lundi 6 avril 2020

Que surgisse dans le Christ un monde renouvelé


 Grâce à toi Seigneur Jésus Christ
+

DIMANCHE DES RAMEAUX

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault
(Fontgombault, le 5 avril 2020)

Chers Frères et Soeurs,
Mes très chers Fils,

Voici que s’ouvre le chemin de la Semaine Sainte, une semaine douloureuse, à l’image des temps d’épidémie que nous traversons. Pour les cérémonies, les portes des églises, les portes des maisons aussi resteront fermées.


Porte de lumière à Alcobaça, Portugal. 2014


Que le Seigneur vienne nous visiter comme il le fit pour ses disciples après sa Résurrection, « januis clausis – les portes fermées. » Lui se joue des portes fermées, si les portes des coeurs lui sont ouvertes. Loin des églises, ravivez votre liturgie familiale par la méditation des textes liturgiques si riches, par le chapelet, par la pratique d’une vraie charité entre vous. Les diocèses, les communautés mettent à vos dispositions bien des outils. Imitez les apôtres avant la Pentecôte : « Tous, d’un même coeur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. » (Act 1,14) Le pape Pie XII disait : « Une famille qui prie est une famille qui vit », et saint Jean-Paul II : « Une famille unie dans la prière, reste unie ». 

Dès ce matin, la Messe, et en particulier les lectures, nous plongent dans le mystère pascal : mort et résurrection du Seigneur. La foule hostile réclame la libération de Barabbas et obtient la crucifixion de celui qu’elle avait acclamé quelques jours plus tôt comme Fils de David, Roi d’Israël, le Béni venant au nom du Seigneur.


Ecce homo huile sur panneau par Jérôme Bosch , vers 1485, conservé au Musée Städel




Barabbas relâché manifeste, bien involontairement, l’effet de la rédemption accomplie par le Christ : par sa mort, le coupable est libéré. Mais la foule qui demande la libération de ce criminel se trompe d’interlocuteur. Ce n’est pas à Pilate, le gouverneur romain, qu’elle devrait s’adresser, mais à Dieu, source de tout pouvoir authentique. Pilate, en se lavant les mains, se fait, comme la foule, complice d’un geste en lui même inique, et qui cependant coopère au plan de Dieu.

Au seuil de cette semaine, nous pouvons faire un examen de conscience, afin de reconnaître à la fois notre condition de créatures coupables, et la réalité de ce salut que le Seigneur nous a obtenu si souvent. Vivons-nous pour autant comme des êtres sauvés au prix de son Sang ? Ne sommes-nous pas responsables de ce que notre monde s’est détourné de Dieu ? Croyons-nous même avoir besoin d’un sauveur ?

Saint Paul nous a recommandé d’avoir les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. Au commencement de sa lettre, il avait encouragé ainsi les Philippiens : « Celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement, au jour où viendra le Christ Jésus. » (Ph 1, 6) Et il poursuivait : « Soit que je vive, soit que je meure, le Christ sera glorifié dans mon corps. En effet pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. » (Ph 1,20-21)

Le disciple n’est pas au-dessus de son maître. Le souvenir de la Pâque du Christ, de son passage de la mort à la vie, nous mène à notre propre pâque, ce passage qui doit être fait à la suite du Christ et avec son secours.

Quelles dispositions devons-nous mettre en oeuvre ? Nous les
connaissons : amour, générosité, humilité, pardon, obéissance à Dieu, don de soi. Plus radicalement, si nous voulons que notre vie soit le Christ, c’est tout notre être qui doit se convertir, et pas seulement notre agir. Osons affronter cette question.

Le Christ obéissant jusqu’à la mort, et la mort ignoble de la Croix, remet son âme au Père. Le Père lui donne le Nom au dessus de tout nom. Mort et Résurrection du Christ, c’est tout le mystère pascal. Alors que nous mourrons au péché, la mort du Christ s’accomplit en nous. Alors que le Christ ressuscite, il nous ressuscite avec lui.

En ces jours, prenons du temps, personnellement et en famille, avec le Crucifié. Demandons les uns pour les autres,pour nos familles, nos communautés, pour notre pays et pour le monde entier, par l’intercession de Marie au pied de la Croix, la grâce de vivre une semaine qui soit sainte non seulement par les événements qui s’y dérouleront, mais surtout par la conversion durable des coeurs et l’accueil de la grâce pascale. 

En ces jours sombres mais porteurs d’espérance, un monde vieilli s’en va. Que surgisse dans le Christ un monde renouvelé.
Amen.

Images : Peinture de Jérôme Bosch ; Photographie de Robert Empain 

dimanche 26 janvier 2020

L’Esprit soufflera si fort que les haines seront balayées et le monde apparaîtra transfiguré



Grâce à toi Olivier Clément

En ces temps où le mot « spiritualité » vacille un peu dans tous les sens, tous ceux qui cherchent un retour aux sources pour enraciner leur pratique se sentiront littéralement transfusés en lisant ou en écoutant Olivier Clément. Attaché à la rencontre en profondeur de l’Orient et de l’Occident chrétiens, ainsi que du christianisme et de la modernité, ce penseur parle de la réconciliation entre l’intelligence et le cœur et de la transfiguration de la chair et du cosmos, avec une ardeur contagieuse. Voici un entretien donné par Olivier Clément à Alain Valade et Jean Puy, publié par la revue en ligne Nouvelles Clés sous ce titre "Le mystère de la personne".



Âme. Huile sur toile. 90x120cm. 1997



Un livre peut changer la vie d’un homme. Ce fut le cas pour Olivier Clément qui, au cours de sa jeunesse, découvrit par hasard l’œuvre du philosophe russe Nicolas Berdiaev. À la suite de cette lecture, alors qu’il était athée et hanté par l’idée du suicide, Clément devint chrétien orthodoxe. Il raconte cette métamorphose avec une simplicité et une sincérité bouleversantes dans son autobiographie spirituelle intitulée L’Autre Soleil (éd. Stock, 1986) Nous avons voulu le rencontrer, après une série de conférences remarquables données à la communauté de Saint Gervais, à Paris, d’où se dégageait notamment une question : qu’est ce qu’une personne humaine ?

Nouvelles Clés : Résoudre le mystère de la personne semble parfois trop ambitieux pour l’humanité, bien que chacun en ait des intuitions. Le retour de notions anciennes, comme celle de réincarnation, vous apparaît-il comme une illusion d’optique ?
Olivier Clément : Il n’y a qu’une vie. Mais comme nous ne sommes séparés de personne, nous pouvons avoir un lien privilégié avec tel ou tel défunt avec qui nous sommes « un ». Alors, nous pouvons nous « rappeler » ce qui est arrivé à cette personne. « Ce n’est pas à moi et c’est à moi que c’est arrivé puisque nous sommes en communion. » Je connais un moine du mont Athos dont le père spirituel est Saint Isaac le Syrien, qui vivait pourtant au VIIe siècle.
N. C. : Et avec qui il se sent en résonance forte ?
O. C. : Absolument. On en voit un exemple dans Les Récits du pèlerin russe. Après la mort de son starets, le héros continue à communiquer avec lui. Une nuit, alors qu’il est tourmenté par une question, le starets lui apparaît en songe. Il lui dit : « Ouvre ta Philocalie » et, toujours dans le rêve, il marque un passage en marge avec un charbon. Quand le héros se réveille, la Philocalie est là, ouverte, avec la trace du charbon en marge. Et pourquoi pas ? Je crois que nous sommes reliés aux morts par une lignée spirituelle ou charnelle que nous portons en nous : nos ancêtres, nos pères spirituels. Ce n’est pas exactement une réincarnation. Il y a résurrection et possibilité d’une communion et d’une mémoire, mais d’une mémoire vivante avec tel ou tel être du passé qui m’est proche et que je porte d’une certaine façon en moi. Je pense qu’à l’origine, même en Inde, le mot réincarnation ne voulait pas dire ce qu’il signifie maintenant. Pour une raison simple : dans l’Inde ancienne, on estimait que la condition humaine assumait toute la réalité cosmique sensible et que par conséquent on ne risquait pas de se réincarner dans un crapaud ou dans une étoile, puisque l’homme est déjà crapaud et étoile. Donc l’Inde ancienne pensait que le Soi pouvait, après la mort, pour un homme n’ayant pas atteint l’absolu, glisser dans d’autres états de l’existence universelle. Des états démoniaques ou angéliques, pouvant se refléter sur la terre dans telle ou telle créature hideuse ou sublime. De là, il y a eu déformation et matérialisation de cette notion de réincarnation. Au lieu de penser que l’âme de ce mort est entrée dans ce domaine de l’existence universelle qui est un domaine angélique et qui se symbolise par exemple dans la beauté du col d’un cygne, on dira qu’il est devenu un cygne. Je crois qu’il y a eu ce glissement de sens.
N. C. : Pourtant il est parfois dit que certains anciens chrétiens enseignaient la réincarnation ?
O. C. : Non, il enseignaient la métempsycose, le fait que l’âme passe après la mort par des états spirituels multiples. Ce qui rejoint la vision de l’Inde ancienne. Pour plusieurs Pères de l’Église, c’est très net : il y a un exode de l’âme à travers des états angéliques ou infernaux. On trouve à ce propos des histoires très jolies, un peu ridicules dans leur expression mais significatives. Elles racontent que chaque fois que l’on passe d’un état à un autre dans l’invisible, on rencontre une frontière gardée par des douaniers-démons, qui se jettent sur la malheureuse âme et lui arrachent tout ce qui les concerne. On pourrait croire qu’ils vont l’anéantir, en fait ils la purifient. Elle continue donc son chemin. Elle traverse des lignes de douanes et finalement, totalement purifiée, elle peut entrer dans la lumière éternelle.
N. C. : Ce sont les thèmes du Livre des morts tibétain ou de la légende de Guésar de Ling !
O. C. : Nous avons besoin de toutes ces expressions. Nous devons regarder tout cela. La vérité est inclusive et non pas exclusive. Le théologien Boulgakov disait : « Quand on parle des religions, il y a un pan-christianisme. » Il faut l’élargir pour qu’il devienne « pan » ! Je crois que les conceptions romaines sur la condition de l’âme après la mort ont tout gâché, avec cette idée que, automatiquement et sans qu’on n’y puisse plus rien, l’âme entre dans la vision béatifique, ou glisse en enfer, ou encore va au purgatoire.
N. C. : Le Cheikh Ben Tounès nous disait récemment sur la pluralité : « Aujourd’hui, on découvre la nécessaire bio-diversité et la diversité culturelle nous est toujours apparue comme une richesse. Pourquoi la diversité des approches métaphysiques ne serait-elle pas une richesse, elle aussi ? »
O. C. : Tout à fait d’accord. Il faut commencer par les écouter pour les connaître et non pas les rejeter d’un revers de main.
N. C. : À ce propos, qu’en est-il du dialogue inter-religieux pour les orthodoxes ?
O. C. : Ce dialogue avait été bien engagé en Russie avant la révolution. L’archimandrite Spiridon, extraordinaire personnage dont on a traduit les Missions en Sibérie, disait qu’il estimait tellement les sages bouddhistes qu’il n’osait même pas leur parler de baptême !
N. C. : Cette ouverture s’adressait-elle aussi aux traditions primordiales, aux chamans qui parlent des rapports de l’homme avec le cosmos ?
O. C. : Le père Serge Boulgakov, peut-être le plus grand théologien orthodoxe du XXe siècle, tenait à ce sujet des propos admirables. Théoricien marxiste avant la révolution, converti, ordonné prêtre, chassé par Lénine en 1922, il a créé l’Institut Saint-Serge à Paris, où il est mort en 1944. Selon sa doctrine, appelée sophiologie, toute la terre cherche à s’exprimer, à rencontrer la sagesse divine. Serge Boulgakov ajoute qu’il faut réintégrer les vieux mythes et symboles païens dans le christianisme. Pour moi, c’est tout à fait essentiel.
N. C. : Voyez-vous cela comme une invitation à des retrouvailles ?
O. C. : Nous portons en nous les fondements archaïques de la vie, le sens cosmique du spirituel. À cette nuance près que cela ne s’organise pas dans un but fusionnel, mais communionel. Cela devient une poétique de la communion des personnes et de la communion avec le Dieu vivant, lequel doit être pensé en termes négatifs : Il est au-delà de tout ce que nous pouvons dire.
N. C. : Et qu’en est-il du dialogue inter-religieux actuel ?
O. C. : Un dialogue méritant notre attention se produit avec l’Islam à Antioche, au Liban et en Syrie, où l’on essaye de traduire les catégories chrétiennes dans le langage du Coran.
Ceci dit, actuellement l’Église orthodoxe est bloquée et il est certain que les milieux intégristes ne sont pas très tentés par le dialogue inter-religieux. En Californie, un Américain devenu orthodoxe fanatique, Séraphim Rose, écrit des livres incendiaires où il traite les bouddhistes, les hindouistes et tout ce qui n’est pas l’orthodoxie selon Séraphim Rose, de démons et de damnés. Ce genre de discours ne va pas très loin !
N. C. : L’intégrisme affecte-t-il toute l’Église orthodoxe ?
O. C. : Ce sont des Églises divisées. En Russie, la discorde cristallise autour du problème de la langue liturgique, le slavon, une langue très belle, créée à la fin du premier millénaire par les missionnaires byzantins. Elle a joué un rôle matriciel pour le russe, mais les gens ne la comprennent plus. Les réformateurs voudraient simplement des changements liturgiques simples : russifier discrètement le slavon, faire participer le peuple à la célébration, alléger l’iconostase, cette cloison couverte d’icônes qui sépare la nef du sanctuaire. Ils garderaient les textes traditionnels, cette si belle liturgie, et ces pratiques para-liturgiques souvent extrêmement touchantes, comme la bénédiction des aliments. Mais on essayerait de rendre tout cela plus intelligible.
De l’autre côté fleurit l’intégrisme, en progression pour des raisons complexes. Les conservateurs et les intégristes ont actuellement l’air de l’emporter. Le patriarcat va dans ce sens. Tous les gens qui travaillaient pour une rénovation de la liturgie et de la pensée ont été excommuniés à tour de bras ces dernières années. À Ekaterinbourg au mois de mai dernier, des livres des meilleurs théologiens orthodoxes du XXe siècle ont été brûlés sur l’ordre d’un jeune évêque qui les jugeait beaucoup trop modernes !
N. C. : Pourquoi cette radicalisation ?
O. C. : Elle vient en partie du fait que l’Occident s’est montré très décevant. Après la perestroïka, la sous-culture américaine est arrivée, avec les fast-food, puis le sexe, le fric, la drogue, les sectes. Cela a provoqué une réaction de rejet et de repli chez certains, avec la nostalgie d’une Église d’État et, dans une certaine extrême-droite née du communisme, d’une Église aussi antisémite que nationaliste. De la part d’un bon nombre de gens d’Église, on devine l’espoir que l’État les protégera s’ils prennent le pouvoir avec lui.
N. C. : Comment tout cela finira-t-il ?
O. C. : À long terme, je suis optimiste, bien que seulement cinquante cinq pour cent des Russes se disent baptisés. Beaucoup l’ont fait au moment de la perestroïka et se sont perdus ensuite dans la nature. Les pratiquants représentent aujourd’hui un et demi pour cent de la population.
N. C. : Ce fut donc un feu de paille ?
O. C. : N’oublions pas que dans le monde orthodoxe, un lien très étroit relie l’Église et la nation, que l’Église a bénie, fortifiée, soutenue, notamment sous le régime tsariste ou dans les pays soumis par l’Empire ottoman. Et l’on ressent dans tout l’ancien bloc de l’Est un besoin de retrouver une continuité nationale, une mémoire et un sentiment d’appartenance, plus encore qu’une foi personnelle. Cela n’a pas donné beaucoup de nouveaux fidèles. Il n’y avait d’ailleurs personne pour les accueillir et les catéchiser. Comme le conservatisme a actuellement le vent en poupe, énormément de jeunes et d’intellectuels ouverts, intelligents, profonds n’ont pas la possibilité de s’exprimer pleinement dans l’Église. Ils le font en marge. Avec eux, toute une grande pensée orthodoxe se reconstitue, mais avant qu’ils puissent entrer dans l’Église et modifier sa politique globale, il faudra beaucoup de temps. Dans l’immédiat, je pense qu’ils vont subir beaucoup d’épreuves. Les temps sont très durs.
N. C. : Un grand concile réformateur comme Vatican II est-il envisageable pour l’Église d’Orient ?
O. C. : Actuellement non. Les tentatives d’adaptation à une certaine modernité ont avorté au début du siècle. Un concile s’était préparé en 1905 en Russie, mais l’empereur Nicolas II, beaucoup trop timide et timoré, n’osa pas le convoquer officiellement. Il se réunit à Moscou en 1917 et 1918, entre la chute du régime tsariste et l’établissement de la dictature communiste. Il ébaucha toute une réforme intérieure de l’Église, proposant en particulier une plus grande responsabilité des laïques dans la vie paroissiale et l’élection des évêques par le clergé et le peuple, l’évêque étant bien sûr consacré ensuite par ses pairs. Ainsi Benjamin de Petrograd, élu par le peuple au cours de la révolution, fut métropolite jusqu’à ce que Lénine le fasse fusiller en 1922. De même, il y eut des tentatives intéressantes à Constantinople. Puis tout fut écrasé par la politique, la révolution Russe bien sûr, mais aussi la révolution turque qui chassa les Grecs habitant l’Asie Mineure. Le patriarcat fut extrêmement affaibli et ne put pousser à bout ces velléités de réforme. Au contraire, une espèce de crispation intégriste s’installa. En Russie, puis dans les autres pays communistes, il fallait faire face aux persécutions. Pour cela, aujourd’hui on se replie, on se crispe sur ce que l’on a, on y tient. Les évêques les plus remarquables furent déportés et tués. Ceux qui ont été mis en place dans les dernières décennies - au temps de la stagnation - sont toujours aussi stagnants, mais ils tiennent le pouvoir. Réunir un concile aujourd’hui ne serait donc pas forcément une bonne chose. Il faut attendre que de jeunes générations se manifestent dans ces pays et que toute une pensée se reconstitue. Je crois que ce sera le cas. Il faut beaucoup de patience.
N. C. : Sur le fond, on sait que Rome a davantage bâti sa symbolique autour du Vendredi saint et Byzance autour du dimanche de Pâques. Que pensez- vous de cette différence ?
O. C. : L’Occident me paraît avoir été très influencé par la théologie de la Rédemption, développée par Anselme de Canterbury au xie siècle. Il considérait que le péché originel était une offense d’une portée infinie puisqu’elle était faite à Dieu. Il fallait donc les souffrances d’un Dieu incarné pour la réparer. Ces idées ont conduit l’Occident à développer tout un culte des mérites et des souffrances du Christ, qui auraient changé les humeurs du Père et nous L’auraient rendu à nouveau favorable. L’Orient n’a jamais défendu cette thèse. Il a gardé, notamment dans sa liturgie et chez les Pères de l’Église (ceux de l’Église de Rome ne sont pas différents à cet égard), cette vision très simple selon laquelle réparer le péché reste secondaire. Il s’agit pour Dieu de réaliser son plan, qui est de déifier l’homme. Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu. L’Orient n’ignore pas le mystère de la croix, à savoir que Dieu incarné descend dans l’abîme du mal et de l’enfer pour tout remplir de sa lumière. Mais c’est cette lumière qui constitue l’essentiel. Aujourd’hui en Occident, la conception d’Anselme est abandonnée. La sensibilité populaire est cependant restée profondément marquée par toute cette histoire de souffrances nécessaires à la réparation.
Il y a là, je crois, quelque chose de grave et de très important. L’Occident a eu tendance a oublier l’ouverture sur la déification. Cette possibilité existe pourtant. En Christ s’ouvre l’ère du Saint-Esprit. Son but est de transformer l’homme, de le pénétrer totalement par la lumière divine, de le transfigurer et de l’aider à devenir un homme qui va transfigurer le monde.
N. C. : Il y a quelque chose de très émouvant à vous entendre dire : « En tant que croyant orthodoxe, je crois à la résurrection de la chair ».
O. C. : C’est le credo des apôtres. Qu’est-ce qu’une personne, sinon un visage donné à la matière du monde ? Je pense que viendra un moment où l’Esprit soufflera si fort que toutes les haines, les bêtises, les séparations, les cruautés seront balayées et le monde apparaîtra transfiguré. Chacun de nous s’inscrira dans cette matière du monde transfiguré, et ce sera la résurrection de la chair - chaque personne, dans ce qu’elle a d’unique, assumant le monde transfiguré. Nous avons un pressentiment de cela dans ce que disent les Évangiles, d’une manière balbutiante, sur la condition du Christ entre sa résurrection et son ascension. Quand il échappe aux modalités du temps et de l’espace déchus, qui séparent et isolent. Il est, par exemple, présent dans plusieurs endroits à la fois.
N. C. : Ce qui fait entrer en scène « le corps de gloire » ?
O. C. : Le corps de gloire et le corps de résurrection sont une seule et même chose. La « personne » puise dans le monde glorifié un corps de gloire. Et c’est le monde glorifié qui sera son corps de gloire.
N. C. : Dans cette personne, qu’est-ce qui est éternel ? Le corps, l’âme ou l’esprit ?
O. C. : Ils sont tous les trois appelés à l’éternité par la médiation de la personne en Dieu et à travers le cosmos transfiguré. Tout sera transfiguré, notre corps et notre intelligence. Évidemment, on ne peut exprimer cela qu’au travers de petits récits ayant l’air naïf, sinon idiot. Je pense par exemple à un très beau passage de Mereskovski dans un de ses livres. Il parle d’un vieil homme qui dit : « Pour moi, le royaume de Dieu, c’est très simple. J’aimais beaucoup ma femme, alors je pense qu’elle sera là et tout sera comme c’était dans les moments les plus beaux. Et il n’y aura pas de mort, pas de séparation. Voilà. » C’est ce que nous pressentons tous dans certains moments de joie et de plénitude. Mais ils s’effacent et finalement vient la mort. Imaginez que ces instants ne s’effacent pas, qu’il n’y ait plus de mort !
N. C. : Vous pensez à tous ceux qui nous ont quittés ?
O. C. : Ils sont toujours vivants. Je pense que la personne échappe à la mort et qu’en elle tout s’inscrit et tout s’inscrira.
N. C. : Borges disait dans une conférence sur l’immortalité : « Je ne voudrais surtout pas m’appeler Borges dans l’Au-delà » !
O. C. : On s’en doute. Il ne sera pas appelé Borges. Ce n’est pas notre nom de famille qui compte. Quand on communie dans une église orthodoxe, le prêtre vous demande votre prénom et il dit : « Le serviteur Untel communie. »

Texte Olivier Clément
Illustration : Robert Empain, huile sur toile, 1997





jeudi 26 décembre 2019

La véritable actualité, la véritable nouveauté, c’est la génération du Verbe...


 Grâce à toi Seigneur Jésus

+

NOËL

MESSE DU JOUR

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault
(Fontgombault, le 25 décembre 2019)

Et Verbum caro factum est
Et le Verbe s’est fait chair...

(Jn 1,14 )



Nativité par Robert Campin. 1420-26




Chers Frères et Soeurs, Mes très chers Fils,

À l’heure qu’il est, les bergers sont repartis, regagnant leurs troupeaux. Marie et Joseph se retrouvent seuls dans l’étable. Marie repasse en son coeur les événements de ces dernières heures qui déjà sont un mystère.
En nous donnant à lire les Prologues de l’Évangile selon saint Jean et de l’épître aux Hébreux, l’Église introduit les fidèles dans la contemplation d’un mystère encore plus profond : celui de la génération éternelle du Verbe de Dieu auprès du Père. Sans cette génération première du Verbe, Parole éternelle du Père, il ne pourrait y avoir dans le temps son incarnation.
La foi en ces mystères est essentielle pour répondre à la question de l’identité de l’Enfant de la crèche : Est-il Dieu ? Est-il homme ?
L’histoire des premiers siècles de l’Église montre que l’affirmation de saint Jean n’est pas si évidente. Le Verbe s’est fait chair. Mais cette chair, n’était-elle pas seulement une apparence ? Et si elle est bien celle d’un homme véritable, celui-ci est-il Dieu en même temps ?
Les formules du Credo, tirées des Conciles de Nicée et de Constantinople, sont claires.
Au sujet du Fils de Dieu, Parole du Père, Verbe de Dieu, nous croyons qu’il est Dieu comme le Père est Dieu, lumière comme le Père est lumière, vrai Dieu comme le Père est vrai Dieu. Ceci est exprimé par un mot consacré que l’on peut se réjouir de voir réapparaître dans la nouvelle traduction liturgique du Credo : consubstantiel au Père. Seule demeure entre eux l’opposition entre le fait d’engendrer, qui est propre au Père, et celui d’être engendré, qui est propre au Fils. Ils ne sont qu’un seul Dieu. Au sujet du mystère de l’incarnation, l’Église professe que pour nous les hommes et pour notre salut, le Fils est descendu des cieux, s’est incarné et s’est fait homme. Le Verbe de Dieu, vrai Dieu de toute éternité, assume au temps voulu une nature humaine. Il s’incarne.
Si la foi catholique a été contestée dans les premiers siècles de l’Église, il en va de même aujourd’hui. Et si elle n’est pas contestée, pire, elle est tout simplement ignorée.
Le chrétien se définit volontiers comme un homme bon, miséricordieux, charitable. Loin d’affirmer que le chrétien ne devrait pas avoir ces qualités, il faut cependant rappeler que cela n’a rien de spécifique au chrétien. Tout homme est appelé à faire le bien et à éviter le mal.



Vierge Marie à l'Enfant voilée. Collage. 2014



    Le chrétien est un disciple du Christ. Il croit que Jésus est le Christ, Fils de Dieu incarné, Dieu lui-même, qu’il est mort et qu’il est ressuscité pour notre salut. La foi au Christ, telle est notre marque distinctive. Le fidèle est celui qui a la foi. Cette foi, nous la partageons avec les premiers chrétiens. Elle n’a pas changé. Elle ne peut changer. Au plus fort des persécutions, nos frères dans la foi traçaient, avant de mourir, dans le sable des arènes ou sur les murs de leurs prisons le mot ichthus, composé des initiales en grec des mots : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, ou encore un poisson stylisé ; ichthus en grec signifiant poisson. Nous pourrions en écrire autant.

    Tant de nos contemporains sont promenés dans une actualité qui n’a plus rien d’actuel, s’épuisant de nouveautés en nouveautés qui passent. La véritable actualité, la véritable nouveauté, c’est cette génération du Verbe au sein de la Trinité : un don infini, totalement donné et parfaitement reçu. La véritable actualité et la véritable nouveauté, c’est l’amour de Dieu pour sa créature. N’est-il pas consolant d’entendre qu’ « après avoir parlé par les prophètes, Dieu nous a parlé par son Fils » ?

    Pour autant, l’affirmation de l’Évangile : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu », n’en reçoit qu’un sens plus dramatique. L’amour n’est pas aimé. Oui, la terre et la création, c’est chez lui. Et si c’est aussi « chez nous », c’est parce que d’abord, c’est « chez lui ». Il est illusoire de vouloir échanger sur l’écologie en ignorant Dieu. N’est-ce pas lui qui a établi dans son amour et sa sagesse les règles des relations entre les êtres au sein de sa création ? Comment ignorer ces règles ?
Verbum caro factum est, le Verbe s’est fait chair : suprême amour de sa création et du corps de sa créature, suprême abaissement, suprême humilité pour partager à l’homme sa divinité. Dieu se revêt de notre chair, se fait Emmanuel : Dieu avec nous.

    L’homme oublieux de Dieu, comme pour occuper une place qui lui semble vide, s’érige en Dieu. Suprême orgueil, suprême mépris de l’amour et de la sagesse de son Créateur, il revisite la création et prétend la modeler à son gré. La dictature des faux dieux se fait chaque jour plus oppressante. La justice entre les hommes et le respect de la liberté de tous exigent la vérité sur ce qu’est l’homme, et l’acceptation du plan divin.

    Que faire, alors que notre pèlerinage est toujours plus difficile ? 
Jésus aujourd’hui se fait aussi pèlerin. Dieu est avec nous. Marchons à ses côtés.
Pour tenir tête à une société qui ne prête attention qu’à la violence ou à ce qui touche ses intérêts économiques, il est urgent que les chrétiens se regroupent et se forment. Il faut qu’ils connaissent et acceptent les affirmations de leur foi. Ne laissons pas caricaturer le Christ ou son message. 
L’Enfant de la crèche n’est-il qu’un personnage de plâtre qui ressort de sa boîte chaque année, ou est-il Celui qui a profondément marqué ma vie, au point qu’elle répand autour d’elle sa lumière et son message ? 
    Le Christ vaut-il la peine d’être connu, d’être annoncé ? Celui que la plupart des médias ignorent, il nous revient de l’annoncer, en occupant les lieux de parole, en soutenant les médias chrétiens. En face, c’est un vide abyssal.

    Ce qui manque aujourd’hui à trop de chrétiens, c’est ce qui manquait au jeune homme riche : la flamme de la foi qui permet d’aller au bout avec le Christ. Le don radical de Dieu appelle le don radical de l’homme : « Dieu ou rien » ! Si le monde devient chaque jour plus violent, si les situations de haine se multiplient, c’est que le monde a décidé qu’il n’y a
rien au-delà de lui. Il ne lui manque que d’accepter l’amour et la paix de son Dieu qui aujourd’hui prennent les traits d’un enfant.
    
    Alors que la nuit est sombre, le chrétien est le veilleur qui a mission d’ouvrir la voie de l’espérance à ses frères. Aujourd’hui, dans une crèche, auprès de Marie, est apparu le Christ, Fils de Dieu, notre Sauveur, notre paix.

Amen, Alleluia.

mercredi 18 décembre 2019

Pedras nascidas das ondas, quand la poésie traverse la peinture.

Grâce à Saskia Weyts 

J'ai la joie de vous annoncer l'exposition de Saskia Weyts (artiste de Grâce depuis le début ), intitulée Pedras nascidas da ondas (Des pierres nées des vagues) à L'Espaço Pontes à Fundão au Portugal, où, à l'invitation de l'Association Luzlinar, elle présente jusqu'à la fin janvier des peintures réalisées en 2017 et 2018. 


+ 


 A propos de ce travail Saskia Weyts écrit sur son site d'artiste :   



 " Ces pierres, je les sors d’une seule source vivante : l’Océan.
Je les enlève de cette source, je les récolte et je les fixe pour un temps dans mon temps.
Ces pierres sont formées par les mouvements de l’eau, par des millions de mouvements des vagues qui les ont roulées sur le sable, arrondies, polies, sculptées.
Une pierre mouillée révèle sa couleur cachée, la lumière cachée dans la pierre.
La formation de ces pierres est comme celle de l’être humain : « mouvement et repos »(Jean-Yves Leloup, citant l'évangile de Thomas)
En observant ces pierres, je prends le temps de les méditer
 pour voir le secret qui se trouve enfermé dedans.
Je m’émerveille de leur présence et petit à petit je pénètre le mystère de chaque pierre, leur profondeur, leur côté caché, leur âme minérale.  Leur histoire millénaire se murmure et se chante dans leurs couleurs.
Du matériel vers l’Immatériel."


+

Je reproduis ci dessous le beau texte critique, intitulé Quand la poésie traverse la peinture, écrit par le poète portugais Manuel da Silva Ramos à propos de cette exposition et de celle du peintre Cargaleiro à Castello Branco, paru le 12 décembre dernier dans le Journal de Fundaô.






Vue de l'Espaço Pontes à Fundaô



Quand la poésie traverse la peinture *



Texte paru dans le Journal de Fundaô 


 Ce sont les poètes qui dévoilent le mieux la peinture. Il suffit de regarder le passé récent, je ne dis pas au Portugal où l'habitude n'est pas enracinée, mais en France où c'est habituel et très apprécié. Ce sont, par exemple, Michel Leiris et Gilles Deleuze, poète et philosophe plein de poésie, qui ont le mieux parlé de la peinture de Francis Bacon. C’est encore Georges Bataille qui a également écrit des textes admirables sur divers peintres, mais aussi Baudelaire, Michaux, André Breton etc,.
 
Le samedi 7 décembre, au musée Cargaleiro de Castelo Branco, un beau musée cosmopolite que je ne connaissais pas, Fernando Paulouro Neves a présenté son livre de poésie « Métamorphoses - Poèmes pour Cargaleiro », une œuvre insolite qui revisite l’œuvre du peintre consacré ici, l'honore et la vivifie avec grande sensibilité et émotion.
En faisant de la poésie à travers l'œuvre de Cargaleiro, Paulouro va plus loin que les poètes mentionnés plus haut car son travail ne consiste pas à commenter, à interpréter ou à résumer l'univers du peintre mais à le faire vivre à travers des mots brûlants d’une combustion lente. En d'autres termes et comme le dit l'auteur, il s'agit « d'un câlin habillé de poèmes » ou « d'un regard poétique sur ce voyage de couleur ».
J'ai eu la chance de collaborer à cette présentation du livre en lisant quelques poèmes traduits par moi en français ( c'est un livre bilingue rare qui mérite d'être connu des Français ) et Manuel Costa Alves a lu le reste de l'ouvrage en portugais. C'était un régal d'entendre cette poésie dans la bouche de cet homme à la voix admirable. De nombreux Portugais se souviennent encore de ce Monsieur météo de la télévision... 

À côté de moi se trouvaient les premiers tableaux du peintre et j'ai été ébloui. Ils m'ont rappelé le geste australien et la peinture aborigène. En ouvrant le livre de Paulouro, nous ne devons pas être surpris par l'acuité lyrique du poète qui déclare: « vous inventez des lignes de couleurs plates / un monde abstrait / à l'intérieur de l'âme / sentiment et émotion / métamorphoses / comme un vent en vous » Ou : « Il y a un fleuve de couleurs / inventé par le temps / coulant dans vos yeux. » Et pourtant : « les vers du poème / au coeur du tableau / sont de la pure réalité / mille arbres s'élevant vers le ciel » Que Cargaleiro ait illustré deux livres du poète français Armand Guibert ( premier traducteur français de Fernando Pessoa ) prouve qu'il a toujours été attentif à la poésie. Maintenant, avec la poésie de Fernando Paulouro, le peintre était ravi.
C'est ce que nous ressentions tous, soit les soixante-dix personnes venues écouter cette poésie intemporelle, c’est qu’elle est le seul art qui transforme le monde qui passe. Les deux artistes méritent ensemble un album décent qui permettra de ne pas oublier ce dialogue insolite. Vive «la lumière sur les galets»!





Peintures de Saskia Weyts 2017/2018


À partir de pierres calcaires est également réalisée la peinture de Saskia Weyts, une artiste belge qui a une maison au Portugal, à la périphérie d'Óbidos. Ce jeudi 12, elle exposera à Espaço Pontes, à Fundão, invitée par l'Association Luzlinar. Professeur de dessin, peintre ayant obtenu de nombreuses récompenses depuis 1987, elle montre ici avec ces « Pedras Nascidas das Ondas » une fantastique démarche poétique.

Elle s'est simplement appropriée des pierres caressées par les eaux et a donné ensuite ses visions au papier. 

Ce sont des voyages et des paysages imaginaires, un cosmos surréaliste, des épiphanies métaphoriques. En doublant le temps, Saskia Weyts se positionne comme une peintre de la survie de la beauté dans une nature tourmentée par l'homme. Mémorialiste et archiviste d'un imaginaire basé sur le réel, la peintre reçoit naturellement la poésie comme un don de la nature. Et elle-même l'écrit, illustrant sa création: « Ces pierres, je les retire d'une seule source vivante, l'océan. / En regardant les pierres, je passe mon temps à méditer sur elles / pour voir le secret qui est enfermé à l'intérieur / ». 


Ne manquez pas cette exposition fascinante pour son originalité et son invention lyrique nous alerte sur un monde durable près de nous, et que, distraits, nous ne pouvons pas réaliser ou rêver." Manuel da Silva Ramos

* Le texte original est en portugais, nous l'avons traduit. 

samedi 31 août 2019

Grâce à ces lecteurs qui m'ont écrit.


Un livre c'est une longue lettre adressée à de lointains amis, imaginés ou inconnus pour la plupart, qui vous lisent sans que vous le sachiez pendant des jours sinon des mois et qui font ainsi revivre en eux votre livre et votre vie et celles de ceux qui les ont nourris. Grâce donc à mes lecteurs connus et inconnus qui louent et multiplient, sans toujours la reconnaître en eux, la Source, la Vie absolue qui ne cesse de se donner invisiblement à tous avec l'espérance d'être reconnue et aimée en chacun.




Pierre Mertens, écrivain, académicien. Premier lecteur en 1999 de L’Oeil joyau Carnets 1980-1985, un recueil de textes, augmentés ensuite pour Ad Imaginem Dei - L’oeuvre invisible

Cher Robert Empain, J’ai savouré ce voyage artistique ( et surtout qu’il s’agit d’une amorce à une série…) C’est de pèlerinage initiatique qu’il faudrait plutôt parler. En particulier sur les traces de Picasso à Antibes (A propos, aimez-vous de Staël?) Merci de tout cela, bien chaleureusement. Amitiés  Pierre Mertens. 1999 

 

Thierry Berlanda, philosophe, romancier 

Ad Imaginem Dei, de Robert Empain. Ce titre d’apparence canonique est celui d’un livre du peintre, penseur et poète Robert Empain. Cela dit, est-ce vraiment un livre ? Et est-il vraiment canonique ? Deux fois non. Ce recueil de pensées, d’aventures et de prières est plus grand qu’un livre, plus sauvage aussi. Il n’est pas un objet à classer sur un rayonnage de bibliothèque : il fait partie de nous, présent dans nos coeurs bien avant même qu’il n’ait été écrit. Pas un livre donc, mais une révélation. Pas une référence, mais un ami intime. Pas une thèse, mais un chant. Dans cette pérégrination tout autant rafraîchissante que brûlante (sa nouveauté nous brûle, à vrai dire, et sa brûlure nous renouvelle), nous suivons Robert Empain pas à pas, débonnaire, fervent, parfois en colère, mais d’abord et finalement scintillant de sa confiance en Dieu. Ici il visite Venise ou Florence, à contretemps des hordes de touristes, là l’Espagne, le sud de la France ou les Etats Unis ; chaque fois l’occasion de rencontres, agréables ou déchirantes, et d’études lumineuses, non seulement de peintres, (ses évocations de Picasso, de Dali, de Cézanne, de Matisse, entre vingt autres, sont inouïes), mais aussi d’écrivains, de sculpteurs (son Cellini est sublime) ou de philosophes (Jung notamment, si l’on veut bien admettre ce génie, injustement réprouvé, parmi les philosophes). Chaque fois, où qu’on le suive, où qu’il nous accompagne, Robert Empain agit et parle avec justesse, mais pas comme un sage en position de surplomb, jugeant et déjugeant, encapsulé dans ses certitudes, mais comme un homme parmi les autres, amoureux, enthousiaste, sagace comme pas deux, parfois frappé durement, mais se relevant toujours pour rendre grâce, sachant qu’il n’est pour rien dans le don qu’il reçoit, dans le don qu’il est, comme vous et moi, d’être miraculeusement vivant. Ce livre, d’une profondeur et d’une beauté de volcan, n’est pas encore publié. Or aucun véritable éditeur, s’il en reste, ne peut laisser filer un tel OVNI, ce chant d’amour, ce gisement d’intelligence pure, sans tenter avec lui une rencontre du troisième type. Nous n’aurons de cesse de favoriser cette rencontre. Et pas dans l’intérêt de Robert Empain, qui ne s’en soucie pas, mais dans celui de tous ses lecteurs potentiels : c’est-à-dire tout homme ayant un coeur, ce qui nous fait encore un assez grand nombre. » Thierry Berlanda.  Texte publié sur son site en 2014


*Ad imaginem Dei, premier tome, L'oeuvre Invisible, de Robert Empain, est une recension de ses rencontres, artistiques, intellectuelles, spirituelles ou simplement amicales ou amoureuses. 


Gabriel Arnou-Laujeac, romancier, mystique 

« Il y a de très belles fulgurances dans ce livre traversé, de part en part, par le souffle et la quête du Tout Autre. Félicitations. » Gabriel Arnou-Laujeac. 2014 


Hélène Maindron-Charlier, peintre d’icône 

« J’avais rendez-vous avec ce livre et je ne le savais pas. Je l’ai découvert par hasard et j’ai pressenti assez vite qu’à travers le voyage initiatique de l’auteur, qui a commencé bien avant la première page, il allait m’emmener dans un espace ouvert, sensible, créatif – un don que l’on reçoit avec gratitude. Dans un espace de vie bien ancré qui nous fait murmurer : c’est la vie ! Rien à voir avec la fatalité, mais avec le cri, la colère, le surgissement, la beauté, la gratitude. En le lisant, naturellement, j’ai griffonné des notes, fais des croquis. C’est aussi un livre que l’on prend à pleine mains avec des illustrations, de belles découvertes ou redécouvertes.” Hélène Maindron-Charlier. 2014 


Aude Fauconnier, jeune artiste 

« En commençant ce livre, j’ai entamé un voyage avec un poète. Un voyage particulier car il s’est révélé être un voyage intérieur. Et cela en compagnie de Robert qui nous partage ses réflexions, ses découvertes au travers de ses voyages avec ce petit quelque chose qui lui est propre…Non, je ne parle pas de sa touche d’humour mais son amour de la Vie. Au fil des pages, je me suis laissée transporter et guider en toute simplicité dans la mémoire de cet écrivain. Comme le voyageur sur sa route, je me suis sentie libre de continuer ma lecture ou tout simplement de l’arrêter un instant afin de revenir dans le temps de la réalité pour me questionner sur les différents sujets abordés dans le livre, entre autre concernant la place de l’artiste d’aujourd’hui. Un questionnement très parleur étant une jeune artiste. A la lecture, j’ai ressenti que j’étais face à une de ces oeuvres que nous cite Robert dans son livre. A savoir, une oeuvre qui se révèle à nous-mêmes lorsque nous prenons le temps de nous en imprégner. Il s’agit de moments précieux et très fort comme nous l’explique l‘auteur de son expérience face à la fresque de ‘La creazione di Eva’ découverte en entrant par hasard dans un Palais de Florence. Une rencontre qui ne l’a pas laissé insensible et ce même au travers le temps. C’est là pour moi la richesse et l’aboutissement d’une oeuvre, elle a le don de laisser son empreinte sur celui qui la contemple quelque soit le nombre d’années écoulées. En plus de la lecture, j’ai trouvé intéressant que l’écrivain nous présente ses oeuvres au fil des pages. Elles nous invitent à prendre ce temps précieux de laisser mûrir les écrits en nous et en même temps d’aller à la rencontre de l’artiste qui se trouve derrière ce livre. Poète, écrivain, artiste, un troubadour ! C’est avec joie que je suivrai la route du poète pour le lire ou avoir cette étrange impression de l’entendre raconter ses récits dans le tome à suivre. Il y a tant de choses qui méritent d’être vécues et qui attendent que nous venions à leur rencontre. Récemment, pour moi il s’agissait de la (re)lecture de ce livre où l’écriture se fait ode à la Vie. Alors en attendant de croiser la route de Robert dans le second tome, je poursuis mon propre chemin avec mon âme d’artiste et cette nécessité intérieure de contempler des oeuvres ou de les donner à voir. Si la route vous a mené jusqu’à la fin de ce texte, sachez qu’il n’y a pas de hasard. Cela signifie qu’il est temps pour vous aussi de commencer à lire ce binchois ! « Aude Fauconnier. 2014 



Jean Lavoué, poète, éditeur de poésie (au fil de la lecture)  «Je viens de télécharger Ad Imaginem Dei, votre ouvrage magnifiquement illustré… 

… Les cinquante premières pages me parlent et me touchent. Cette simplicité avec laquelle vous vous confiez, la liberté de ton, la qualité de l'écriture et la découverte pas à pas de cette grande sensibilité et culture artistiques qui sont les vôtres. J'aime en particulier ce passage sur le féminisme au sens de l'amour du Féminin... Mais tant d'autres choses aussi. … 


… Vous dire Robert que j'ai lu tout à l'heure ce dialogue avec Jung d'où est tiré le titre de votre ouvrage : magnifique ! J'aime la fulgurance des intuitions, la liberté de ton et cette force de l'Esprit, du Souffle, du Poème qui emporte tout ! Merci… Je poursuis ma lecture… 


… Je viens de terminer la lecture de votre ouvrage dans lequel j'avais pu me plonger trois heures d'affilée jeudi après-midi. C'est la force de l'expérience intérieure et de la foi bien sûr qui s'impose et à certains moments nous emporte vraiment vers ce royaume de confiance et de Présence auquel l'art nous introduit. Votre art, mais votre écriture aussi et l'enthousiasme qui la soulève... Merci de m'avoir ainsi initié un peu plus à la magie de la création picturale et à tout ce qui l'accompagne dans une existence comme la vôtre traversée d'éclats, de joie et de douleurs… Et toujours cette Vie, cet indicible, cet invisible sur la toile duquel se dévoile pas à pas l'oeuvre essentielle. … 

C’est bien cette affirmation de foi que je qualifierai de ‘johannique’ en m'appuyant sur votre référence à l'Apocalypse, que l'on ressent en vous lisant et en recevant votre témoignage. Oui, sans doute, l'oeuvre d'art est-elle une bonne médiatrice pour introduire à ce mystère de la Présence, mais encore faut-il accepter de se laisser guérir de nos aveuglements mondains et égotiques... Ouvrir les yeux : une voie toujours à dégager et à reprendre ! 

Merci en tous les cas de me faire découvrir tous ces artistes et votre propre oeuvre qui ont été et sont chemin vers cette manifestation de la Vie en son plus haut mystère… …. 


Bien sûr, vous pouvez reprendre, Robert, ce que je vous ai écrit en toute spontanéité et sincérité : sans doute pas suffisamment longuement au regard de la durable résonance de votre écriture entrecroisée de tableaux et de ce dévoilement du regard qu'opère votre généreuse et vigoureuse pédagogie ! » 

Jean Lavoué. 2015 


Françoise Chaulder, mère de famille 

«Un livre se lit et s’oublie parfois… Il se relit ensuite pour se souvenir des moindres détails. Le vôtre se parcourt au gré des pages, un chapitre chaque matin tel un livre précieux. On y découvre de bien belles choses : promenades, tableaux… On y rencontre de bien beaux personnages. Mais comment peut il en être autrement puisqu’il reflète votre douceur, votre plaisir de vivre… Je savais qu’en vous lisant sur votre blog, je devais posséder votre livre sur papier. Merci à vous, Robert, grâce à vous mon esprit vagabonde, mes yeux s’ouvrent de nouveau vers un monde plus beau. J’adore parcourir votre livre à n’importe quel moment de la journée. Il m’envoie à une « paix intérieure » Françoise Chaulder. 2015 


Olivier Mass, ingénieur et artiste à ses heures 

« Lors de notre dernière entrevue, je vous avais dit que je prendrais contact avec vous pendant la lecture de votre livre, afin d'échanger avec vous à son sujet. C'est une chose en cours en ce moment : je suis plongé dans Ad Imaginem Dei, à peu près à la moitié de l'ouvrage alors que votre récit nous emmène à la visite du musée Cézanne à Aix et que vous réfléchissez sur la démarche si personnelle et courageuse de ce peintre qui trace la route d'un nouveau regard sur le réel et sa représentation picturale. J'ai éprouvé dès maintenant, en cours de route, le besoin de vous contacter pour vous dire un peu ce que je ressens, avant même la fin du livre. En effet, il ne s'agit pas pour moi de faire un commentaire élogieux et amical au bout du parcours, car votre livre me touche d'une manière particulière à laquelle je souhaite répondre dès maintenant. L'idée qui me vient pour caractériser ce que je cherche à exprimer est une notion de globalité : je trouve que votre livre traduit de manière particulièrement juste la globalité d'une démarche : la vie sentimentale et professionnelle, l'expression vive, précise et inspirée d'une aspiration mystique très forte et très vivante, le cheminement d'une réflexion intellectuelle sur les valeurs et la société, une rumination approfondie sur une vocation artistique et les exigences de cette démarche en cohérence avec vos aspirations religieuses, intellectuelles et subjectives, et, pour finir, une iconographie représentant certaines de vos oeuvres personnelles ou celles d'autres artistes qui balisent votre cheminement et permettent d'en apercevoir les fruits. La globalité de ce parcours s'exprimant sur tous ces fronts sonne vrai et me touche, car elle couvre un certain nombre des thèmes qui ont également occupé mes pensées au cours de ma vie. Votre récit sonne vrai à mes oreilles, car par son ampleur il embrasse largement le réel de votre expérience et trouve place dans le réel de la mienne. Votre propos me paraît familier sur de nombreux points et pourtant à chaque fois quasiment, il est plus fort, plus brûlant que celui que j'aurais pu formuler. Votre amour mystique de la vie et du Christ, que je partage, bien que chez moi il soit plus modéré, plus raisonnable, voire somnolent. Votre recherche picturale logée au coeur de vos aspirations mystiques, de vos expériences oniriques, et de l'étude poussée des maîtres de la peinture et des théoriciens de cet art. J'ai un peu parcouru ce domaine en dilettante et pour moi dessiner et peindre est un plaisir "innocent" qui s'apparente simplement à la pratique d'une langue vivante d'un autre type qui nous met en relation avec la beauté du monde et des hommes. Je savoure vos analyses et vos commentaires d'oeuvres d'art pour leur pertinence et la compréhension de l'intérieur de l'oeuvre qu'elles révèlent. Voilà ce que voulais te dire dès maintenant. Sachez que quelque part en région parisienne un petit bonhomme fait un bout de chemin avec vous, le Robert d'aujourd'hui ou d'hier, un peu les deux probablement, et que cet amicale entraide de l'auteur vis à vis de son lecteur reproduit une fois de plus le miracle de la culture qui échappe aux limitations du temps et de l'espace. Merci bien ! A bientôt pour vous voir, et, de toute façon, pour vous lire. » … « Cher Robert, J'ai terminé votre livre dans l'élan d'une lecture captivante ! Je comprends que vous avez vécu ce qui ressemble à plusieurs vies et que votre vocation d'artiste s'est exprimée de nombreuses manières. Quel parcours riche et fécond ! J’ai hâte d'en parler avec vous au printemps prochain…» Olivier Maas. 2016 


Cristian Ronsmans, auteur et conférencier 

« Mon cher Robert, quand vous parlez de l'art contemporain et de ses agents, en mentionnant ces derniers vous mettez le doigt sur la plaie qui contamine l’art contemporain. Je ne suis pas sûr que votre texte ne puisse pas trouver d'écho auprès de créateurs contemporains, hors même du champ de la peinture — qu'Aude de Kerros pense morte et enterrée, ce qu'elle dénonce dans son ouvrage L’Art caché. Je dis cela parce qu'il est vrai que par l'action conjuguée d'investisseurs, d'agents, de galeristes, commanditaires et fumistes de l’A.C., et de haut vol ; vol dans son sens amphibologique, action qui fait un tort considérable à l'AC, il devient compliqué pour beaucoup de distinguer la supercherie, prenons Jef Koons par exemple et pas vraiment au hasard, et l'honnêteté intellectuelle a minima. Mais bien évidemment je vous rejoins dans votre analyse de l'art en cet extrait que je viens de lire (sur votre blog). Je vous rejoins tout en restant ouvert à la création contemporaine et en débusquant, traquant, combattant, tant que faire se peut, l'imposture qui tend à se généraliser. Pour des raisons évidentes. Je me suis permis de partager votre extrait sur mon mur. Ayant été un peu réducteur dans mon premier commentaire, je l'ai explicité. Bien à vous et au plaisir que j'aurai en me procurant votre livre que je lirai prochainement. » 


…. Ad Imaginem Dei L’oeuvre invisible, une expérience phénoménologique de l’art. « Quand je dis une phénoménologie de l’art je suis un peu réducteur, car il s’agit bien d’une phénoménologie de l’esprit dans l’art, à lui appliquée. L’auteur de ce livre, Robert Empain, semble, en effet, vouloir nous faire comprendre qu’il s’agit de faire remonter à la conscience ce qui est enfoui dans son au-delà, l’émotion vécue, par une praxis expérimentale vécue dans l’instant et dans sa manifestation. Autrement dit, c’est le sens de cette dernière qu’il faut pro-clamer, clamer devant, clamer à la présence de l’autre. Mais pas seulement. Car si, de fait on pro-clame l’émotion, il convient aussi de la transformer en connaissance. Ici l’Esprit entre en jeu et, en raison de la joie de porter haut et fort la connaissance et sa manifestation à la présence de l’autre, le spectateur, partenaire de cette dialectique, entre dans une sorte d’euphorie démonique, l’eudémonisme, la contemplation de la vérité, bien éloignée de la conception qu’en avait Nietzsche qui y voyait une sorte de béatitude pouvant engendrer un sentiment de bonheur, dont il n’est pas nécessaire de souligner l’impermanence. Ce bonheur là ne s’embarrasse pas de l’art et inversement ! »  Cristian Ronsmans. 2015 


Xavier Houben, architecte 

« Depuis quelques mois, voire une année entière, j’ai envie de vous dire à quel point votre livre m’a touché. Mes deux lectures ont transformé l’exemplaire que vous nous aviez donné en un merveilleux manuscrit chiffonné, sali et rempli de notes, de traces de crayon et de doigts. Ce livre m’a touché comme m’a touché la rencontre avec votre bonheur et votre générosité, à Saskia et à vous, lors de cette soirée où nous étions venus vous offrir un rosier et qui fut pour moi une véritable leçon de vie. Depuis ce jour, il me semble juste et indispensable de chercher sa voie avec beaucoup d’honnêteté et de bienveillance envers soi même. Je pense que la vie et le partage avec les autres personnes, avec les animaux et la nature, ne nous montrent leur merveilleuse beauté que lorsque nous nous autorisons à la voir. Cette voie, vous nous l’as montrée avec cette honnêteté et cette bienveillance que vous et Saskia personnifiez pour moi. Je vous suis reconnaissant de m’avoir montré qu’une certaine douceur, que certains doutes et questionnements sur la vie et la spiritualité, qu’une certaine fragilité peut-être, ne sont pas des choses que nous devons cacher aux autres. Les personnes bienveillantes nous en serons reconnaissantes, ce sont les personnes dont on se nourrit, et tant pis pour celles qui ont le besoin ou l’envie de nous blesser en passant par cette porte qu’on leur a ouverte. J’ai beaucoup d’admiration pour votre érudition. Votre livre était pour moi un énorme cadeau car vous y livrez votre personne, une mise à nu de vos pensées, de vos plaisirs et de vos questionnements, de votre histoire aussi, ce qui me permet de me nourrir et m’aide à me construire un peu plus. Le fait que certaines lignes soient très proches de mon histoire et de mon monde n’y est certainement pas étranger : -) Ces lignes ne sont pas aussi bien écrites que celle de votre ami Olivier, mais ce matin, je me suis dit qu’il était temps de vous envoyer quelques lignes pour vous remercier à ma manière un peu confuse. Je me réjouis de pouvoir continuer mon vol à travers cette vie, en me disant que vous pouvez à chaque moment apparaitre au hasard d’un coin de rue et je garde votre icône voilée comme un rappel pour moi à être et à rester vrai et généreux. à bientôt, avec beaucoup d’émotion, » Xavier Houben, 2016 


Dominique Lebel. romancière, historienne de l’art. 

Ad imaginem dei - L’oeuvre invisible, de Robert Empain. Une âme en voyage « L’oeuvre ne devient oeuvre qu’en oeuvrant en nous, par nous, là où elle s’accomplit et nous transfigure, nous rendant capable de ressembler à Dieu » Voilà, vous avez compris le titre. Ce livre est né des carnets d’un artiste, griffonnés pendant plusieurs années. Et c’est un livre magnifique. Je vous invite à suivre ma visite, parce que tout s’est passé pour moi exactement ainsi. J’ai suivi le guide– bon, par moments je ne l’ai plus écouté mais j’ai toujours été comme ça, incapable de trop de suite dans les idées. Je n’ai jamais suivi une visite en entier, un rien me distrait. Mais là, j’avais un guide très particulier –vous vous souvenez des piles Duracel et des petits lapins qui tapaient sur un tambour, à la télé ? C’est lui. Et ce n’est pas lui, parce qu’il est aussi peintre. Et il a une prose extraordinaire, donc il est aussi écrivain - ou poète, vous choisirez. Je l’ai suivi à Venise, à Florence, à Ostende, à Manhattan, à Aix en Provence, dans les musées. Je suis partie en avion vers Rome avec lui et nous avons regardé les sommets enneigés des Alpes et il m’a dit regardez bien par le hublot, on dirait d’énormes reptiles pétrifiés. Il m’a montré une chapelle peinte par Giotto, m’a entraînée dans les turbulences des couleurs et m’a dit vous voyez, là c’est un miracle. Il m’a montré les femmes nues de Picasso et m’a dit aussi ce que vous voyez là, ce sont des équations féminines non résolues, comme des bateaux en réparation. Il m’a montré les peintures si lisses de Dali et m’a dit sur ces tableaux-là, le peintre a envie de rire, il plonge dans les apparences pour les détruire, ça l’amuse. Il m’a emmenée vers le sourire du Kouros grec, qui n’a pas trop envie de sourire parce qu’il n’est qu’un homme de pierre et qu’il lui manque la vie, et il m’a montré aussi le drame dans le ciel, entre la lumière et l’ombre. Et puis j’ai vu au passage quelques femmes, et un couple extraordinaire et un directeur d’agence publicitaire –un peu de sa vie. Il m’a montré des phrases, « je ne cherche pas, je trouve » et celle-là, que je voudrais ne jamais oublier: « La vie est si simple en été ». Et puis il m’a raconté une histoire, qui est l’histoire de l’art , la vraie–c’est l’histoire d’un oeil, parce qu’à partir de la Renaissance, les peintres n’ont plus eu qu’un oeil, un oeil de verre qui les empêchait de voir. Ensuite ils ont retrouvé leurs deux yeux parce qu’ils ont commencé à piéger cet oeil qui ne voyait rien d’autre que la surface des choses, mais ce n’était pas assez. Il a fallu que l’un des deux yeux regarde à droite et l’autre à gauche et le troisième oeil est né, avec Picasso. Cet oeil-là voit ce qu’il y a à l’intérieur. A l’intérieur de l’écran. Mon guide m’a montré aussi ce qu’il était capable de faire, et je l’ai vu tracer un trait, le trait magique qui réconcilie le dedans et le dehors, vous savez, ce trait qui brise les vitres. Je l’ai vu aussi fabriquer du blanc, son blanc qu’il appelle le blanc camembert et ça m’a fait rire, de la part d’un publicitaire. Alors je dois le remercier –il faut toujours remercier le guide. Pas pour la visite de Venise, je trouve les Vierges à l’enfant espagnoles tellement plus belles et émouvantes que les italiennes. Pas non plus pour la visite de Florence, parce que je suis un peu comme Nina, moi aussi j’ai été happée par les vitrines des boutiques, qui sont fabuleuses là-bas. Non, je voudrais le remercier pour m’avoir cité cette phrase sublime de Fra Angelico, à laquelle je vais m’accrocher à partir d’aujourd’hui (une phrase pareille je vais vous dire, je ne vais pas la lâcher) : « L’obscurité du monde n’est qu’une ombre ». Et au moment de quitter mon guide, je l’ai bien regardé et j’ai repensé à cette parole de Picasso, qu’il m’avait répétée : « à quatorze ans je dessinais comme Raphaël, il m’aura fallu avoir quatre-vingts ans pour dessiner comme un enfant ». Et parce que j’espère très sincèrement que vous irez vous plonger vous aussi dans ce livre, je dois vous prévenir : il n’y a pas de plan de visite. Et n’en demandez pas au guide, il ne vous en donnera pas. Parce qu’il suit le plan originel, comme dans les salles des fac-similés égyptiens, il vous expliquera. Tous ces chapitres sont autant de fragments projetés sur un livre abstrait –abstrait au sens propre, c’est à dire détaché du monde des apparences C’est le livre d’une âme, si vous voulez tout savoir, mais d’une âme qui prend l’avion avec son patron pour aller demander de l’argent aux Américains, une âme qui s’enchante d’un beau paysage, une âme qui se fâche parce que le monde l’énerve, une âme qui tombe malade et qui rêve aussi. Qui rêve d’un art théophanique –auquel vous croirez ou pas, en tout cas, je vous promets une sacrée visite. » Dominique Lebel. 2017 


Marie Pairelle, secrétaire de mairie 

«J’ai enfin pris le temps de me plonger dans votre livre Ad Imaginem Dei - L'oeuvre invisible, acheté lors de votre exposition à Plaincourault, où j'étais venue peu avant vous déranger avec mes plans de géo-biologie…

Peu après, vous m’avez demandé si je comprenais votre cheminement à travers vos écrits. Oui, j'ai compris et j'ai aimé, et beaucoup aimé même. J'avais commencé à marquer les pages au crayon dès qu'un passage traduisait de belle façon mes pensées, ou m'interpelait, ou me touchait. Je me suis vite rendu compte qu'il y en avait beaucoup trop pour que je vous les cite tous. Je vais donc résumer mes commentaires. Je ne m'attendais pas à votre passé de publicitaire et j'ai adoré votre analyse, moi qui ait été trésorière de l'Association Nationale de Défense des Téléspectateurs lorsque la pub a commencé à couper les programmes dans les années 90… Vous m’avez un peu scotchée avec la cérémonie de messe. Afficher ainsi sa foi, Il fallait oser ! Les descriptions de tableaux m'ont non seulement intéressée mais ont grandement contribué à mon éducation... Et pas que ... " La Tentation de Saint Antoine" m'a éclairée pour mieux supporter des émotions à combattre et retrouver ma sérénité. Merci. Et tout cet amour ! Me voici rassurée sur la race humaine, encore merci. Lorsque j'ai un écrit important à rédiger, je choisis mon endroit, une feuille blanche et un crayon papier, et j'attends qu'on me souffle. Parfois je m'épate quand je me relis... au fond de moi que sais bien que si talent il y a, il ne vient pas vraiment de moi. Bien sincèrement » Marie Pairelle, 2017  


Un lecteur philosophe, dont ne j’ai pas retrouvé le nom   Le peintre et poète Robert Empain a construit ce récit à partir de ses carnets de voyages et de ses rencontres avec les oeuvres d’art. L'auteur de ce livre nous achemine au fil de ses voyages et de son travail d’artiste, vers une authentique et originale phénoménologie de l'art qui, fidèle à la méthode initiée par Husserl, consiste, de réduction en réduction, à aller à la chose même de l'art, à son phénomène, à son apparition. Il s’agit pour l’auteur, comme pour l’artiste potentiel et originel qu’est à ses yeux tout homme, de rencontrer les oeuvres en personne, et, ce faisant, de prouver en l’éprouvant ce que Wassily Kandinsky disait de l'oeuvre d’art, qu'elle est à la fois extérieure et intérieure, qu'elle obéit à une double nécessité, la première qui du dedans pousse l'artiste à créer, à se créer en créant, et la seconde qui s'imposant de l'oeuvre même conduit le faire même de l'art, l'art de faire. L'oeuvre d'art se montrant alors comme tout phénomène du monde selon un double mode d’apparaître : l’un au dehors, dans la réalité visible du monde, et l’autre au dedans, dans la réalité invisible de l’âme vivante. Ce récit, où se succèdent les récits de rencontres fondatrices et fulgurantes d'un jeune peintre avec les oeuvres d'art, témoigne de leur pouvoir de ressuscitation, de leur capacité d’éveil spirituel, mais alors et encore du pouvoir et de la fonction de l’imagination créatrice et visionnaire par laquelle l'oeuvre d'art vue et vécue devient une oeuvre vivante. L'auteur réaffirme alors la vocation perdue de l'art : par la rencontre vivante avec des oeuvres d'art véridiques, non seulement l'oeuvre reprend vie, mais chacun peut se rencontrer lui-même ressuscité, c'est-à-dire imaginer en lui l’Image de Dieu à laquelle il est fait et vers laquelle il peut s’élever. 2017



Camille Gloaguen, « humble lectrice » 

« Ce livre témoigne du monde des vivants à l'endroit où la barbarie nauséabonde actuelle attaque Dieu en oubliant sa bonté et sa générosité. Il n'existe plus de Père de nos jours, nous oublions les anciens et ce livre permet de les ressusciter par l'intermédiaire d'une écriture voluptueuse, douce et empreinte de magie. Il y aurait tant à dire et je ne suis qu'une pauvre petite lectrice ô combien humble. Pour moi ce livre permet de vivre cette dualité qui existe entre la connaissance, la soif d'apprendre et le sensoriel de la vie qui existe en chacun d'entre nous. Eros l'emporte sur Thanatos et Dieu merci ! Amen. » Camille Gloaguen. 2018 


Raymond Oillet, philosophe, auteur 

« J'ai lu avec plaisir la belle page que Thierry Berlanda a écrite pour présenter Ad Imaginem Dei : il vous compare à un volcan et non à l’ange boiteux que vous dites être… Et moi je vous vois comme un ‘phare’ mais c'est toujours en précisant ‘à qui sait voir’… Rappelez-vous Mallarmé qui parlait du 'troupeau ahuri des humains’… Mais je lis dans votre livre : « Les hommes sont des miracles qui s'ignorent tant qu'ils doutent de la source invisible qui les fonde, tant qu'il ne leur vient plus à l'esprit qu'ils sont eux-mêmes les preuves qu'ils cherchent éperdument au dehors, là où ne se trouvent plus que des traces éphémères de leurs vies. Ainsi, doutant, ignorant ou méprisant les pouvoirs qu'ils reçoivent du Vivant, ils les épuisent en conquêtes extérieures stériles où ils s'annulent les uns les autres. p.304 Et ceci un peu plus loin, sur Matisse, p.311: « L'émotion est ainsi le miracle qui meut simultanément, fait vibrer les couleurs de l'âme et les couleurs correspondantes du monde. Ce miracle, qui fait se rejoindre lumière de l'âme et lumière du monde, est semblable à celui qui met en résonances les sonorités de l'âme et celles du monde, ainsi que les saveurs, les senteurs et des élans du coeur. Toutes ces correspondances vibratoires étant celles du dedans et du dehors, de l'invisible et du visible, de l'âme et du monde, de l'Incréé et du créé, du Créateur et de sa créature, du Vivant et des vivants, de l'Amour et des aimés. Tous ces phénomènes se nomment encore des théophanies, à savoir des réalités divines manifestées dans le monde mais éprouvées dans l'invisibilité vivante de notre âme. OUI. La création, faudrait-il ajouter, me rend responsable de l'Amour. L'Amour inspire la Sagesse et réciproquement sans doute car sans discernement ni prudence, l'erreur et la passion nous emporteraient. Il n'y a pas UN ( seul ) mais bien création, Un en Deux, la créature (ou Fils) étant responsable du jeu ( je ). Et vous n'avez pas manqué cette vérité. Vous écrivez ‘miracle’, 'théophanie’, ‘résonance’, vous savez, j'ai même précisé 'résonance’ et non ‘ raisonnance’ ! L'Amour et pourquoi pas la Foi ; je ne répugne pas à ce mot, somme toute le sentiment intense et précis d'appartenir à un ordre divin, mais qui n'est pas mécanique, déterministe. Liberté et responsabilité sont liées. » Raymond Oillet. 2019 


Grâce à eux

image




Découvrez sur iTunes : AD IMAGINEM DEI 1 L’œuvre invisible de Robert Empain, un livre de 372 pages  illustré magnifiquement par les oeuvres d'art évoquées.