vendredi 23 décembre 2016

Marie, Mère de notre devenir


Grâce à toi Marie Mère de Dieu



Vierge à l'Enfant. Fresque Anonyme. XVe siècle.




La Materia Prima est la Terra-Mater, la Terre Mère des religions anciennes, un Archétype qui fait constamment retour dans nos consciences, nos inconscients et nos sciences inconscientes. Citons par exemple la dévotion mariale des peuples qui suscita en 1950 la proclamation du dogme catholique de l'Assomption de Marie et plus récemment la résurgence de l'antique déesse Gaïa dans l'écologie. 

Ces retours répondent au refoulement radical de l'archétype maternel opéré par le matérialisme et le scientisme à l'âge de la technique qui ont nié et réduit la divine Mère à de la matière première, quantifiable et strictement terrestre, sans vie, sans mystère, sans âme et sans esprit, devenue un stock de ressources exploitables industriellement, un stock auquel le vivant et l'humanité sont de plus en plus assimilés. 

Or, la Terre Mère, la Terre vivante, toute intérieure, Marie pour la nommer, est un Nom de la Vie. Et quand elle est niée avec un acharnement méthodique elle est tuée à l'intérieur de nous et meurt bien vite à l'extérieur. 

Quand donc nos sciences inconscientes comprendront-elles que ce faisant elles tuent l'Humanité en la tuant Elle, Marie Notre Mère ? 

Les poètes, les artistes véritables, les mystiques se veulent les humbles jardiniers de la Terre Mère intérieure, des amoureux de Marie. Ils s'ouvrent à sa force régénératrice, à sa douceur, à sa beauté, à son amour maternels ; ils rétablissent ainsi le lien subtil, le cordon spirituel coupé par l'ignorance savante imbue de puissance. Cultivant, recueillant, priant Marie, ils l'aiment et se sauvent en Elle et beaucoup avec eux.

Certains coeurs innocents, des coeurs d'enfants le plus souvent, ont vu Marie apparaître miraculeusement, à Lourdes, à Fatima et en beaucoup d'autres lieux ; ils ont reçu ses pleurs, ses implorations, ses exhortations à prier, à l'aimer, à nous aimer et à nous sauver, à faire naître en nous le Fils divin que porte chacun. 


Apparition de Notre Dame à Fatima. Collage. 2010




Mais les coeurs endurcis et vaniteux écoutent-ils encore les poètes, artistes, les mystiques, les enfants ? 

Comment les coeurs de pierre pourraient encore s'ouvrir et recueillir les signes innombrables ? Par exemple : en écoutant en eux la résonance des mots, ils pourraient entendre remonter la Vie de leurs racines. Si dans mater, maternel, matériel, matière, terre, matrice, matriciel, mer, mère, Marie... ils entendaient vibrer la racine M, qui est la vocalisation maternelle universelle, son souffle et son sens viendraient toucher en eux l'immémorial Nom de la Vie et ranimer son germe, le désir originel de la connaître et de faire naître en eux Celui là qui les appelle, Celui là qui les nomme et les féconde et qui depuis toujours leur donne leurs Noms, leurs Noms oubliés, méconnus, mal aimés : le Verbe Vivant qui donne la vie et forme notre Materia Prima et qui reconnu, c'est-à-dire aimé, nous ressuscite !




Seigneur, prends pitié. 2003




La Genèse dit que Dieu a fait l'Homme-Adam à son Image. YWHW-Elohîm pétrit l'Homme de la Terre vivante - la Adamah - pour insuffler ensuite en celui qu'il a formé de ses Mains, son Souffle, sa Vie, son Esprit. 

Adam, en hébreux cela signifie Elohîm dans le sang. 
Adam est le Nom de l'Homme, de l'Humanité, notre Nom à nous tous qui sommes les vivants. 

La Adamah est aussi bien la Terre première et vivante de notre Genèse que la Terre promise à l'Humanité, mais encore la Materia Prima dont nous sommes faits de toute éternité, la Terre Mère, une et matricielle, féminine et inconnue, dans laquelle nous naissons et avons à renaître sans cesse.
La Adamah est notre âme vivante formée et informée au présent par le Verbe, l'Esprit ou le Nom de Celui qui est JE SUIS. 
La Adamah est l'âme vivante, la Terre céleste à laquelle la terre terrestre participe. Un autre Nom de notre âme est le Ciel. 

Âme vivante, céleste, invisible et immortelle, la Adamah est la chair de notre chair, la moelle de nos os que reconnaît Adam dans son Songe, dans son Coeur.  Mais encore le sang de la vie dont vivent les hommes, le sang dans lequel le Verbe, le Nom, l'Esprit de Vie s'incarnent. 

De la Vie nous recevons tous nos pouvoirs, tous nos dons. 
Celui de nous éprouver vivants et celui de désirer nous connaître davantage, de nous connaître nommés, appelés, désirés et aimés dans et par le Verbe de Vie pour parvenir à le recueillir, à lui dire Oui. 

Lui dire Oui comme Marie Lui a dit Oui et a reçu en elle la Vie qui se donne absolument par Amour.

Quand la Genèse dit que l'Homme travaillera la Terre elle parle de la Terre Sainte de notre âme - de la seule Terre sainte en vérité -  qui est notre Terre céleste, notre Ciel de lumière faits de chair et de sang accueillant l'Esprit. Notre âme redevenue vierge, bien aimée et aimante, désireuse d'épouser le Verbe, de se faire par Lui la Mère du Fils en l'Homme. C'est Elle que nous nommons Marie Mère de Dieu. C'est Elle notre devenir. 




Nativité. 1480. Gérard David




C'est en Elle que naît Celui qui est Je suis, c'est en elle que vient Jésus, c'est en elle que s'incarne le Fils que tu es, que je suis, que nous sommes, maintenant et pour les siècles des siècles, pour autant que nous le désirions. 

Ce que je vous souhaite chers amis en cette Fête de la Nativité 


Texte : Robert Empain 2015
Grâce à Carl Gustav Jung, Annick de Souzenelle et à Michel Henry

mercredi 21 décembre 2016

Ferons-nous triompher la Vie en nous ?



 Grâce à toi Pierre Brueghel l'Ancien

Chers amis, aujourd'hui je propose à votre attention une peinture de Pierre Brueghel l'Ancien intitulée Le Triomphe de la mort (1562), alors que la ville d'Alep et ses survivants passent des mains d'abominables criminels aux mains de criminels plus abominables encore, alors que la mort semble triompher partout sur la Terre, alors pourtant que nous approchons de Noël,  jour de la naissance de l'Enfant Jésus et du Ressuscité qui chaque jour renouvelle pour ceux qui en veulent Le Triomphe de la vie !


Le Triomphe de la mort par Pierre Brueghel 

peut être vu en détail ici 



Extrait de Ad Imaginem Dei II L'oeuvre à venir

par Robert Empain


... Mais voici que se présente le tableau le plus fascinant de ce Musée, une huile sur toile de Pierre Brueghel l'Ancien intitulée Le Triomphe de la mort (1562). Pourtant, et aussi paradoxal que cela paraisse de prime abord, pour celui qui s'arrêtera et prêtera attention à cette peinture effrayante, elle se révèlera être Le  Triomphe de la vie et de sa résurrection !  Par la beauté de ses formes, de ses couleurs, de sa composition, de son espace, par la complexité d'une série tableaux rassemblés en un seul, par toutes ces choses qui peuvent susciter en nous des résonances intérieures quand elles sont regardées de manière abstraite — c'est-à-dire en faisant abstraction du sujet — mais aussi et justement par ce sujet lui-même : un massacre ! 
Un bien étrange massacre en vérité puisqu'il s'agit d'un peuple de morts qui massacre un peuple de vivants ! 

Un tel spectacle aucun reportage d'actualités, aucun film ne peut le montrer ni atteindre la force de suggestion et de sidération de ce tableau, de cette oeuvre d'art en vérité, que nous regardons non pas comme un document, une fable ou une allégorie, mais comme une vision, une vision peinte où est donnée à voir une réalité invisible, une réalité spirituelle.

Ainsi, quand Pierre Brueghel peint un peuple de morts massacrant un peuple de vivants dans une nuit de fin du monde, ce n'est pas par naïveté ou par fantaisie, par malice ou par goût du macabre, comme on pourrait le penser, mais  parce qu'il est chrétien.

Etre chrétien c'est être envoyé pour annoncer la bonne nouvelle, la nouvelle toujours nouvelle que le Christ est venu nous révéler. Une nouvelle qui retourne le monde sur lui-même et qui pour cette raison même reste incroyable pour la plupart des hommes. 

Brueghel qui est croyant, peintre, visionnaire et très rusé, est aussi au fait de l'incrédulité des hommes. C'est pourquoi il cherche pour commencer à attirer leur attention sur le spectacle paradoxal d'une armée de morts qui torturent, pendent, brûlent égorgent une foule de vivants. L'attention de l'homme captée, il sera pris, espère le peintre, par un désir de comprendre cette énigme, ce paradoxe, et, l'ayant compris, par le désir d'en sortir, de se ressaisir, de se retourner vers la vie, c'est-à-dire par le désir de ressusciter ! 
Voilà en une phrase ce que cherche à faire ce tableau et ce qui fait de lui une oeuvre chrétienne, car est chrétien tout ce qui vient et qui va à la Vie. 

Et pour comprendre, tout homme sensé se demandera : mais comment des morts peuvent-ils exterminer les vivants ? 
Et il répondra sans hésiter que les morts ne peuvent pas faire une telle chose, parce qu'en vérité les morts ne peuvent rien faire, ni marcher ni tenir une arme ni désirer tuer ni tuer qui que ce soit. 
Arrivé à ce point, chacun comprendra du même coup que les armées de squelettes que montre Brueghel ne sont pas des morts mais des vivants, des vivants qui vivent comme si ils étaient morts, des vivants qui massacrent d'autres vivants, des vivants qui sont en quelque sorte obsédés par la mort, possédés par son idée, par son spectacle, des hommes vivants qui s'imaginent condamnés à mort, c'est-à-dire mortels, des vivants, qui paradoxalement adorent la mort puisqu'ils semblent s'en rassasier, se délecter de la voir à l'oeuvre et de se la donner les uns aux autres. 

Ce que peint Brueghel ce ne sont donc que des humains ordinaires, des humains qui se croient mortels et qui se font meurtriers, des humains qui passent leur temps à s'accuser de tous les maux, des humains qui vouent leurs vie à se venger les uns les autres, des vivants qui en viennent à détester la vie en eux comme en tous, à se torturer, à se massacrer, à tuer tout ce qui vit, les animaux et les plantes ; des humains qui font de la mort la chose la plus répandue et la plus banale au monde, exactement comme le font les armées de squelettes dans ce tableau ; exactement comme le font les armées d'hommes depuis la création du monde, exactement comme le font des millions d'humains qui chaque soir, en s'empiffrant d'une nourriture qui les tuera, regardent à la télévision d'autres humains se massacrer devant des caméras. Des humains qui vouent leurs vies à faire de la Terre un vaste champs de bataille, un camps d'extermination, une fosse commune, un enfer ! Des humains qui font d'eux mêmes des sanguinaires, des partisans de la condamnation et de la vengeance, des maniaques de l'extermination, des vivants qui font triompher en eux la mort, bref des morts vivants, des démons ! 
Très exactement ce que nous montre cette peinture de Pierre Brueghel L'Ancien, Le Triomphe de la mort ! 



Nativité par Robert Campin



    Le Christ est venu pour ces hommes.  Et Pierre Brueghel l'Ancien, en chrétien, peint pour eux. Pour ceux qui se croient condamnés à mort par la vie, pour ceux qui s'imaginent mortels alors qu'ils sont en vie, ou parce qu'ils sont vivants. Pour tous les vivants qui craignent de perdre une vie qu'ils ont déjà. Pour tous les hommes malades de la mort, pour une Humanité qui chaque jour avance vers son suicide.

Le Christ est venu et vient dire à ces hommes que la mort qu'ils imaginent n'existe pas, que la mort est un mensonge. 

Le Christ est venu et vient dire que la vie, la seule et vraie vie dont ils vivent est celle dont il vit Lui-même, et que cette vie ne veut ni ne peut mourir puisqu'elle est éternelle. 

Le Christ est venu, vient et viendra dire aux incrédules jusqu'à ce qu'ils l'entendent que la vie leur est donnée à tout jamais, qu'elle ne leur sera jamais enlevée quant bien même ils voueraient leurs vies à la nier en eux et en leur semblables, quant bien même ils se massacreraient indéfiniment, ils ne feront jamais que meurtrir et massacrer leurs corps et torturer leurs âmes, sans jamais tuer la vie en eux, la vie qui en eux ne peut mourir.

Le Christ est venu, vient et viendra nous répéter le temps qu'il faudra pour que nous le comprenions, que la vie dont nous vivons  est un esprit éternel dans une âme immortelle.  Car le Christ désire nous faire comprendre que plus nous persisterons à nier la vie en nous plus nous souffrirons, plus nous nous enfoncerons dans la nuit absurde du massacre et de la vengeance, plus nous donnerons réalité à l'enfer que nous redoutons. Un enfer où il n'y a pas de mort mais seulement des vivants qui désirent une mort qui n'est pas, une mort qu'ils imaginent et qu'ils n'obtiendront jamais même quand ils la demanderont alors qu'ils s'infligeront les pires souffrances.

Et pour prouver ce qu'il est venu dire aux incrédules, aux mortels mordicus, aux fanatiques de la mort, aux endiablés qui se condamnent eux-mêmes à la vie infernale, le Christ Jésus se laissa prendre par eux, il se laissera torturer et crucifier et, mesurant leur ignorance et leur aveuglement, par amour pour eux, il leur pardonna et il ressuscita trois jours après avoir été mis au tombeau, comme il le leur avait annoncé...  
Combien de temps encore laisserons-nous la mort triompher en nous au lieu de faire triompher la Vie ?



La Descente aux enfers du Christ, peintre anonyme 

en voir et en savoir plus ici


Texte : Robert Empain 1990 

  



jeudi 1 décembre 2016

Le tombeau méconnu de l'artiste célèbre


Un extrait de Ad Imaginem Dei IV - D'où je vis - Inédit 
par Robert Empain 


Le tombeau méconnu de l'artiste célèbre. 1987


    Mon travail d'artiste n'ayant rencontré aucune demande extérieure, ni aucune commande de quiconque, n'ayant pas cherché à exposer dans les circuits de l'art officiel ni rencontré un seul galeriste digne de ce nom mais seulement des marchands de produits artistiques et culturels, n'ayant pas trouvé un seul commissaire ouvert à l'art spirituel, n'ayant croisé que quelques amateurs éphémères de mon travail,  je n'ai jamais rien fabriqué, rien fait pour le monde, j'ai fait les œuvres qui m'étaient intérieurement nécessaires, restant ainsi fidèle au principe souverain du maître de mon adolescence : Vassily Kandinsky. 

Mon insuccès commercial, que certains trouvent bizarre voire humiliant à mon âge, je le vois comme une bénédiction. On m'a dit qu'avec plus de moyens j'aurais réalisé davantage et mieux, des amis artistes ont ajouté que mon travail aurait été plus professionnel. C’est incontestable. Je rends grâce toutefois à mon insuccès de m'avoir protégé de ce professionnalisme là et avec lui de la fabrication, de l'affairisme et de la fascination morbide pour la renommée et de cette histoire de l'art qui se jouerait en direct comme un match de foot ou une cotation boursière, car là se trouvent l'idolâtrie, les chimères de notre temps et les fossoyeurs de l'art.
 

Mes oeuvres, pour la plupart, sont restées des ébauches. Certes. Elles sont comme ma vie, en devenir. Il me suffit que ces ébauches - dessins, aquarelles, pastels, huiles, objets, poèmes, notes d’atelier etc, - montrent que tout cheminement intérieur est fait de recherches incessantes, d'hésitations et d'élans, d'affinités et d'impasses, d'errances et de fulgurances, d'arrêts, de reculs et de lueurs révélatrices. J’espère simplement que mon cheminement, qui n'a jamais cherché qu'à aller plus profondément vers le mystère de la vie et de sa beauté, ouvre un désir semblable chez de jeunes artistes et les encourage à poursuivre la longue, lente, nécessaire et souvent joyeuse pérégrination vers eux-mêmes, c'est-à-dire leurs vies en Dieu

La création artistique, comme toute création, aussi paradoxal que cela paraisse à des contemporains obsédés par la productivité, ne doit pas viser à produire des œuvres pour les musées, les collectionneurs, l'histoire de l'art ou la vanité de leur créateur. 

Qui ne voit d'ailleurs que nos musées trop grands et trop centralisés sont remplis d'œuvres non regardées qui s'entassent et s'annulent les unes les autres ? Qui se doute que les réserves de ces musées débordent d'
œuvres innombrables, inutiles sinon pourrissantes ? Qui ne voit que les œuvres accumulées dans les collections privées ne servent le plus souvent que la vanité de leurs propriétaires ? Qui peut ignorer que l'esprit de lucre, la spéculation, l'argent sale et la mafia manipulent l'art et beaucoup d'artistes aujourd'hui ? Et qui ne voit que tout cela ne peut que corrompre les regards qui se porteraient sur les œuvres véritables ? Les arts, les artistes et les œuvres ne doivent servir qu'à l'accomplissement spirituel de chacun et de tous. La vocation des arts est de nous révéler la Vie et de susciter en nous son Amour infini. L’oeuvre digne de ce nom est toujours une oeuvre de la Vie pour la Vie. Et comme elle, elle est invisible et toujours nouvelle.  Faute d’oeuvrer en ce sens les hommes détournent le pouvoir spirituel de l'art pour ne servir que l'esprit aveugle du monde et amplifier l'égarement humain en lui.

Si c'est à la création invisible et inachevée de l'homme que je suis, que mes oeuvres, réussies et ratées, ont servis, cet homme et son cheminement vers la Joie en témoignent

Texte : Robert Empain 2007 - in AD IMAGINEM IV - D'où je vis. Inédit
Illustration : Assemblage d'objets trouvés. Robert Empain. 1987

mardi 15 novembre 2016

Proclamer la Vie contre la mort est la raison d'être de ce livre

Grâce à vous artistes de tous les temps


Ad Imaginem Dei 1 L’oeuvre invisible est le tome premier d'une série que je rassemble à partir de mes notes d'atelier et de mes carnets d’artiste de 1980 à nos jours



Ce livre est disponible ici sur iTunes Store pour iBooks 



Ad Imaginem Dei

Ces trois mots Ad Imaginem Dei -- ou Vers l'Image de Dieu -- désignent l'origine et l'orientation donnée à chaque Homme par le Dieu Vivant.  
Ces trois mots ont guidé ma vie, comme tout ce que je peins et écris, comme ils ont guidé la vie des créateurs dont je parle dans ce livre. Comme eux sans doute, je me reconnais incapable de m’apporter moi même dans la vie, me reconnaissant alors la recevoir d’un Don, celui d'une Vie qui elle a le pouvoir de se donner vie à elle-même et de me la donner ensuite ainsi qu'à nous tous : la Vie absolue (1). En chrétien, je dirais : je suis vivant par le Père qui avant que le monde paraisse et par une grâce inconditionnelle et ineffable m'appela à la vie. Le Père est le Nom de Celui qui nous fait vivants à son Image et pour sa ressemblance - Genèse 1,26





Paul Cézanne est un compagnon rencontré sur le chemin
de la vérité en Peinture. Je l'évoque longuement dans Ad Imaginem Dei



Le Vivant est Amour absolu Liberté absolue.  Il est Celui qui est et qui sera. Il est le Père, le Fils et l'Esprit qui nous désirent éternellement dans leur Ressemblance, c'est-à-dire librement et parfaitement advenus à nous-mêmes. Si avec le monde nous disons : cette histoire est une fable, elle est décidément trop belle pour être vraie, ou quelque-chose du même genre, nous perpétuons, par vanité aveugle, le drame initial de notre exil en terre mortelle, en terre d’ego exilés. Ce non au don de la Vie qui ne peut que se donner, est refus de la grâce qui nous donne de nous donner à notre tour gratuitement et à profusion, refus de faire croître infiniment la Vie en nous ; il est aussi pétrification, suspens de nos vies dans le temps indéfini de notre existence, de notre égoïsme et de notre ingratitude.

L’oeuvre invisible ?
Ce premier livre commence le récit de ma longue histoire d’amour avec la Vie qui m’a aimé la première. Ce premier tome est tiré de mes carnets des années quatre-vingts en partie reconstitués, complétés et modifiés quant aux noms des personnes évoquées. Il  suit l’itinéraire tâtonnant du jeune marié dépité, du créatif choyé et du peintre inconnu que j’étais alors, et qui, poussé par la Nécessité intérieure (2) - qui n'est autre que l'appel de la Vie en nous - passe des agences, des studios et des salles de montages en effervescence à l'atelier silencieux, de l’inventivité créative à l'Imagination créatrice, des images fabriquées et souvent falsifiées aux oeuvres d'art, du dehors au dedans, du visible à l’invisible, du désir à l’amour, de l’existence à la Vie, des idoles à la Vraie Image, aimante, aimée et vivante de Dieu - que je suis, que vous êtes, que nous sommes tous par naissance et vocation.  Passant les barrières d’illusions et de doutes que l’adversité du monde dresse devant nous, traversant les portes de Beauté qu'élèvent les artistes, les peintres, les musiciens, les poètes et  les mystiques, guidé du dedans vers une lumière qui n'est pas de ce monde, je commençai à entrevoir des lueurs que les songes allumaient dans ma Nuit.





La Vierge en gloire entre saint Augustin et saint Pierre vénérée 
par un donateur, un tableau initiatique de 1435 de Robert Campin
 rencontré en personne sur le chemin qui conduit à la Vraie Image.



Dans ce long parcours initiatique, je compris que la seule oeuvre digne d’être accomplie par un être humain échappe à toute appropriation en ce monde, car elle n'est autre que celle que la Vie accomplit invisiblement en nous dès lors qu'ayant abandonné le monde et ses leurres nous nous confions corps, âme et esprit à son Esprit créateur, le laissant parachever son oeuvre en nos coeurs éblouis. C’est ainsi que sur mon chemin, ma pratique de peintre céda peu à peu la place à des créations immatérielles, que je nommai des Actions de grâce... 
Mais ce passage sera décrits dans les livres suivants.

Pourquoi publier ce livre aujourd'hui ?
Après avoir tué Dieu en eux et déclaré sa mort certaine, après avoir oublié la Vie absolue dont ils vivent et s’être ainsi niés et assassinés spirituellement, les hommes modernes sont devenus des morts-vivants qui s’ignorent. Ivres des pouvoirs dont ils ne disposent que par grâce et qu’ils ne font qu’usurper, les hommes, plus ténébreux et vaniteux que jamais, sont persuadés de vivre à l’âge des lumières et de conduire un Progrès qui leur procurera bientôt la possession de la vie et sa jouissance perpétuelle. Pourtant, qui ne voit que les hommes s’appliquent savamment à asservir et à détruire tout ce qui vit et à parachever la réalisation de l’Enfer sur la Terre ? 




Portrait de Robert Empain travaillant au grand Pèlerin...
Photographie de Bernard Foubert



En ce monde parvenu au comble de l’absurde et du péril, le moindre des vivants se sentant porteur d’un peu de la lumière de la Vie ne doit-il pas proclamer la Parole qui peut nous sauver ? Ne doit-il pas proclamer qu'il est nous possible d'échapper à la mort de notre vivant ? Les artistes - dont je suis - ne doivent-ils pas créer et agir en ce sens de toutes leurs forces et de toutes les manières que l’Imagination créatrice leur soufflera ? Les poètes, que nous sommes tous par vocation, ne doivent-ils pas témoigner inlassablement que la vie est le chef-d’oeuvre absolu qui outrepasse infiniment en Beauté et en Valeur toutes les oeuvres du monde ? Ne faut-il pas soutenir que la Vie seule donne son sens à l’Univers ainsi qu'à nous tous les vivants qui n’existons que par Elle, pour Elle, pour l’avènement de l’Amour ? Ne faut-il pas que dans ce monde voué au calcul, les chrétiens proclament avec le Christ Jésus que la connaissance véritable est d’aimer la Vie en eux, en chacun et en tous ? Si la Vie est bien celle que le Fils nous l'a révélée comme Notre Père à tous, ne faut-il proclamer cette connaissance inouïe comme une grâce qu’il suffit de recevoir pour que soient transfigurés l’univers et les vivants ?

C'est pourquoi mon témoignage aussi faible et faiblement entendu qu'il sera m’est apparu d'autant plus nécessaire que je voyais l'art contemporain - entendu comme l'art officiel et marchand de notre époque - s’enfoncer avec ses agents dans les ténèbres de la culture spectacle, de l’histoire de l’art en temps réel et du marché global spéculatif, renonçant  ainsi à sa vocation d’être un Art pour la vie et les vivants. 
Le système actuel mondial de l'art est tragiquement conduit par l'argent et l'idée d'un progrès continu qui, à l'instar du marketing, exige un flot continu de produits nouveaux. Les oeuvres d’art, tant celles du présent que du passé, sont niées dans un tel système où elles sont créées ou regardées comme produites par des vagues historiques successives et progressives et, dès lors, comme des produits à l'obsolescence programmée. Ce système, qui se croit libre et avancé, nie dans sa machinerie de néant l'art et les artistes, et avec eux la Vie que l'art a pour mission de révéler et d'accroître. Pourtant, simultanément et invisiblement, dans l’intériorité de nombreux vivants, au coeur même de notre Humanité, monte un Désir, une Espérance dans la Vie vraie et en son Oeuvre d’amour. 



(1) Michel Henry
(2) Wassily Kandinsky

Texte de Robert Empain
Illustrations Paul Cézanne et  Robert Campin, deux artistes présents dans Ad Imaginem Dei 1 L"oeuvre invisible 



jeudi 10 novembre 2016

La Nuit du Sacre et le Jour de la Résurrection


Grâce à toi Thierry Berlanda

Parution de 

La Nuit du Sacre 

Tome III  d’une trilogie comprenant 
I L’Insigne du Boiteux  et II La Fureur du Prince




Parmi les vivants seul l’homme possède le privilège, le pouvoir miraculeux de nommer ce qu'il voit, ce qu'il sent, ce qu'il éprouve, ce qu'il pense, ce qu'il désire, ce qu'il aime, ce qu’il est, ce qu'il craint, ce qui le tourmente, ce qu'il hait, ce qui l’accuse, ce qui le tue et plus rarement ce qui le fait tuer et ce qui le fait vivre. Mais ce privilège de nommer, d’où nous vient-il ? Non pas seulement d’être des créatures vivantes mais d’être des hommes vivants dotés d’un corps, d’une âme et d’un esprit capables de connaître, à savoir de naître par la connaissance spirituelle à ce que nous sommes en vérité.  C’est en ce sens que tout homme est par naissance un poète destiné à la connaissance qui consiste à nommer le créé et l’incréé, le visible et l’invisible, l’innomé et l’innommable, en lui et hors de lui ; ce que savaient Baudelaire et Rimbaud qui diront que le poète devra « plonger au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! » Mieux encore, oserai-je ajouter, pour devenir nouveau, pour faire de l’Inconnu qu’il était à lui-même la personne nouvelle qu’il est devenu en la nommant, en la connaissant en lui. Et le poète qui se connaît peut dire alors : Je suis celui que je suis, celui à qui le Vivant a donné son Nom et le pouvoir de nommer. Et cette vocation de l’homme nous est révélée par le premier poète, l’Auteur de La Genèse, le premier Livre de la Bible. 

J’ai déjà parlé de La Genèse dans une note de lecture précédente dédiée aux deux premiers tomes de ce thriller de Thierry Berlanda, L’insigne du Boiteux et La Fureur du Prince, car si La Genèse est un mythe, une cosmologie, un poème, le récit inouï de notre venue dans la Vie, elle est aussi le récit d’un meurtre, le premier meurtre, le meurtre fondateur et répété, oublié et innommé : le meurtre originel et perpétuel de l'homme par lui-même. Le Livre des livres, le Livre source apparaissant alors comme le premier roman noir, le premier thriller de tous les temps auquel tous les autres puisent continuellement, consciemment ou non.

Le meurtre originel et perpétuel de l’homme par lui-même nous jette constamment dans un monde où nous imaginons vivre et mourir alors que nous ne faisons qu’y exister pour muter. Ce meurtre fait des poètes de Dieu que nous sommes des parlants qui prononcent dans le monde des mots et des formules vides et fabrique des objets inanimés, des idoles sans vie et des robots qui la singe. Un être pour la mort donc, comme le dit la philosophie dominante, un révolté, un égaré, un exilé de lui-même en vérité qui se trouve pris dans la série interminable de meurtres dont il est à la fois le coupable et la victime, qu’il commet alors qu’il en a oublié le mobile et le souvenir qu’il a jetés ensemble quelque part au fond de l’Inconnu.  Un Inconnu, un Ailleurs oublié dans lequel de rares poètes comme Thierry Berlanda ne cessent de plonger pour retrouver le Toujours Nouveau et le rendre aux humains dans de nouveaux livres.  


Jeune homme au Serpent. 2010


Mais lisons ce que dit Thierry Berlanda de ses nouveaux livres : « Par essence, tout roman (thriller ou pas), relève du genre fantastique, en ce qu’il décrit une réalité à la fois moins prosaïque que le quotidien, mais qui doit être tramée dans ce quotidien. Le quotidien n’est pas celui des décors ou des autres éléments impersonnels de la vie : il est la Vie vécue elle-même. Peiner en montant un escalier, sourire quand le vent essaie de me voler mon chapeau, retirer un caillou de ma chaussure, avoir envie d’une part de pastèque, etc… Et c’est dans cette quotidienneté fourmillant de mille épisodes fugaces, dans la chair même où tous les sentiments, grands et petits, sont éprouvés, que l’extraordinaire va avoir lieu. Si ce principe n’est pas respecté, il n’y a pas de roman. En l’occurrence, dans mon roman, c’est par effraction, violemment, que l’extraordinaire va entrer dans le quotidien. 
Et plus loin dans le même entretien : « Provoquer la collision de l’élément d’étrangeté et de l’élément de quotidienneté est une de mes raisons d’avoir choisi un personnage de criminel complètement exotique, aussi bien par ses origines (il s’agit d’un prince Iranien) que par sa structure psychique vraiment catastrophique… J’organise donc une rencontre explosive entre d’une part une jeune femme intelligente, rationnelle, angoissée, jolie, parisienne et mère d’un petit garçon, et d’autre part un homme avec une idée fixe, absolument déterminé et sûr de soi, au visage abimé, d’origine persane et qui est fasciné par les petits garçons, dont il fait les personnages principaux de ses rituels meurtriers. » Et en conclusion : « Quant à « l’ailleurs » où le lecteur veut être emporté, charge à l’écrivain de lui montrer qu’un roman n’est pas fait pour le dépayser, mais pour le «repayser », c’est-à-dire pour le ramener chez lui, pour le remettre dans l’axe de son propre Soi, et faire en sorte que ce soit toutes les vanités du monde ordinaire qui lui paraissent dérisoires. Cela aussi, cette sorte de libération, fait partie de la promesse initiale de l’écrivain au lecteur. Dans les bons livres, elle est tenue. Dans les autres… »  
(je souligne )

Quoi qu'il écrive Thierry Berlanda donne à lire une langue à lui, inouïe, baroque, vive, tendre et sauvage, toujours précise, savante et brillante. Quelque soit l’histoire, ses romans nous prennent du début à la fin, ne cessant de monter en intensité et en acuité pour nous conduire là où il veut nous mener : au coeur tremblant de nous-mêmes, «dans l’axe de notre propre Soi», là où la Vie nous étreint pour se faire reconnaître et nous ressusciter.

Par «retour chez soi» et «axe de notre propre Soi» entendons donc résurrection de la Vie, étreinte avec le Toujours Nouveau, qui sont pour Thierry Berlanda «la promesse initiale de l’écrivain au lecteur». Ce n’est pas par hasard mais par une décision fondamentale que notre auteur place la résurrection au centre de sa trilogie. Mais voyons de quel genre de résurrection il s’agit dans un passage intense de La Nuit du Sacre, dans lequel Jeanne, l’héroïne, est prise une nouvelle fois au piège du Prince et de son rituel de résurrection : 
« Jeanne, elle, ne respire plus et sa chair s’émiette entre les parois de son con corps. Sentant qu’elle meure, elle réunit désespérément ses dernières forces. Se laisser tomber sur Aravahani, le bloquer peut-être une seconde ou deux en hurlant à Léo (son fils) de s’enfuir, voilà tout ce qu’elle peut. Les yeux bien ouverts jusqu’au plongeon dans la fournaise, les mâchoires serrées, elle s’apprête à frapper la tête d’Aravahani avec le trophée de ses pères en s’effondrant sur lui. Mais à cette milliseconde, la mécanique de son sacrifice se grippe. Jeanne bloque son geste et fait un effort pour retrouver l’équilibre  car un accroc vient de se produire dans la trame fatidique, quelque chose qu’elle n’identifie pas immédiatement. Des sons étonnants s’élèvent dans l’appartement. 
Le Prince paraît surpris, mais aussitôt il intègre joyeusement cette nouveauté dans le rituel. Aniela Idkowiak (une dame âgée que le Prince a prise en otage chez elle), premier prix du concours international Frédéric Chopin en 1961, s’est installée au piano. Est-elle plus intimidée que lorsque devant le président du jury Drzewiecki, elle avait joué la Polonaise Héroïque, et que ses doigts et tout son corps l’avait exécutée sans qu’elle n’ai fait rien d’autre pendant six minutes et 33 secondes, que se laisser traverser par l’esprit ? Elle joue, déroulant les arpèges où se fomente la colère des accords plaqués, dont la force anime le Prince d’une joie nouvelle, magnifique dans son coeur, hideuse pour ceux qui en sont témoins. « Ô trône de gloire et socle de Mon règne ! Ô alamat é ma’loul ! Ô sein de reine, ô ventre de ma mère, ouvre toi ! » page 222. 

Cette extraordinaire force qui surgit dans ce roman aux moments des plus grands périls pour s’opposer à la force qui tue - et que l’auteur appelle l’énergie noire dans La Fureur du Prince, le Tome II de cette trilogie - est la force même de la Vie.
La Vie qui nous donne de vivre à chaque instant, la Vie qui s’incarne en nous, la Vie qui donne à notre poète romancier d’incarner ses héros, de les faire vivre, et de faire trembler et jubiler ses lecteurs, la Vie qui soulève la vielle pianiste terrorisée, pour jouer Chopin alors que Jeanne semble condamnée. La Vie qui inspira à Chopin sa Polonaise héroïque, la Vie qui émane de sa musique et qui « anime le Prince d’une joie nouvelle, magnifique dans son coeur, hideuse pour ceux qui en sont témoins.» La Vie encore, aussi révoltant que cela paraisse aux égarés que nous sommes, qui anime et permet la rancoeur, la fureur et la folie criminelle du Prince déchu. La Vie qui donne chacun d’entre nous à lui-même qu’il soit un saint ou un assassin ! 




 La Polonaise héroïque de Chopin
par Arthur Rubinstein. 


Oui, car la Vie qui se donne, la Vie qui nous veut et nous aime, nous donne la liberté de l’oublier, de la nier, de la mépriser et de la retourner contre elle-même, pour, espérons-nous, la prendre pour nous seuls. Oui car, la Vie nous espère et nous pardonne et nous ressuscite. La Vie permet même aux égarés que nous sommes de singer sa propre résurrection dans un rituel satanique, par exemple, comme celui de ce Prince possédé que Thierry Berlanda place au centre de son roman comme Dieu place au centre de son Paradis un Serpent enroulé à l’Arbre de la Connaissance et de la Vie. 

Il y aurait encore beaucoup de choses essentielles à dire de ce roman, particulièrement de ce rituel de résurrection atroce, théâtralisé à l’extrême ici par Thierry Berlanda. 

Pour commencer, je ferai remarquer que cet extraordinaire rituel n’est pas aussi extraordinaire que l’auteur le pense, étant devenu le quotidien de quelques milliards d’humains plongés à tout moment dans leurs écrans sur lesquels des meurtres réels ou simulés, plus atroces les uns que les autres, sont commis par des milliers d’autres humains et défilent en différé sinon en direct. 
Ensuite, que tout meurtre, ritualisé, théâtralisé ou banalisé, répète le rituel originel et perpétuel que révèle La Genèse. Car le fond de tout meurtre est le désir trompeur que propose le Serpent à l’homme de devenir Dieu sans Dieu, de s’emparer de la vie pour lui seul, que cette vie soi la sienne ou de celle des autres. Ce dessein délirant est en passe de se réaliser avec ce que préparent les bio-technologies et le transhumanisme qui au lieu de s’emparer de la vie, nous enfermeront dans la mort éternelle.
Enfin, que tous ces délires d’immortalité et de résurrections, tous ces désirs insensés d’une toute puissance arrachée à la Vie, ne font qu’inverser naïvement et reporter indéfiniment notre véritable résurrection qui nous a été donnée une fois pour toutes par la grâce de la Vie en Personne, que nous pouvons nommer avec le Fils, Notre Père. Un Père qui n’a pas voulu que l’homme se perde dans une mort éternelle et qui s’est fait homme par son Fils pour que l’homme se fasse Dieu. 

Notre Incarnation et notre Résurrection ont déjà eu lieu en Jésus-Christ. Nous pouvons les recevoir par la voie la plus assurée, la plus simple et la plus belle qui soit : la grâce et l’amour de la Vie en nous et en tous.    



Ne me retiens pas
je ne suis pas encore monté vers le Père.
2015



   Texte, collage et tableaux de Robert Empain

jeudi 3 novembre 2016

Ils sont repartis chez eux des étoiles plein les yeux


Grâce à toi Charlotte Dunker

     Surdouée pour le dessin, Charlotte Dunker est sortie de l'Atelier de dessin l'Académie des Beaux Arts de Tournai en 2010. La même année elle participait avec le groupe Grâce à l'exposition Viens, Esprit Saint à l'église des Minimes à Bruxelles, où elle présentait dans les vitrines qui retracent l'histoire extraordinaire de ce lieu, des miniatures à l'huile qui retracent l'histoire des personnes qui avaient marqué sa vie. A propos de cette installation, j'écrivais alors : Il est nécessaire de s’approcher de ces peintures pour les regarder, pour s’y exposer et pour entrer alors dans leur intimité, dans l’histoire de ces personnes et de la famille de l’artiste qui pourrait tout aussi bien être la nôtre, et qui l’est en vérité puisque nous formons, que nous le sachions ou non, une seule famille humaine issue d’un même Père. Charlotte Dunker dessine et peint à partir des rares images qui de nos jours sont encore faites par amour et qui sans tricher en témoignent. De ces images qui désirent garder la vie vécue, précieuse, passée et partagée avec des personnes aimées, la jeune artiste fait des peintures qui viennent redoubler les regards, l’attention et l’amour et qui alors, par la force de l’Esprit qui est l’Amour en Personne, ressuscitent un peu d’amour en nous pour ces inconnus qui nous ressemblent tant." 
Par la suite Charlotte Dunker présenta sont travail dans quelques bonnes galeries de Bruxelles, où il  fut exposé et vendu rapidement. Mais bien vite, selon ses termes, elle se sentit étouffer dans ce rôle de l'artiste fabricant de beaux dessins pour le marché et les foires d'art, elle se sentit dépérir car son travail perdait de son sens, de sa nécessité intérieure. Courageusement, elle prit ses distances avec les marchands et se mit à la recherche d'une autre manière d'être artiste aujourd'hui. C'est de cette autre manière d'être artiste dont elle parle dans un texte que nous publions ici avec joie. 
Cette expérience est menée dans le cadre de sa collaboration avec le SMart, une organisation qui apporte des réponses concrètes en proposant conseils, formations et outils administratifs, juridiques, fiscaux et financiers, pour simplifier et légaliser l’activité professionnelle des travailleurs autonomes et des artistes. Nous sommes heureux de partager et de faire connaître ici le témoignage de Charlotte qui montre très concrètement comment l'art peut bel et bien ressusciter la vie non seulement des artistes mais aussi celles des personnes avec et pour lesquelles cet art est fait ! Cette expérience pourra en outre ouvrir des perspectives humainement enrichissantes aux artistes confrontés à la réalité strictement lucrative et mortifère de l'art marchand contemporain, officiel et institutionnel.   







Huiles sur papier de Charlotte Dunker. 2010



" Après l’obtention de mon Master en arts plastiques, visuels et de l’espace, obtenu à l’Académie des Beaux-arts de Tournai en 2010, j’ai suivi une spécialisation toujours en cours en art thérapie au centre Rhapsodie. J’ai construit mon projet professionnel sur l’accès à l’art pour les personnes malades, marginalisées dans leur situation psycho-sociale ou dans une situation de handicap. Et cela à travers des ateliers créatifs, par lesquels je souhaite rendre l’art accessible à tous.

Forte de mes années d’expériences dans le secteur de la santé mentale et plus spécifiquement dans l’animation d’ateliers, j’ai développé une méthodologie qui vise à apporter le meilleur cadre possible pour la pleine réalisation et l’expression des personnes avec lesquelles je mène les projets.

A présent, je monte des projets artistiques dans différentes structures : hôpitaux, maisons de repos, centres psychiatriques, centres spécialisés, culturels, musées, a.s.b.l. d’éducation permanente, écoles, etc,  A cet effet, j’invite les participants à se réunir autour d’une thématique pendant plusieurs séances. Pour clôturer l’atelier construit avec les participants, nous réalisons une exposition, une édition, un film ou un documentaire sonore avec leurs dessins et/ou leurs témoignages. Ces ateliers sont nés de rencontres déterminantes avec les résidents et les professionnels des centres dans lesquelles je suis intervenue.

Développés en collaboration avec des professionnels de santé, j’ai la conviction que ces ateliers créatifs ont une réelle valeur thérapeutique. Ce qui a été ouvertement validé par les instances médicales. Chaque atelier est conçu selon l’institution et réfléchi pour la «pleine» réalisation et l’expression des personnes. Grâce aux partenariats avec des musées, des évènements culturels et des chaînes de télévision, ces projets offrent une visibilité valorisante et un moyen d’expression aux participants pour recréer du lien avec la société.

La diversité des publics et des projets ainsi que la qualité des relations humaines sont d’une richesse extraordinaire. Parmi mes expériences, j’ai travaillé au Village n°1 avec des personnes en situation de handicap mental, en psycho-gériatrie à la Clinique Saint Jean à Bruxelles ainsi qu’à l’école La Famille (école de type 4). Ces expériences furent les plus intenses et lumineuses interventions de mon parcours. Je construis une relation particulière avec ces publics.


Créative, enthousiaste, empathique, dotée d’une grande aisance relationnelle et d’une grande capacité d’écoute, je suis convaincue de contribuer en équipe à l’élaboration d’un environnement propice au mieux-être et à l’épanouissement des bénéficiaires d’établissements de soins. Avec mes expériences en art-thérapie, je participe à un travail d’évaluation psychologique et je construis des outils précis d’aide à ces personnes présentant des difficultés d’adaptation.

J’espère vous que vous aurez le temps de visionner ces quelques courts-métrages et qu’ils vous plairont.



 
Le temps, pourquoi penser à ça… 
Voici la trace des ateliers mené au sein de la maison de repos Schuman le noble âge.








On prend Pépé avec !
Ce court-métrage a été réalisé avec les résidents du Village n°1 à Ophain. Il a été montré lors de la Museum Night fever 2016. Aller au-devant des publics dits « fragiles », intervenir avec des personnes en situation de handicap m’intéresse tout particulièrement. Ce qui fait sens pour moi c’est de leur offrir une porte d’entrée dans le monde de l’art, de leur montrer que c’est aussi possible pour eux de monter des projets… qu’ils peuvent être acteurs, expérimenter, aller dans les musées, participer à un projet culturel. Près de 2000 personnes sont passées au musée lors de la soirée. C’était vraiment fabuleux de présenter le court-métrage aux participants dans ce contexte. Ils étaient ravis, ils sont repartis chez eux des étoiles plein les yeux, m’a-t-on dit !" Charlotte Dunker

Illustrations, texte, huiles et vidéos : Charlotte Dunker 

mercredi 5 octobre 2016

Le temps suspendu à notre vouloir est peint ici


Grâce à toi Roger de la Pasture


La Descente de Croix par Roger de la Pasture.
Huile sur bois. 262 x 220 cm.1435. Musée du Prado. Madrid


La Descente de la Croix semble sans fin. 
Marie sa Mère descend dans les ténèbres avec Lui, son Fils.
Jean, Marie-Madeleine, Nicodème et les autres, comme un seul homme, semblent suspendus à cette descente comme nous qui les regardons. 

Nous chrétiens croyons qu'entre sa mort et sa Résurrection le Christ est descendu aux Enfers pour sauver l'humanité antérieure à sa venue en ce monde, l'humanité prisonnière de la mort, pour la ressusciter avec Lui.

Notre Rédemption s'accomplit par la Descente du Vivant en Personne jusqu'au plus profond de notre oubli de son Don, dans ce que nous appelons la mort, et où pourtant la Vie ne nous oublie jamais et vient sans cesse à notre rencontre pour renouveler son Don. 

En voulons-nous ? 


C'est ce temps suspendu à notre bon vouloir qui est peint ici.


C'est ainsi que l'art, par la grâce du Vivant Amour, peut ressusciter la vie.  


Illustration : La Descente de Croix par Roger de la Pasture. Huile sur bois. 262 x 220 cm.1435. Musée du Prado. Madrid
Texte : Robert Empain. 1988 revu 2016

vendredi 30 septembre 2016

Il faut se dépêcher si l’on veut encore voir quelque chose car les choses sont en train de disparaître...


Grâce à vous Paul Cézanne et Robert Campin


Extrait de Ad Imaginem Dei 1 L'oeuvre invisible

par Robert Empain


... Sur le chemin du Musée Granet, où j’espère voir quelques Cézanne, je songe à ce qu'il disait :  « Il faut se dépêcher si l’on veut encore voir quelque chose car les choses sont en train de disparaître.»  
Où les choses allaient-elles disparaître ? Dans les ténèbres du monde : images, idoles, simulacres, écrans... mais aussi de notre faculté de les voir apparaître.


Cézanne sur le motif

Les gens d’Aix n'ont rien vu de son génie, la Ville ne lui a jamais rien acheté. Résultat : aucun tableau de Cézanne n’est exposé ici. Il y a tout juste quelques aquarelles de la Sainte Victoire, mais qui ont été prêtées au Musée !
Dans le témoignage des rares admirateurs qui lui rendirent visite ici à Aix on  lit que lorsqu’il sortait de son atelier des Lauves, pour aller sur le motif, les gamins de rue lui jetaient des cailloux comme au fou du village. Pour ses Baigneuses aucune femme d'Aix ne voulut poser nue, il ne trouva que le facteur pour le faire. Ce sont les fesses musclées et démultipliées de ce brave postier que Cézanne expédie à la postérité. Petite victoire posthume de la peinture et de l’humour sur la stupidité. Une maigre compensation, le Musée Granet, qu’il sera impossible à tout jamais d’appeler Musée Cézanne, offre à l'amateur de fesses nues de caresser celles de Thetis, convenablement peintes par Ingres en 1811, dans une toile monumentale et mythologico-comique : Jupiter et Thetis.



Robert Campin. La Vierge en gloire entre saint Augustin 
et saint Pierre vénérée par un donateur. 1435


Mais, grâce au ciel, voici La Vierge en gloire entre saint Augustin et saint Pierre vénérée par un donateur, un petit panneau de 1435, une miniature à soulever les montagnes, peinte par mon vénérable ami, mon ancêtre, quasi homonyme, Maître de la Flémalle : Robert Campin.
La vision de la Vierge en gloire se produit dans un  jardin clos, retiré du monde, de ses leurres et de ses trafics : le jardin de l'âme. L'âme entre dans ce tableau à l'instant même où le tableau entre dans l'âme. Pour le vivant, qu'il soit croyant ou non, la Parole de Dieu opère sans cesse sans lui demander son avis puisqu'elle lui donne la vie à chaque seconde. Le croyant est celui qui s'en souvient, l'incroyant est celui qui l'oublie et qui en vient à oublier l'avoir oublié ! Seulement, la Parole de Dieu, à la différence de la parole humaine, fait ce qu'elle dit et dit ce qu'elle fait et cela d'un seul mot, d'un seul verbe : sois !  Un Verbe qui inclut tous les verbes et les conjugue à tous les temps et hors du temps. Or voici un peintre mystique, Robert Campin, si pénétré de la Parole divine que ses oeuvres opèrent comme elle, sa peinture fait ce qu'elle peint et peint ce qu'elle fait,  elle peint une vision, une apparition, et elle ouvre l'âme à la vision intérieure.
Le Maître, par souci de ceux qui ont l'âme aveuglée par les mirages du monde,  a parsemé cette opération spirituelle d'un trousseau de clefs symboliques...  Alors, pour t'évader de la nuit de ton oubli il n'y a qu'a suivre l'étoile Robert Campin. Regarde ! Dans son tableau il y a un trou, un trou dans le ciel. Ce trou ouvre le panneau, il troue le mur du monde, en même temps, il perce ton oeil. Il t'appelle. Il te dit approche, viens mon ami, c'est ouvert, c'est troué, viens voir une vision, une merveille, une naissance...  Alors tu y vas. Tu entres. Tu deviens l'homme vêtu de noir agenouillé à l'avant du tableau : le  donateur.  Comme lui, tu t'es donné et tu vas recevoir. Comme lui, tu cherchais la vérité, tu t'es éloigné de la ville splendide, qui n'est que l'oeuvre du Malin, et tu as atteint un petit jardin clos et retiré. Et là, tu es entré en toi même, et en toi même tu es tombé à genoux, tu as ouvert les mains et tu as appelé et tu as imploré saint Pierre de te donner la clef du Paradis, la clef de la vie éternelle. Saint Augustin, que tu n'as jamais prié, ne t'a pas oublié pourtant, il est venu aussi dans ton âme pour te rappeler où se trouve la clef que tu cherches : il te dit la clef est dans ton coeur. Pour t'aider à comprendre il a serré ton coeur dans sa main. Alors tu as ouvert ton coeur et d'un coup le ciel s'est ouvert aussi. Et Saint Pierre te dit vois et tu as vu la vision promise. La Vierge Marie et l'Enfant Jésus t'apparaissent maintenant dans une lumière si éblouissante que tu perçois à peine le trône céleste sur lequel ils sont assis. Ce que tu vois c'est le regard de la Vierge Marie qui traverse les yeux de ton âme et te dit maternellement : - Mon enfant, tu as oublié que connaître veut dire aimer, aimer la Source vivante de toute connaissance, de tout amour et de toute vie ; connaître c'est  reconnaître le Vivant et par Lui renaître à la Vie. A ces mots, elle anime doucement pour toi la rose rouge qu'elle tient dans sa main droite et tu comprends que cette rose est ton propre coeur. L'enfant Jésus qui est assis sur le genoux de sa Mère a vu ton émoi et éclate de rire comme ton petit frère. Si bien que toi aussi tu éclates de rire et tu comprends que cet enfant Jésus, ce nouveau né, ce Fils de Dieu, ce frère, c'est toi ! Alors te montent aux yeux des larmes de joie !
- Pssitt ! Une main me tapote l'épaule et me ramène aux réalités temporelles d'Aix-en-Provence : c'est l'heure de fermeture du Musée me dit un gardien qui n'a rien d'un ange.

À suivre...



Texte extrait de 1985. extrait de Ad Imaginem Dei 1 L'oeuvre invisible. Robert Empain, 
disponible sur Amazon et sur iTunes store et en version papier. 
 
Illustration : une image du tableau de Robert Campin. Rappel : les tableaux de cette espèce ne sont pas des images