jeudi 10 novembre 2016

La Nuit du Sacre et le Jour de la Résurrection


Grâce à toi Thierry Berlanda

Parution de 

La Nuit du Sacre 

Tome III  d’une trilogie comprenant 
I L’Insigne du Boiteux  et II La Fureur du Prince




Parmi les vivants seul l’homme possède le privilège, le pouvoir miraculeux de nommer ce qu'il voit, ce qu'il sent, ce qu'il éprouve, ce qu'il pense, ce qu'il désire, ce qu'il aime, ce qu’il est, ce qu'il craint, ce qui le tourmente, ce qu'il hait, ce qui l’accuse, ce qui le tue et plus rarement ce qui le fait tuer et ce qui le fait vivre. Mais ce privilège de nommer, d’où nous vient-il ? Non pas seulement d’être des créatures vivantes mais d’être des hommes vivants dotés d’un corps, d’une âme et d’un esprit capables de connaître, à savoir de naître par la connaissance spirituelle à ce que nous sommes en vérité.  C’est en ce sens que tout homme est par naissance un poète destiné à la connaissance qui consiste à nommer le créé et l’incréé, le visible et l’invisible, l’innomé et l’innommable, en lui et hors de lui ; ce que savaient Baudelaire et Rimbaud qui diront que le poète devra « plonger au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! » Mieux encore, oserai-je ajouter, pour devenir nouveau, pour faire de l’Inconnu qu’il était à lui-même la personne nouvelle qu’il est devenu en la nommant, en la connaissant en lui. Et le poète qui se connaît peut dire alors : Je suis celui que je suis, celui à qui le Vivant a donné son Nom et le pouvoir de nommer. Et cette vocation de l’homme nous est révélée par le premier poète, l’Auteur de La Genèse, le premier Livre de la Bible. 

J’ai déjà parlé de La Genèse dans une note de lecture précédente dédiée aux deux premiers tomes de ce thriller de Thierry Berlanda, L’insigne du Boiteux et La Fureur du Prince, car si La Genèse est un mythe, une cosmologie, un poème, le récit inouï de notre venue dans la Vie, elle est aussi le récit d’un meurtre, le premier meurtre, le meurtre fondateur et répété, oublié et innommé : le meurtre originel et perpétuel de l'homme par lui-même. Le Livre des livres, le Livre source apparaissant alors comme le premier roman noir, le premier thriller de tous les temps auquel tous les autres puisent continuellement, consciemment ou non.

Le meurtre originel et perpétuel de l’homme par lui-même nous jette constamment dans un monde où nous imaginons vivre et mourir alors que nous ne faisons qu’y exister pour muter. Ce meurtre fait des poètes de Dieu que nous sommes des parlants qui prononcent dans le monde des mots et des formules vides et fabrique des objets inanimés, des idoles sans vie et des robots qui la singe. Un être pour la mort donc, comme le dit la philosophie dominante, un révolté, un égaré, un exilé de lui-même en vérité qui se trouve pris dans la série interminable de meurtres dont il est à la fois le coupable et la victime, qu’il commet alors qu’il en a oublié le mobile et le souvenir qu’il a jetés ensemble quelque part au fond de l’Inconnu.  Un Inconnu, un Ailleurs oublié dans lequel de rares poètes comme Thierry Berlanda ne cessent de plonger pour retrouver le Toujours Nouveau et le rendre aux humains dans de nouveaux livres.  


Jeune homme au Serpent. 2010


Mais lisons ce que dit Thierry Berlanda de ses nouveaux livres : « Par essence, tout roman (thriller ou pas), relève du genre fantastique, en ce qu’il décrit une réalité à la fois moins prosaïque que le quotidien, mais qui doit être tramée dans ce quotidien. Le quotidien n’est pas celui des décors ou des autres éléments impersonnels de la vie : il est la Vie vécue elle-même. Peiner en montant un escalier, sourire quand le vent essaie de me voler mon chapeau, retirer un caillou de ma chaussure, avoir envie d’une part de pastèque, etc… Et c’est dans cette quotidienneté fourmillant de mille épisodes fugaces, dans la chair même où tous les sentiments, grands et petits, sont éprouvés, que l’extraordinaire va avoir lieu. Si ce principe n’est pas respecté, il n’y a pas de roman. En l’occurrence, dans mon roman, c’est par effraction, violemment, que l’extraordinaire va entrer dans le quotidien. 
Et plus loin dans le même entretien : « Provoquer la collision de l’élément d’étrangeté et de l’élément de quotidienneté est une de mes raisons d’avoir choisi un personnage de criminel complètement exotique, aussi bien par ses origines (il s’agit d’un prince Iranien) que par sa structure psychique vraiment catastrophique… J’organise donc une rencontre explosive entre d’une part une jeune femme intelligente, rationnelle, angoissée, jolie, parisienne et mère d’un petit garçon, et d’autre part un homme avec une idée fixe, absolument déterminé et sûr de soi, au visage abimé, d’origine persane et qui est fasciné par les petits garçons, dont il fait les personnages principaux de ses rituels meurtriers. » Et en conclusion : « Quant à « l’ailleurs » où le lecteur veut être emporté, charge à l’écrivain de lui montrer qu’un roman n’est pas fait pour le dépayser, mais pour le «repayser », c’est-à-dire pour le ramener chez lui, pour le remettre dans l’axe de son propre Soi, et faire en sorte que ce soit toutes les vanités du monde ordinaire qui lui paraissent dérisoires. Cela aussi, cette sorte de libération, fait partie de la promesse initiale de l’écrivain au lecteur. Dans les bons livres, elle est tenue. Dans les autres… »  
(je souligne )

Quoi qu'il écrive Thierry Berlanda donne à lire une langue à lui, inouïe, baroque, vive, tendre et sauvage, toujours précise, savante et brillante. Quelque soit l’histoire, ses romans nous prennent du début à la fin, ne cessant de monter en intensité et en acuité pour nous conduire là où il veut nous mener : au coeur tremblant de nous-mêmes, «dans l’axe de notre propre Soi», là où la Vie nous étreint pour se faire reconnaître et nous ressusciter.

Par «retour chez soi» et «axe de notre propre Soi» entendons donc résurrection de la Vie, étreinte avec le Toujours Nouveau, qui sont pour Thierry Berlanda «la promesse initiale de l’écrivain au lecteur». Ce n’est pas par hasard mais par une décision fondamentale que notre auteur place la résurrection au centre de sa trilogie. Mais voyons de quel genre de résurrection il s’agit dans un passage intense de La Nuit du Sacre, dans lequel Jeanne, l’héroïne, est prise une nouvelle fois au piège du Prince et de son rituel de résurrection : 
« Jeanne, elle, ne respire plus et sa chair s’émiette entre les parois de son con corps. Sentant qu’elle meure, elle réunit désespérément ses dernières forces. Se laisser tomber sur Aravahani, le bloquer peut-être une seconde ou deux en hurlant à Léo (son fils) de s’enfuir, voilà tout ce qu’elle peut. Les yeux bien ouverts jusqu’au plongeon dans la fournaise, les mâchoires serrées, elle s’apprête à frapper la tête d’Aravahani avec le trophée de ses pères en s’effondrant sur lui. Mais à cette milliseconde, la mécanique de son sacrifice se grippe. Jeanne bloque son geste et fait un effort pour retrouver l’équilibre  car un accroc vient de se produire dans la trame fatidique, quelque chose qu’elle n’identifie pas immédiatement. Des sons étonnants s’élèvent dans l’appartement. 
Le Prince paraît surpris, mais aussitôt il intègre joyeusement cette nouveauté dans le rituel. Aniela Idkowiak (une dame âgée que le Prince a prise en otage chez elle), premier prix du concours international Frédéric Chopin en 1961, s’est installée au piano. Est-elle plus intimidée que lorsque devant le président du jury Drzewiecki, elle avait joué la Polonaise Héroïque, et que ses doigts et tout son corps l’avait exécutée sans qu’elle n’ai fait rien d’autre pendant six minutes et 33 secondes, que se laisser traverser par l’esprit ? Elle joue, déroulant les arpèges où se fomente la colère des accords plaqués, dont la force anime le Prince d’une joie nouvelle, magnifique dans son coeur, hideuse pour ceux qui en sont témoins. « Ô trône de gloire et socle de Mon règne ! Ô alamat é ma’loul ! Ô sein de reine, ô ventre de ma mère, ouvre toi ! » page 222. 

Cette extraordinaire force qui surgit dans ce roman aux moments des plus grands périls pour s’opposer à la force qui tue - et que l’auteur appelle l’énergie noire dans La Fureur du Prince, le Tome II de cette trilogie - est la force même de la Vie.
La Vie qui nous donne de vivre à chaque instant, la Vie qui s’incarne en nous, la Vie qui donne à notre poète romancier d’incarner ses héros, de les faire vivre, et de faire trembler et jubiler ses lecteurs, la Vie qui soulève la vielle pianiste terrorisée, pour jouer Chopin alors que Jeanne semble condamnée. La Vie qui inspira à Chopin sa Polonaise héroïque, la Vie qui émane de sa musique et qui « anime le Prince d’une joie nouvelle, magnifique dans son coeur, hideuse pour ceux qui en sont témoins.» La Vie encore, aussi révoltant que cela paraisse aux égarés que nous sommes, qui anime et permet la rancoeur, la fureur et la folie criminelle du Prince déchu. La Vie qui donne chacun d’entre nous à lui-même qu’il soit un saint ou un assassin ! 




 La Polonaise héroïque de Chopin
par Arthur Rubinstein. 


Oui, car la Vie qui se donne, la Vie qui nous veut et nous aime, nous donne la liberté de l’oublier, de la nier, de la mépriser et de la retourner contre elle-même, pour, espérons-nous, la prendre pour nous seuls. Oui car, la Vie nous espère et nous pardonne et nous ressuscite. La Vie permet même aux égarés que nous sommes de singer sa propre résurrection dans un rituel satanique, par exemple, comme celui de ce Prince possédé que Thierry Berlanda place au centre de son roman comme Dieu place au centre de son Paradis un Serpent enroulé à l’Arbre de la Connaissance et de la Vie. 

Il y aurait encore beaucoup de choses essentielles à dire de ce roman, particulièrement de ce rituel de résurrection atroce, théâtralisé à l’extrême ici par Thierry Berlanda. 

Pour commencer, je ferai remarquer que cet extraordinaire rituel n’est pas aussi extraordinaire que l’auteur le pense, étant devenu le quotidien de quelques milliards d’humains plongés à tout moment dans leurs écrans sur lesquels des meurtres réels ou simulés, plus atroces les uns que les autres, sont commis par des milliers d’autres humains et défilent en différé sinon en direct. 
Ensuite, que tout meurtre, ritualisé, théâtralisé ou banalisé, répète le rituel originel et perpétuel que révèle La Genèse. Car le fond de tout meurtre est le désir trompeur que propose le Serpent à l’homme de devenir Dieu sans Dieu, de s’emparer de la vie pour lui seul, que cette vie soi la sienne ou de celle des autres. Ce dessein délirant est en passe de se réaliser avec ce que préparent les bio-technologies et le transhumanisme qui au lieu de s’emparer de la vie, nous enfermeront dans la mort éternelle.
Enfin, que tous ces délires d’immortalité et de résurrections, tous ces désirs insensés d’une toute puissance arrachée à la Vie, ne font qu’inverser naïvement et reporter indéfiniment notre véritable résurrection qui nous a été donnée une fois pour toutes par la grâce de la Vie en Personne, que nous pouvons nommer avec le Fils, Notre Père. Un Père qui n’a pas voulu que l’homme se perde dans une mort éternelle et qui s’est fait homme par son Fils pour que l’homme se fasse Dieu. 

Notre Incarnation et notre Résurrection ont déjà eu lieu en Jésus-Christ. Nous pouvons les recevoir par la voie la plus assurée, la plus simple et la plus belle qui soit : la grâce et l’amour de la Vie en nous et en tous.    



Ne me retiens pas
je ne suis pas encore monté vers le Père.
2015



   Texte, collage et tableaux de Robert Empain

jeudi 3 novembre 2016

Ils sont repartis chez eux des étoiles plein les yeux


Grâce à toi Charlotte Dunker

     Surdouée pour le dessin, Charlotte Dunker est sortie de l'Atelier de dessin l'Académie des Beaux Arts de Tournai en 2010. La même année elle participait avec le groupe Grâce à l'exposition Viens, Esprit Saint à l'église des Minimes à Bruxelles, où elle présentait dans les vitrines qui retracent l'histoire extraordinaire de ce lieu, des miniatures à l'huile qui retracent l'histoire des personnes qui avaient marqué sa vie. A propos de cette installation, j'écrivais alors : Il est nécessaire de s’approcher de ces peintures pour les regarder, pour s’y exposer et pour entrer alors dans leur intimité, dans l’histoire de ces personnes et de la famille de l’artiste qui pourrait tout aussi bien être la nôtre, et qui l’est en vérité puisque nous formons, que nous le sachions ou non, une seule famille humaine issue d’un même Père. Charlotte Dunker dessine et peint à partir des rares images qui de nos jours sont encore faites par amour et qui sans tricher en témoignent. De ces images qui désirent garder la vie vécue, précieuse, passée et partagée avec des personnes aimées, la jeune artiste fait des peintures qui viennent redoubler les regards, l’attention et l’amour et qui alors, par la force de l’Esprit qui est l’Amour en Personne, ressuscitent un peu d’amour en nous pour ces inconnus qui nous ressemblent tant." 
Par la suite Charlotte Dunker présenta sont travail dans quelques bonnes galeries de Bruxelles, où il  fut exposé et vendu rapidement. Mais bien vite, selon ses termes, elle se sentit étouffer dans ce rôle de l'artiste fabricant de beaux dessins pour le marché et les foires d'art, elle se sentit dépérir car son travail perdait de son sens, de sa nécessité intérieure. Courageusement, elle prit ses distances avec les marchands et se mit à la recherche d'une autre manière d'être artiste aujourd'hui. C'est de cette autre manière d'être artiste dont elle parle dans un texte que nous publions ici avec joie. 
Cette expérience est menée dans le cadre de sa collaboration avec le SMart, une organisation qui apporte des réponses concrètes en proposant conseils, formations et outils administratifs, juridiques, fiscaux et financiers, pour simplifier et légaliser l’activité professionnelle des travailleurs autonomes et des artistes. Nous sommes heureux de partager et de faire connaître ici le témoignage de Charlotte qui montre très concrètement comment l'art peut bel et bien ressusciter la vie non seulement des artistes mais aussi celles des personnes avec et pour lesquelles cet art est fait ! Cette expérience pourra en outre ouvrir des perspectives humainement enrichissantes aux artistes confrontés à la réalité strictement lucrative et mortifère de l'art marchand contemporain, officiel et institutionnel.   







Huiles sur papier de Charlotte Dunker. 2010



" Après l’obtention de mon Master en arts plastiques, visuels et de l’espace, obtenu à l’Académie des Beaux-arts de Tournai en 2010, j’ai suivi une spécialisation toujours en cours en art thérapie au centre Rhapsodie. J’ai construit mon projet professionnel sur l’accès à l’art pour les personnes malades, marginalisées dans leur situation psycho-sociale ou dans une situation de handicap. Et cela à travers des ateliers créatifs, par lesquels je souhaite rendre l’art accessible à tous.

Forte de mes années d’expériences dans le secteur de la santé mentale et plus spécifiquement dans l’animation d’ateliers, j’ai développé une méthodologie qui vise à apporter le meilleur cadre possible pour la pleine réalisation et l’expression des personnes avec lesquelles je mène les projets.

A présent, je monte des projets artistiques dans différentes structures : hôpitaux, maisons de repos, centres psychiatriques, centres spécialisés, culturels, musées, a.s.b.l. d’éducation permanente, écoles, etc,  A cet effet, j’invite les participants à se réunir autour d’une thématique pendant plusieurs séances. Pour clôturer l’atelier construit avec les participants, nous réalisons une exposition, une édition, un film ou un documentaire sonore avec leurs dessins et/ou leurs témoignages. Ces ateliers sont nés de rencontres déterminantes avec les résidents et les professionnels des centres dans lesquelles je suis intervenue.

Développés en collaboration avec des professionnels de santé, j’ai la conviction que ces ateliers créatifs ont une réelle valeur thérapeutique. Ce qui a été ouvertement validé par les instances médicales. Chaque atelier est conçu selon l’institution et réfléchi pour la «pleine» réalisation et l’expression des personnes. Grâce aux partenariats avec des musées, des évènements culturels et des chaînes de télévision, ces projets offrent une visibilité valorisante et un moyen d’expression aux participants pour recréer du lien avec la société.

La diversité des publics et des projets ainsi que la qualité des relations humaines sont d’une richesse extraordinaire. Parmi mes expériences, j’ai travaillé au Village n°1 avec des personnes en situation de handicap mental, en psycho-gériatrie à la Clinique Saint Jean à Bruxelles ainsi qu’à l’école La Famille (école de type 4). Ces expériences furent les plus intenses et lumineuses interventions de mon parcours. Je construis une relation particulière avec ces publics.


Créative, enthousiaste, empathique, dotée d’une grande aisance relationnelle et d’une grande capacité d’écoute, je suis convaincue de contribuer en équipe à l’élaboration d’un environnement propice au mieux-être et à l’épanouissement des bénéficiaires d’établissements de soins. Avec mes expériences en art-thérapie, je participe à un travail d’évaluation psychologique et je construis des outils précis d’aide à ces personnes présentant des difficultés d’adaptation.

J’espère vous que vous aurez le temps de visionner ces quelques courts-métrages et qu’ils vous plairont.



 
Le temps, pourquoi penser à ça… 
Voici la trace des ateliers mené au sein de la maison de repos Schuman le noble âge.








On prend Pépé avec !
Ce court-métrage a été réalisé avec les résidents du Village n°1 à Ophain. Il a été montré lors de la Museum Night fever 2016. Aller au-devant des publics dits « fragiles », intervenir avec des personnes en situation de handicap m’intéresse tout particulièrement. Ce qui fait sens pour moi c’est de leur offrir une porte d’entrée dans le monde de l’art, de leur montrer que c’est aussi possible pour eux de monter des projets… qu’ils peuvent être acteurs, expérimenter, aller dans les musées, participer à un projet culturel. Près de 2000 personnes sont passées au musée lors de la soirée. C’était vraiment fabuleux de présenter le court-métrage aux participants dans ce contexte. Ils étaient ravis, ils sont repartis chez eux des étoiles plein les yeux, m’a-t-on dit !" Charlotte Dunker

Illustrations, texte, huiles et vidéos : Charlotte Dunker 

mercredi 5 octobre 2016

Le temps suspendu à notre vouloir est peint ici


Grâce à toi Roger de la Pasture


La Descente de Croix par Roger de la Pasture.
Huile sur bois. 262 x 220 cm.1435. Musée du Prado. Madrid


La Descente de la Croix semble sans fin. 
Marie sa Mère descend dans les ténèbres avec Lui, son Fils.
Jean, Marie-Madeleine, Nicodème et les autres, comme un seul homme, semblent suspendus à cette descente comme nous qui les regardons. 

Nous chrétiens croyons qu'entre sa mort et sa Résurrection le Christ est descendu aux Enfers pour sauver l'humanité antérieure à sa venue en ce monde, l'humanité prisonnière de la mort, pour la ressusciter avec Lui.

Notre Rédemption s'accomplit par la Descente du Vivant en Personne jusqu'au plus profond de notre oubli de son Don, dans ce que nous appelons la mort, et où pourtant la Vie ne nous oublie jamais et vient sans cesse à notre rencontre pour renouveler son Don. 

En voulons-nous ? 


C'est ce temps suspendu à notre bon vouloir qui est peint ici.


C'est ainsi que l'art, par la grâce du Vivant Amour, peut ressusciter la vie.  


Illustration : La Descente de Croix par Roger de la Pasture. Huile sur bois. 262 x 220 cm.1435. Musée du Prado. Madrid
Texte : Robert Empain. 1988 revu 2016

vendredi 30 septembre 2016

Il faut se dépêcher si l’on veut encore voir quelque chose car les choses sont en train de disparaître...


Grâce à vous Paul Cézanne et Robert Campin


Extrait de Ad Imaginem Dei 1 L'oeuvre invisible

par Robert Empain


... Sur le chemin du Musée Granet, où j’espère voir quelques Cézanne, je songe à ce qu'il disait :  « Il faut se dépêcher si l’on veut encore voir quelque chose car les choses sont en train de disparaître.»  
Où les choses allaient-elles disparaître ? Dans les ténèbres du monde : images, idoles, simulacres, écrans... mais aussi de notre faculté de les voir apparaître.


Cézanne sur le motif

Les gens d’Aix n'ont rien vu de son génie, la Ville ne lui a jamais rien acheté. Résultat : aucun tableau de Cézanne n’est exposé ici. Il y a tout juste quelques aquarelles de la Sainte Victoire, mais qui ont été prêtées au Musée !
Dans le témoignage des rares admirateurs qui lui rendirent visite ici à Aix on  lit que lorsqu’il sortait de son atelier des Lauves, pour aller sur le motif, les gamins de rue lui jetaient des cailloux comme au fou du village. Pour ses Baigneuses aucune femme d'Aix ne voulut poser nue, il ne trouva que le facteur pour le faire. Ce sont les fesses musclées et démultipliées de ce brave postier que Cézanne expédie à la postérité. Petite victoire posthume de la peinture et de l’humour sur la stupidité. Une maigre compensation, le Musée Granet, qu’il sera impossible à tout jamais d’appeler Musée Cézanne, offre à l'amateur de fesses nues de caresser celles de Thetis, convenablement peintes par Ingres en 1811, dans une toile monumentale et mythologico-comique : Jupiter et Thetis.



Robert Campin. La Vierge en gloire entre saint Augustin 
et saint Pierre vénérée par un donateur. 1435


Mais, grâce au ciel, voici La Vierge en gloire entre saint Augustin et saint Pierre vénérée par un donateur, un petit panneau de 1435, une miniature à soulever les montagnes, peinte par mon vénérable ami, mon ancêtre, quasi homonyme, Maître de la Flémalle : Robert Campin.
La vision de la Vierge en gloire se produit dans un  jardin clos, retiré du monde, de ses leurres et de ses trafics : le jardin de l'âme. L'âme entre dans ce tableau à l'instant même où le tableau entre dans l'âme. Pour le vivant, qu'il soit croyant ou non, la Parole de Dieu opère sans cesse sans lui demander son avis puisqu'elle lui donne la vie à chaque seconde. Le croyant est celui qui s'en souvient, l'incroyant est celui qui l'oublie et qui en vient à oublier l'avoir oublié ! Seulement, la Parole de Dieu, à la différence de la parole humaine, fait ce qu'elle dit et dit ce qu'elle fait et cela d'un seul mot, d'un seul verbe : sois !  Un Verbe qui inclut tous les verbes et les conjugue à tous les temps et hors du temps. Or voici un peintre mystique, Robert Campin, si pénétré de la Parole divine que ses oeuvres opèrent comme elle, sa peinture fait ce qu'elle peint et peint ce qu'elle fait,  elle peint une vision, une apparition, et elle ouvre l'âme à la vision intérieure.
Le Maître, par souci de ceux qui ont l'âme aveuglée par les mirages du monde,  a parsemé cette opération spirituelle d'un trousseau de clefs symboliques...  Alors, pour t'évader de la nuit de ton oubli il n'y a qu'a suivre l'étoile Robert Campin. Regarde ! Dans son tableau il y a un trou, un trou dans le ciel. Ce trou ouvre le panneau, il troue le mur du monde, en même temps, il perce ton oeil. Il t'appelle. Il te dit approche, viens mon ami, c'est ouvert, c'est troué, viens voir une vision, une merveille, une naissance...  Alors tu y vas. Tu entres. Tu deviens l'homme vêtu de noir agenouillé à l'avant du tableau : le  donateur.  Comme lui, tu t'es donné et tu vas recevoir. Comme lui, tu cherchais la vérité, tu t'es éloigné de la ville splendide, qui n'est que l'oeuvre du Malin, et tu as atteint un petit jardin clos et retiré. Et là, tu es entré en toi même, et en toi même tu es tombé à genoux, tu as ouvert les mains et tu as appelé et tu as imploré saint Pierre de te donner la clef du Paradis, la clef de la vie éternelle. Saint Augustin, que tu n'as jamais prié, ne t'a pas oublié pourtant, il est venu aussi dans ton âme pour te rappeler où se trouve la clef que tu cherches : il te dit la clef est dans ton coeur. Pour t'aider à comprendre il a serré ton coeur dans sa main. Alors tu as ouvert ton coeur et d'un coup le ciel s'est ouvert aussi. Et Saint Pierre te dit vois et tu as vu la vision promise. La Vierge Marie et l'Enfant Jésus t'apparaissent maintenant dans une lumière si éblouissante que tu perçois à peine le trône céleste sur lequel ils sont assis. Ce que tu vois c'est le regard de la Vierge Marie qui traverse les yeux de ton âme et te dit maternellement : - Mon enfant, tu as oublié que connaître veut dire aimer, aimer la Source vivante de toute connaissance, de tout amour et de toute vie ; connaître c'est  reconnaître le Vivant et par Lui renaître à la Vie. A ces mots, elle anime doucement pour toi la rose rouge qu'elle tient dans sa main droite et tu comprends que cette rose est ton propre coeur. L'enfant Jésus qui est assis sur le genoux de sa Mère a vu ton émoi et éclate de rire comme ton petit frère. Si bien que toi aussi tu éclates de rire et tu comprends que cet enfant Jésus, ce nouveau né, ce Fils de Dieu, ce frère, c'est toi ! Alors te montent aux yeux des larmes de joie !
- Pssitt ! Une main me tapote l'épaule et me ramène aux réalités temporelles d'Aix-en-Provence : c'est l'heure de fermeture du Musée me dit un gardien qui n'a rien d'un ange.

À suivre...



Texte extrait de 1985. extrait de Ad Imaginem Dei 1 L'oeuvre invisible. Robert Empain, 
disponible sur Amazon et sur iTunes store et en version papier. 
 
Illustration : une image du tableau de Robert Campin. Rappel : les tableaux de cette espèce ne sont pas des images 

vendredi 19 août 2016

Tempête sur Nogales


Grâce à toi Thierry Berlanda



Les éditions NL sortent Tempête sur Nogalès en deuxième édition, avec une nouvelle couverture. L'occasion m'est ainsi donnée de ressortir cette note où je disais tout le bien que je pensais de ce roman.

 
Présentation de l'éditeur 
Sur la route de Tombstone à Nogales, à la frontière entre l’Arizona et le Mexique, 
sous un soleil de fonte, une tempête se prépare. Tempête de sable, de vent, de souvenirs. 
Avec dans la ligne de mire le snack de Jess, planté au mile 88, en plein désert. 
Et tous, sans exception, aussi bien Dennewich – l’odieux patron du cabaret à filles –, 
que les chauffeurs de la compagnie de trucks locale et que la population entière s’agitent 
de plus en plus à mesure qu’approche avec la tempête une Pontiac noire, tel un funeste présage.  Pour quelle raison ce mystérieux attelage terrorise-t-il Jess, ange blond à la voix 
de chanteuse Black et au passé enfoui ? Le gosse – un pauvre type éperdument 
amoureux d’elle – et son vieux pote Holly, seront-ils de taille à la protéger ?  
À moins que la belle ne préfère l’aide de Cooper, un nouveau chauffeur qui ne la laisse pas indifférente. Les âmes égarées ont-elles droit à une seconde chance, ou dans cette arène aux allures  de tombeau ouvert, la poussière doit-elle nécessairement retourner à la poussière ?




Tempête sur Nogales, de Thierry Berlanda, est comme ses romans suivants, L'insigne du boiteux et la Fureur du Prince, parfaitement ciselé et réglé comme une machine infernale. Page après page, la pression et la température montent en puissance exactement comme dans un désert chauffé à blanc monte une tempête que nulle force humaine ne peut arrêter. 
Vous serez emporté dans les tourbillons de cette langue mutante et inouïe qu'invente Berlanda, une langue que doivent parler les humains parvenus aux portes de l'enfer, des vivants qui survivent sans plus savoir ni pourquoi ni comment et qui demeurent pourtant jetés là, comme suspendus à la beauté hypnotique d'un ange trompeur, alors que monte à l’horizon l’inéluctable catastrophe.
Les romans véritables ne sont pas ceux qui se contentent de nous divertir un moment pour nous faire oublier la vie que nous menons, quitte à nous faire trembler de peur pour y parvenir, mais ceux qui, tout au contraire, nous pénètrent, nous habitent, nous travaillent, ceux qui, reprenant vie en nous, sondent nos couches profondes pour les retourner vers un sursaut, un regain de vie, ceux qui comme des tempêtes au dedans libèrent en nous des horizons dégagés et des cieux nouveaux.
Tempête sur Nogales est un tel roman, une oeuvre de la vie pour la vie, une oeuvre d'art.




Les premières lignes du roman : 

Entre Tombstone et Nogales, c’est un coup de soleil de mille ans. Dôme de feu. 
Nœuds de poussière où l’air s’étrangle, paquets de rocs affilés par le vent et 
lézards en plein twist. Vous secouez le tableau dans tous les sens, ça ne change rien. 
Ici, n’importe quoi égale tout le reste. Vous pouvez rouler 87 miles sans voir que sable et ciel. 
Sable un peu bleu,  ciel un peu jaune... 

mardi 16 août 2016

Le Oui qui donne la Vie


Grâce à toi Marie Mère de Dieu

Quand par Marie s'est révélée à tous les hommes la source de la vie,
quand cette source s'est révélée être la Vie en Personne, la Vie éternelle, la Vie absolue qui par amour s'incarne en Marie et en son fils Jésus comme elle s'incarne en chaque personne humaine, si alors, ami, avec Marie tu dis oui à la Vie en Personne, si tu dis oui au Père, au Fils et à leur amour pour toi, un Amour dont le Nom est l'Esprit-Saint, si tu l'accueilles et l'aimes en toi et en tous, alors tu connaîtras la Joie véritable de la seconde naissance dans la Vie qui ne meurt pas, tu seras délivré du monde, du temps, de la peur et de la mort, tu seras comme Marie épousé par la Vie éternelle et élevé au Ciel où tes Noces seront célébrées avec la Vie. Alors toi aussi, comme les anges, les saints, les poètes, les peintres, comme tous les enfants de Dieu, tu n'auras de cesse de chanter ta joie et de la faire connaître à tous par tes louanges, tes oeuvres, tes actions et tes chants.   


TROISIEME DISCOURS SUR LA DORMITION DE LA TOUTE SAINTE MERE DE DIEU

par 

Saint Jean de Damas
 

1. La coutume de ceux qui brûlent d'amour pour un objet, est d'avoir son nom toujours dans la bouche et de se le représenter en esprit nuit et jour. Que nul ne me reproche donc, si après les deux précédents je prononce ce troisième panégyrique de la Mère de mon Dieu, comme une offrande en l'honneur de son départ non pour lui faire une grâce, mais pour servir, à moi-même et à vous ici présents, divine et sainte assemblée, un mets utile à nos âmes et salutaire, comme le veut cette nuit sacrée, et pour satisfaire notre goût spirituel.  Nous souffrons tout à coup, vous le voyez, d'une pénurie d'aliments. Aussi j'improvise le repas ; s'il n'est point somptueux, ni digne de celle qui nous invite, puisse-t-il à tout le moins calmer notre faim ! Car elle n'a nul besoin de nos éloges, mais c'est nous qui avons besoin de la gloire qui vient d’elle ( Rm 3,23 ). 
L'être qui est glorifié, quelle gloire peut-il recevoir encore ? La source de la lumière, comment serait-elle illuminée ? Mais ce faisant, c'est pour nous-mêmes que nous tressons une couronne. « Je suis vivant, dit le Seigneur, et je glorifierai ceux qui me glorifient (2S 2,30 ). »
Sans doute le vin est agréable, il est une boisson délicieuse, et le pain est un aliment nourrissant : l'un réjouit, l’autre fortifie le coeur de l'homme (Ps 104,15 ). Mais qu'y a-t-il de plus suave que la Mère de mon Dieu? Elle a captivé mon esprit, elle règne sur ma langue, jour et nuit son image m'est présente.Elle, la Mère de la Parole, me fournit aussi de quoi parler. Fille d'une mère stérile, elle rend fécondes les âmes stériles. Voilà celle dont nous fêtons la sainte et divine translation aujourd’hui!

Le Christ a attiré vers lui sa mère. Accourez-donc, et gravissons la montagne mystique ! Après avoir délaissé les images de la vie présente et de la matière, et pénétré la ténèbre divine et incompréhensible, une fois établis dans la lumière de Dieu, célébrons la puissance infinie. Par quel mystère, celui qui de sa hauteur sur-essentielle, immatérielle et transcendante, est descendu, sans quitter le sein du Père, dans le sein virginal, pour être conçu et s’incarner ; celui qui à travers les souffrances marche volontairement à la mort, et qui, avec son corps né de la terre ayant gagné par sa mort l'immortalité, est retourné au Père ; par quel mystère a-t-il attiré vers son Père sa mère selon la chair ? Elle qui fut vraiment un ciel sur la terre, comment l'a-t-il élevée jusqu'à la terre du ciel (Ex 24,9 Ex 24,18 ) ? Celle qui fit l‘union du ciel et de la terre est remontée au ciel.



Sur l'icône de la Dormition de la Mère de Dieu, c'est le Christ lui-même qui, descendu du ciel, vient chercher l'âme de sa mère figurée sous la forme d'un nouveau-né emmailloté de langes. Sur les images de la dormition d'un saint, c'est un ange qui est chargé de cette mission de pyschopompe.


2. Aujourd’hui, l'échelle spirituelle et vivante, par laquelle le Très-Haut est descendu pour se rendre visible et converser avec les hommes (Ba 3,38 ), est, par les degrés de la mort, remonté de la terre au ciel. Aujourd'hui la table terrestre, qui, sans qu'il y ait eu des noces, a porté le pain céleste de la vie et la braise de la divinité, de la terre fut enlevée aux cieux ; et pour la porte orientale, pour la porte de Dieu, les portes du ciel se sont surélevées ( Ez 44 Ps 24,7 Ps 24,9 ).
Aujourd’hui, de la Jérusalem terrestre la cité vivante de Dieu est ramenée vers « la Jérusalem d’en haut » ; celle qui avait conçu comme son premier-né et fils unique le Premier-né de toute créature et le Fils unique du Père, vient habiter dans « l'Eglise des premiers-nés( He 12,23 ) » ; « l'arche du Seigneur vivante et spirituelle est transportée dans le repos de son Fils »  (Ps132,8).
Les portes du Paradis s'ouvrent pour accueillir la terre productrice de Dieu, où germa l'arbre de la vie éternelle qui a effacé la désobéissance d'Eve et la mort infligée à Adam. C'est le Christ, cause de la vie universelle, qui reçoit la grotte creusée, la montagne non travaillée, d'où se détacha sans intervention humaine la pierre qui remplit la terre. Gloire de son tombeau.
Celle qui fut le lit nuptial où s'accomplit la divine Incarnation du Verbe, est venue reposer dans le tombeau plein de gloire comme dans une chambre de noces, et elle s'élève de là jusqu’à l'appartement des noces célestes, où elle règne en pleine lumière avec son Fils et son Dieu, après avoir légué son tombeau lui-même comme une couche nuptiale à ceux qui restent sur la terre.
Un lit nuptial, ce tombeau ? Oui, et le plus éclatant de tous ce n'est point par les reflets de l'or, la blancheur de l'argent, les feux des pierreries qu'il resplendit, ni par des fils de soie, ni pour être recouvert de broderies d'or et de tissus de pourpre, mais par la lumière divine, rayonnement de l’Esprit-Saint. Il procure, non l'union des corps aux époux de la terre, mais à ceux qu'enchaînent les liens de l'Esprit, la vie des âmes saintes, c'est-à-dire auprès de Dieu une condition meilleure et plus douce que toute autre. Ce tombeau est plus gracieux que l’Éden : pour ne pas redire ce qui s'est passe dans celui ci, la séduction de l'ennemi, son conseil amical, si j’ose ainsi parler, son fiel, sa tromperie, la faiblesse d'Eve, sa crédulité, l'appât doux et amer auquel son esprit se laissa prendre et par lequel elle surprit son époux, la désobéissance, le bannissement, la mort de peur que ce rappel ne fasse de notre fête un sujet de tristesse, je dirai que ce tombeau a élevé un corps mortel de la terre au ciel, tandis que le premier Eden, d'en haut a fait tomber notre ancêtre sur la terre. N'est-ce pas en lui que l'homme fait à l'image divine entendit cette condamnation : « Tu es terre, et tu retourneras en terre ( Gn 3,19 ) » ? Ce tombeau, plus précieux que l'ancien Tabernacle, a contenu le candélabre spirituel et vivant, brillant de la lumière divine, et la table porteuse de vie, qui reçut, non les pains d'offrande, mais le pain céleste, non le feu matériel, mais le feu sans matière de la divinité. Ce tombeau est plus fortuné que l’arche mosaïque, puisqu'il eut en heureux partage, non les ombres et les figures, mais la vérité même. Il accueillit l'urne pure comme l'or, productrice de la céleste manne ( Ex 16,33 Hb 9,4) ; la vivante table de pierre qui reçut la Parole, quand elle allait s'incarner par l'action de l'Esprit, doigt tout-puissant de Dieu, c'est-à-dire le Verbe subsistant; il accueillit l'autel d'or des parfums, je veux dire celle qui porta dans son sein la braise divine et embauma toute la création. Chant de victoire de 'Exode

3. Que s'enfuient les démons, que gémissent les Nestoriens trois fois misérables, comme autrefois les Egyptiens, avec leur chef le nouveau Pharaon, le cruel fléau et le tyran ! Car ils furent engloutis dans l'abîme du blasphème. Mais nous, les sauvés, qui avons passé à pied sec et franchi la mer salée de l'impiété, chantons à la Mère de Dieu le chant de l'Exode. « Que Miriam ( Marie)  qui est l'Église, prenne de ses mains le tambourin et entonne le chant festival ; que les jeunes filles de l'Israël spirituel sortent avec des tambourins et des choeurs ( Ex 15,20 )  en poussant des cris de joie !  Que les rois de la terre et les juges avec les princes, que jeunes hommes et vierges, vieillards et enfants » ( Ps 148,11-12 ), célèbrent la Théotokos ! Que réunions et discours de toute forme, races et peuples dans la diversité de leurs langues composent «  un chant nouveau » ( Ps 40,4Ps 149,1 ) « Que l'air résonne des chalumeaux et des trompettes de l'Esprit, et inaugure par l'éclat de ses feux le jour du salut! Réjouissez-vous, cieux et que les nuées pleuvent ( Is 45)  l’allégresse ! Bondissez, béliers du troupeau élu de Dieu, divins apôtres qui, comme des montagnes élevées et sublimes, aspirez aux plus hautes contemplations ; et vous aussi, agneaux de Dieu, peuple saint, jeunes enfants de l'Eglise, tendus par votre désir comme des collines vers les hautes montagnes (ps 114) ! Mort et résurrection.

Hé quoi ? Elle est donc morte, la source de la vie, la Mère de mon Seigneur !
Oui, il fallait que l'être formé de la terre retournât à la terre, et par cette voie montât au ciel, en recevant de la terre,après lui avoir remis son corps, le don d'une vie parfaitement pure. Il fallait que, comme l'or, une fois rejeté le poids terrestre et opaque de la mortalité, la chair, devenue dans le creuset de la mort incorruptible et pure, revêtue de l'éclat de l'incorruption, ressuscitât du tombeau 1 Co 15, 49-55). Dans le concert de la louange universelle, la mère est réunie à son Fils.

4. Aujourd’hui commence pour elle une seconde existence, qu'elle reçoit de Celui qui la fit naître à la première, comme elle-même avait donné une seconde existence la vie corporelle à Celui dont l'existence première et éternelle n'eut pas de commencement dans le temps, bien que le Père en fût le principe, comme cause de sa vie divine. Réjouis-toi, Sion, montagne divine et sainte, où habitait l'autre montagne divine, celle qui est vivante, la nouvelle Béthel, où l'onction fut versée sur la stèle (Gn 28,18), où la nature humaine reçut l'onction de la divinité ! De toi, comme d'un jardin d'oliviers, son Fils s'est élevé vers les hauteurs célestes (Ps 68,18-19). Qu'une nuée se prépare, universelle et cosmique, et que les ailes des vents amènent les Apôtres des confins de la terre jusqu'à Sion !  Qui sont ceux-là, qui comme des nuées " et des aigles " volent ( Is 60,8 ) « vers le corps source de toute résurrection, pour servir la Mère de Dieu? " Quelle est celle-là qui monte, dans la fleur de sa blancheur » » toute belle » « brillante comme le soleil » ( Ct  8,5 Ct  4,7 Ct 6,10) "? Que chantent les cithares de l'Esprit, je veux dire les langues des Apôtres; que retentissent les cymbales, c'est-à-dire les plus éminents hérauts de la parole de Dieu ! Que ce vase d'élection, Hiérothée, consacré par l'Esprit divin, à qui l'union divine valut de souffrir et d'apprendre les réalités divines, soit tout ravi hors de son corps que transporté tout entier par sa ferveur, il fasse retentir la cadence de ses hymnes ! Que toutes les nations battent des mains (Ps 47, 2 ) que tous célèbrent la Théotokos ! Que les anges rendent un culte à un corps mortel ! Filles de Jérusalem, faites cortège derrière la Reine, et comme les vierges " ses compagnes ", dans la jeunesse de l'esprit, portez-vous avec elle vers l'époux pour la placer " à la droite " du Seigneur( Ps 45,15
Descends, descends, ô Souverain, viens payer à ta mère la dette qu'elle mérite pour t'avoir nourri ! Ouvre tes mains divines : reçois l'âme maternelle, toi qui sur la croix remis ton esprit entre les mains du Père. Adresse-lui un doux appel : Viens, ô belle, « ma bien aimée ( Ct 2,10 ) », par la beauté virginale plus que le soleil resplendissante ; tu m'as fait part de tes biens: viens, jouis avec moi de ce qui m'appartient. Approche, ô Mère, de ton Fils approche et partage la puissance royale avec Celui qui, né de toi, vécut avec toi dans la pauvreté ( Ps 45 ). Eloigne-toi, ô Souveraine, éloigne-toi ! Ce n'est plus l'ordre donné à Moïse : «  Monte et meurs... ( Dt  32,49-50 ) « Meurs plutôt, et élève-toi par cette mort même ! Remets ton âme aux mains de ton Fils, et rends àl a terre ce qui est de la terre: aussi bien cela même sera emporté avec toi. Levez les yeux, ô peuple de Dieu, levez les yeux ! Voici en Sion l'arche du Seigneur Dieu des armées, et corporellement les Apôtres sont venus l’assister ; ils rendent les derniers soins au corps qui fut principe de vie et réceptacle de Dieu. Immatériellement et invisiblement, les anges l’entourent avec crainte, assistant comme des serviteurs la Mère de leur Maître. Le Seigneur lui-même est là, lui présent partout, lui qui remplit tout, qui embrasse l'univers, et qui n'est dans aucun lieu,puisque l'univers est en lui, comme dans la cause qui l'a créé et qui le contient ( Jr 23,24 Sg 1,7  ).
Voici la Vierge, fille d'Adam et Mère de Dieu : à cause d'Adam elle livre son corps à la terre, elle élève son âme aux tentes célestes à cause de son Fils. Sanctifiée soit la ville sainte, et que, déjà bénie, elle recueille une bénédiction éternelle! Que les anges précèdent le passage de la divine demeure et apprêtent le tombeau; que l'éclat de l'Esprit le décore. Préparez des aromates pour embaumer le corps tout immaculé et tout rempli d'un délicieux parfum. Que vienne une onde pure, et qu'elle puise la bénédiction à la source sans souillure de la bénédiction. « Que se réjouisse la terre ( Ps 96,11 ) » de recevoir le corps, et que l'air tressaille de l'ascension de l'esprit! Que les brises soufflent, douces comme la rosée et pleines de grâce ! Que toute la création célèbre la montée de la Mère de Dieu les groupes de jeunes gens par leur jubilation, les langues des orateurs par leurs effusions lyriques, le coeur des sages en dissertant sur cette merveille, les vieillards à la blancheur vénérable en livrant doucement le fruit de leurs contemplations. Que toutes les créatures réunies apportent leur concours ! Même ainsi elles ne sauraient suffire à la moindre partie de l'hommage mérité. Mourir avec Marie pour accéder à la vraie vie.

Le Couronnement de la Vierge Fra Angelico, vers 1430 Paris Musée du Louvre


5. Eh bien, tous, en esprit, quittons ce monde avec celle qui s'en va. Oui, tous, par l'élan du coeur, avec celle qui descend au tombeau descendons aussi ! Rangeons-nous autour de la couche très sainte. Chantons des hymnes sacrés, et que nos mélodies s'inspirent de ces paroles «  Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » Sois dans la joie, toi qui fus prédestinée à être Mère de Dieu. Sois dans la joie, toi qui fus élue avant les siècles par un dessein de Dieu, germe tout divin de la terre, habitacle du feu divin, chef-d'oeuvre sacré de l'Esprit-Saint, source d'eau vive, paradis de l'arbre de vie, rameau vivant qui portas la divine grappe d'où coulent le nectar et l'ambroisie,fleuve plein des aromates de l'Esprit, terre qui produisis l'épi divin, rose éclatante de la virginité,d'où s'exhale le parfum de la grâce, lis du vêtement royal, agnelle qui engendras l'Agneau de Dieu effaçant le péché du monde, instrument de notre salut, supérieure aux puissances angéliques,servante et Mère! Venez, rangeons-nous autour du tombeau immaculé, et puisons la grâce divine! Venez, embrassons en esprit et portons le corps toujours virginal ! Entrons, dans le sépulcre ; mourons avec lui, en rejetant les passions du corps, mais en vivant avec lui une vie sans convoitise et sans souillure. Ecoutons les hymnes divins sortis des lèvres immatérielles des anges.Entrons pour adorer, apprenons à connaître le surprenant mystère : comment ce corps fut enlevé,puis emporté dans les hauteurs, puis ravi au ciel, comment la Vierge est placée auprès de son Fils au-dessus de tous les ordres angéliques: rien en effet ne s'interpose entre la Mère et le Fils! Tel est, après deux autres, le troisième discours sur ton départ, que j'ai composé, ô Mère de Dieu,pour le respect et l'amour de la Trinité, dont tu fus la coopératrice, en vertu de la bienveillance du

Père et par la puissance de l'Esprit, quand tu reçus le Verbe sans principe, la sagesse toute-puissante et la force de Dieu. Accepte donc ma bonne volonté, qui vaut mieux que mes forces, et donne-moi le salut, la délivrance des passions de l'âme, le soulagement des maladies du corps, la solution des difficultés, une condition de vie paisible, l'illumination de l'Esprit. Enflamme notre amour pour ton Fils, règle notre conduite sur ce qui lui plaît afin qu'en possession de la béatitude d'en haut, et te voyant resplendir de la gloire de ton Fils, nous fassions retentir des hymnes sacrés dans l'éternelle joie, dans l'assemblée de ceux qui célèbrent, par une fête digne de l'Esprit, celui qui par toi opéra notre salut, le Christ Fils de Dieu et notre Dieu à lui la gloire et la force, avec le Père sans principe et le très saint et vivifiant Esprit, maintenant, et toujours, et dans l'infinité de tous les siècles des siècles. Amen.

2. Aujourd’hui, l'échelle spirituelle et vivante, par laquelle le Très-Haut est descendu pour se rendre visible et converser avec les hommes (Ba 3,38 ), est, par les degrés de la mort, remonté de la terre au ciel. Aujourd'hui la table terrestre, qui, sans qu'il y ait eu des noces, a porté le pain céleste de la vie et la braise de la divinité, de la terre fut enlevée aux cieux ; et pour la porte orientale, pour la porte de Dieu, les portes du ciel se sont surélevées ( Ez 44 Ps 24,7 Ps 24,9 ).
Aujourd’hui, de la Jérusalem terrestre la cité vivante de Dieu est ramenée vers « la Jérusalem d’en haut » ; celle qui avait conçu comme son premier-né et fils unique le Premier-né de toute créature et le Fils unique du Père, vient habiter dans « l'Eglise des premiers-nés( He 12,23 ) » ; « l'arche du Seigneur vivante et spirituelle est transportée dans le repos de son Fils »  (Ps132,8).
Les portes du Paradis s'ouvrent pour accueillir la terre productrice de Dieu, où germa l'arbre de la vie éternelle qui a effacé la désobéissance d'Eve et la mort infligée à Adam. C'est le Christ, cause de la vie universelle, qui reçoit la grotte creusée, la montagne non travaillée, d'où se détacha sans intervention humaine la pierre qui remplit la terre. Gloire de son tombeau.
Celle qui fut le lit nuptial où s'accomplit la divine Incarnation du Verbe, est venue reposer dans le tombeau plein de gloire comme dans une chambre de noces, et elle s'élève de là jusqu’à l'appartement des noces célestes, où elle règne en pleine lumière avec son Fils et son Dieu, après avoir légué son tombeau lui-même comme une couche nuptiale à ceux qui restent sur la terre.
Un lit nuptial, ce tombeau ? Oui, et le plus éclatant de tous ce n'est point par les reflets de l'or, la blancheur de l'argent, les feux des pierreries qu'il resplendit, ni par des fils de soie, ni pour être recouvert de broderies d'or et de tissus de pourpre, mais par la lumière divine, rayonnement de l’Esprit-Saint. Il procure, non l'union des corps aux époux de la terre, mais à ceux qu'enchaînent les liens de l'Esprit, la vie des âmes saintes, c'est-à-dire auprès de Dieu une condition meilleure et plus douce que toute autre. Ce tombeau est plus gracieux que l’Éden : pour ne pas redire ce qui s'est passe dans celui ci, la séduction de l'ennemi, son conseil amical, si j’ose ainsi parler, son fiel, sa tromperie, la faiblesse d'Eve, sa crédulité, l'appât doux et amer auquel son esprit se laissa prendre et par lequel elle surprit son époux, la désobéissance, le bannissement, la mort de peur que ce rappel ne fasse de notre fête un sujet de tristesse, je dirai que ce tombeau a élevé un corps mortel de la terre au ciel, tandis que le premier Eden, d'en haut a fait tomber notre ancêtre sur la terre. N'est-ce pas en lui que l'homme fait à l'image divine entendit cette condamnation : « Tu es terre, et tu retourneras en terre ( Gn 3,19 ) » ? Ce tombeau, plus précieux que l'ancien Tabernacle, a contenu le candélabre spirituel et vivant, brillant de la lumière divine, et la table porteuse de vie, qui reçut, non les pains d'offrande, mais le pain céleste, non le feu matériel, mais le feu sans matière de la divinité. Ce tombeau est plus fortuné que l’arche mosaïque, puisqu'il eut en heureux partage, non les ombres et les figures, mais la vérité même. Il accueillit l'urne pure comme l'or, productrice de la céleste manne ( Ex 16,33 Hb 9,4) ; la vivante table de pierre qui reçut la Parole, quand elle allait s'incarner par l'action de l'Esprit, doigt tout-puissant de Dieu, c'est-à-dire le Verbe subsistant; il accueillit l'autel d'or des parfums, je veux dire celle qui porta dans son sein la braise divine et embauma toute la création. Chant de victoire de 'Exode

3. Que s'enfuient les démons, que gémissent les Nestoriens trois fois misérables, comme autrefois les Egyptiens, avec leur chef le nouveau Pharaon, le cruel fléau et le tyran ! Car ils furent engloutis dans l'abîme du blasphème. Mais nous, les sauvés, qui avons passé à pied sec et franchi la mer salée de l'impiété, chantons à la Mère de Dieu le chant de l'Exode. « Que Miriam ( Marie)  qui est l'Église, prenne de ses mains le tambourin et entonne le chant festival ; que les jeunes filles de l'Israël spirituel sortent avec des tambourins et des choeurs ( Ex 15,20 )  en poussant des cris de joie !  Que les rois de la terre et les juges avec les princes, que jeunes hommes et vierges, vieillards et enfants » ( Ps 148,11-12 ), célèbrent la Théotokos ! Que réunions et discours de toute forme, races et peuples dans la diversité de leurs langues composent «  un chant nouveau » ( Ps 40,4Ps 149,1 ) « Que l'air résonne des chalumeaux et des trompettes de l'Esprit, et inaugure par l'éclat de ses feux le jour du salut! Réjouissez-vous, cieux et que les nuées pleuvent ( Is 45)  l’allégresse ! Bondissez, béliers du troupeau élu de Dieu, divins apôtres qui, comme des montagnes élevées et sublimes, aspirez aux plus hautes contemplations ; et vous aussi, agneaux de Dieu, peuple saint, jeunes enfants de l'Eglise, tendus par votre désir comme des collines vers les hautes montagnes (ps 114) ! Mort et résurrection.

Hé quoi ? Elle est donc morte, la source de la vie, la Mère de mon Seigneur !
Oui, il fallait que l'être formé de la terre retournât à la terre, et par cette voie montât au ciel, en recevant de la terre,après lui avoir remis son corps, le don d'une vie parfaitement pure. Il fallait que, comme l'or, une fois rejeté le poids terrestre et opaque de la mortalité, la chair, devenue dans le creuset de la mort incorruptible et pure, revêtue de l'éclat de l'incorruption, ressuscitât du tombeau 1 Co 15, 49-55). Dans le concert de la louange universelle, la mère est réunie à son Fils.

4. Aujourd’hui commence pour elle une seconde existence, qu'elle reçoit de Celui qui la fit naître à la première, comme elle-même avait donné une seconde existence la vie corporelle à Celui dont l'existence première et éternelle n'eut pas de commencement dans le temps, bien que le Père en fût le principe, comme cause de sa vie divine. Réjouis-toi, Sion, montagne divine et sainte, où habitait l'autre montagne divine, celle qui est vivante, la nouvelle Béthel, où l'onction fut versée sur la stèle (Gn 28,18), où la nature humaine reçut l'onction de la divinité ! De toi, comme d'un jardin d'oliviers, son Fils s'est élevé vers les hauteurs célestes (Ps 68,18-19). Qu'une nuée se prépare, universelle et cosmique, et que les ailes des vents amènent les Apôtres des confins de la terre jusqu'à Sion !  Qui sont ceux-là, qui comme des nuées " et des aigles " volent ( Is 60,8 ) « vers le corps source de toute résurrection, pour servir la Mère de Dieu? " Quelle est celle-là qui monte, dans la fleur de sa blancheur » » toute belle » « brillante comme le soleil » ( Ct  8,5 Ct  4,7 Ct 6,10) "? Que chantent les cithares de l'Esprit, je veux dire les langues des Apôtres; que retentissent les cymbales, c'est-à-dire les plus éminents hérauts de la parole de Dieu ! Que ce vase d'élection, Hiérothée, consacré par l'Esprit divin, à qui l'union divine valut de souffrir et d'apprendre les réalités divines, soit tout ravi hors de son corps que transporté tout entier par sa ferveur, il fasse retentir la cadence de ses hymnes ! Que toutes les nations battent des mains (Ps 47, 2 ) que tous célèbrent la Théotokos ! Que les anges rendent un culte à un corps mortel ! Filles de Jérusalem, faites cortège derrière la Reine, et comme les vierges " ses compagnes ", dans la jeunesse de l'esprit, portez-vous avec elle vers l'époux pour la placer " à la droite " du Seigneur( Ps 45,15
Descends, descends, ô Souverain, viens payer à ta mère la dette qu'elle mérite pour t'avoir nourri ! Ouvre tes mains divines : reçois l'âme maternelle, toi qui sur la croix remis ton esprit entre les mains du Père. Adresse-lui un doux appel : Viens, ô belle, « ma bien aimée ( Ct 2,10 ) », par la beauté virginale plus que le soleil resplendissante ; tu m'as fait part de tes biens: viens, jouis avec moi de ce qui m'appartient. Approche, ô Mère, de ton Fils approche et partage la puissance royale avec Celui qui, né de toi, vécut avec toi dans la pauvreté ( Ps 45 ). Eloigne-toi, ô Souveraine, éloigne-toi ! Ce n'est plus l'ordre donné à Moïse : «  Monte et meurs... ( Dt  32,49-50 ) « Meurs plutôt, et élève-toi par cette mort même ! Remets ton âme aux mains de ton Fils, et rends àl a terre ce qui est de la terre: aussi bien cela même sera emporté avec toi. Levez les yeux, ô peuple de Dieu, levez les yeux ! Voici en Sion l'arche du Seigneur Dieu des armées, et corporellement les Apôtres sont venus l’assister ; ils rendent les derniers soins au corps qui fut principe de vie et réceptacle de Dieu. Immatériellement et invisiblement, les anges l’entourent avec crainte, assistant comme des serviteurs la Mère de leur Maître. Le Seigneur lui-même est là, lui présent partout, lui qui remplit tout, qui embrasse l'univers, et qui n'est dans aucun lieu,puisque l'univers est en lui, comme dans la cause qui l'a créé et qui le contient ( Jr 23,24 Sg 1,7  ).
Voici la Vierge, fille d'Adam et Mère de Dieu : à cause d'Adam elle livre son corps à la terre, elle élève son âme aux tentes célestes à cause de son Fils. Sanctifiée soit la ville sainte, et que, déjà bénie, elle recueille une bénédiction éternelle! Que les anges précèdent le passage de la divine demeure et apprêtent le tombeau; que l'éclat de l'Esprit le décore. Préparez des aromates pour embaumer le corps tout immaculé et tout rempli d'un délicieux parfum. Que vienne une onde pure, et qu'elle puise la bénédiction à la source sans souillure de la bénédiction. « Que se réjouisse la terre ( Ps 96,11 ) » de recevoir le corps, et que l'air tressaille de l'ascension de l'esprit! Que les brises soufflent, douces comme la rosée et pleines de grâce ! Que toute la création célèbre la montée de la Mère de Dieu les groupes de jeunes gens par leur jubilation, les langues des orateurs par leurs effusions lyriques, le coeur des sages en dissertant sur cette merveille, les vieillards à la blancheur vénérable en livrant doucement le fruit de leurs contemplations. Que toutes les créatures réunies apportent leur concours ! Même ainsi elles ne sauraient suffire à la moindre partie de l'hommage mérité. Mourir avec Marie pour accéder à la vraie vie.


5. Eh bien, tous, en esprit, quittons ce monde avec celle qui s'en va. Oui, tous, par l'élan du coeur, avec celle qui descend au tombeau descendons aussi ! Rangeons-nous autour de la couche très sainte. Chantons des hymnes sacrés, et que nos mélodies s'inspirent de ces paroles «  Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » Sois dans la joie, toi qui fus prédestinée à être Mère de Dieu. Sois dans la joie, toi qui fus élue avant les siècles par un dessein de Dieu, germe tout divin de la terre, habitacle du feu divin, chef-d'oeuvre sacré de l'Esprit-Saint, source d'eau vive, paradis de l'arbre de vie, rameau vivant qui portas la divine grappe d'où coulent le nectar et l'ambroisie,fleuve plein des aromates de l'Esprit, terre qui produisis l'épi divin, rose éclatante de la virginité,d'où s'exhale le parfum de la grâce, lis du vêtement royal, agnelle qui engendras l'Agneau de Dieu effaçant le péché du monde, instrument de notre salut, supérieure aux puissances angéliques,servante et Mère! Venez, rangeons-nous autour du tombeau immaculé, et puisons la grâce divine! Venez, embrassons en esprit et portons le corps toujours virginal ! Entrons, dans le sépulcre ; mourons avec lui, en rejetant les passions du corps, mais en vivant avec lui une vie sans convoitise et sans souillure. Ecoutons les hymnes divins sortis des lèvres immatérielles des anges.Entrons pour adorer, apprenons à connaître le surprenant mystère : comment ce corps fut enlevé,puis emporté dans les hauteurs, puis ravi au ciel, comment la Vierge est placée auprès de son Fils au-dessus de tous les ordres angéliques: rien en effet ne s'interpose entre la Mère et le Fils! Tel est, après deux autres, le troisième discours sur ton départ, que j'ai composé, ô Mère de Dieu,pour le respect et l'amour de la Trinité, dont tu fus la coopératrice, en vertu de la bienveillance du Père et par la puissance de l'Esprit, quand tu reçus le Verbe sans principe, la sagesse toute-puissante et la force de Dieu. Accepte donc ma bonne volonté, qui vaut mieux que mes forces, et donne-moi le salut, la délivrance des passions de l'âme, le soulagement des maladies du corps, la solution des difficultés, une condition de vie paisible, l'illumination de l'Esprit. Enflamme notre amour pour ton Fils, règle notre conduite sur ce qui lui plaît afin qu'en possession de la béatitude d'en haut, et te voyant resplendir de la gloire de ton Fils, nous fassions retentir des hymnes sacrés dans l'éternelle joie, dans l'assemblée de ceux qui célèbrent, par une fête digne de l'Esprit, celui qui par toi opéra notre salut, le Christ Fils de Dieu et notre Dieu à lui la gloire et la force, avec le Père sans principe et le très saint et vivifiant Esprit, maintenant, et toujours, et dans l'infinité de tous les siècles des siècles. Amen.

lundi 15 août 2016

Magnificat anima mea Dominum


Grâce à toi Marie Mère de Dieu






Magnificat anima mea Dominum,
et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillae suae.
Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est.
Et sanctum nomen ejus.

Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum.
Fecit potentiam in brachio suo.

Dispersit superbos mente cordis sui.
Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes.
Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae suae

Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini ejus in saecula.



Mon âme exalte le Seigneur,
et mon esprit a exulté en Dieu, mon Sauveur.

Car il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante,
Et voici que désormais on me dira bienheureuse de génération en génération.

Car il fit pour moi de grandes choses, celui qui est puissant,
Et saint est son nom.

Et son pardon s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il a placé la puissance dans son bras,

Il a dispersé ceux dont le cœur était orgueilleux.
Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles.

Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides.
Il a secouru Israël, son enfant, il s'est souvenu du pardon qu'il avait promis

Ainsi avait-il parlé à nos pères, à Abraham et à sa descendance, pour les siècles.




Catarino Couronnement de la Vierge. 1375. Académia. Venise




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