de mille façons les eaux vives jaillissant des sources, sautant sur les pierres dans les torrents, louvoyant sur la Terre pour dessiner à l’infini les paysages et au passage redonner vie à à tout ce qui vit pour revenir enfin à l’océan où, sous les regards brûlants du soleil, elles s’élèveront dans le nuages pour reprendre leurs voyages incessants.