mardi 22 août 2017

Comme la vie est belle Charlotte, comme la vie est bien faite Brice

Grâce à toi Bertrand Empain, mon frère

Ce blog depuis bientôt huit années rend grâce à des artistes, à des poètes, à des musiciens, à des cinéastes, à des penseurs, célèbres ou anonymes, passés ou présents, tous bien vivants, tous aimés de Dieu, tous capables, selon nous, par leurs oeuvres, de susciter et ressusciter la Vie et sa joie en ceux qui les rencontrent. Parmi eux, il y a les artistes qui agissent en secret, qui travaillent la vie même, ceux-là font de leurs couples et de leurs enfants des oeuvres de beauté et d'espérance. Parmi eux, il y a mon frère Bertrand et son épouse Marie-Claire et leurs trois enfants auxquels je rends grâce en ce jour alors que nous célébrions samedi dernier, 19 août 2017, le mariage religieux de leur fils Brice avec Charlotte et cela sous l'oeil de leur bébé Marceline. Un moment fort, touchant et très applaudi par la jeunesse rassemblée pour ce mariage, fut le discours du père du marié, mon frère Bertrand Empain qui m'a autorisé à le publier ici.
 


Mariage de Charlotte Delepierre et de Brice Empain, 
en présence de Marceline, le 19 août 2017, à Bruxelles

C’est avec plaisir que je m’adresse à vous tous. 
L’élégance et la beauté sont au rendez-vous. Vous êtes toutes et tous très beaux pour fêter Charlotte et Brice.  Même moi ce matin, devant le miroir, je me suis surpris moi-même…

Merci aux familles. Merci Koen, pour ton discours…  

Merci Robert, merci Saskia… 
Merci les amis d’être à nos côtés en la circonstance. 
Il y a des avions et des bateaux qui vous attendent mais même le ciel et la mer ne vous ont pas empêchés d’être là. Le charme de nos deux jeunes mariés a certainement joué.  Pour Marie-Claire et moi c’est un plaisir de vous avoir à nos côtés.
Donc, plaisir !

C’est avec bonheur et beaucoup de joie que je m’adresse à toi Charlotte, désormais épouse de Brice et donc l’élue de son cœur. Charlotte tu es plus belle encore que les autres jours. C’est magnifique !




Rencontrer l’homme de sa vie, c’est une longue attente, on y pense quand on est très très jeune alors que l’on ne sait pas encore qui sera choisi et un jour on croise quelqu’un et le flou intérieur devient net et on se parle à soi-même et on se dit ce sera lui..
Je ne te dirai pas  - que tout ce que je te dis aujourd’hui, je l’ai écrit, je l’ai puisé à l’encre des tes yeux - la tentation est forte - non, je laisse à Brice le soin d’écrire votre livre de VIE et il a déjà commencé avec toi à rédiger les premiers chapitres. Et tu as pensé et conçu celui de la petite Marceline qui marque déjà les esprits et les coeurs… Mais mais il reste encore tellement de pages…

C’est enfin une fierté et un devoir de m’adresser à mon fils, à notre fils Marie-Claire, en ce jour tellement symbolique et prometteur pour lui comme pour nous. Et sans vouloir en aucune façon vous prendre de votre éclairage, chers Mariés, j’aime rappeler que, pour nous parents, au bonheur de vous voir si heureux ensemble, s’ajoute le sentiment d’une importante étape de notre vie qui s’achève. Il y aurait comme un transfert de responsabilité qui définitivement s’est opéré ce jour. Trente et quelques années d’amour et d’attention autour de notre «Petit Bricou» cela marque…et cela ne s’oublie pas. Imaginez 34 années !

Brice, en te voyant là devant moi, ce n’est pas un seul Brice que je vois, que nous voyons maman et moi mais des dizaines de Brice.
Je te vois le jour de ta naissance quand les accoucheuses te prirent pour la première fois et je les vois rédiger ton premier bulletin de santé, tu étais déjà hors normes. Je te vois à l’âge de 1 an sur notre grand lit avec le couvre-lit en crochet avec la tête bien relevée, je te vois en Espagne dans le buggy le long des plages d’Ampurias, je te vois un soir de Noël où je t’avais habillé en petit jeune homme avec cravate et pantalon, je te vois en petit footballeur sur le terrain pentu de Buvrinnes, je te vois avec tes Rollers faire le fou avec Thibault, je te vois en montagnard sur les pentes du Puigmal en Pyrénées… je te vois en tournoi de Badmington, je te vois en guitariste solo dans une église avec 200 personnes qui t’écoute, je te vois dans ton kot à Louvain, je te vois un premier janvier arriver en larmes, à 7 heures du matin, parce que tu avais laissé la voiture accrochée à un arbre à 1 km de la maison, je te vois en Gille et fier de l’être, je te vois prenant la parole les dimanches gras et faire pleurer de rires l’assemblée toute acquise à ton talent. Je te vois sur les sommets crétois te moquer de ton père en lui disant : il y a de l’air… ! Bref Je pourrai pas faire tout l’historique de notre écrivain familial. Il a fait trop de…choses.

Et il a trop de talent aussi.

Et tu sais pourquoi nous te voyons si multiple maman et moi c’est parce que nous avons le meilleur Cloud (le meilleur disque dur) du monde. Tout est là, dans la boîte crânienne.
Aujourd’hui jour de ton mariage avec Charlotte, derrière tous tes pas nous regarderons et partagerons le bonheur qui est le tien mais nous verrons certainement quelques flash sur ta vie, si proche de nous, sur ta vie avec nous.

Alors Charlotte et Brice que vous dire encore en ce jour si important pour vous ?

Ne vous attendez pas à ce que je vous parle trop de mariage car et je vous le dis cela avec une réelle pointe d’humour (2x), je n’ai aucune expérience en cette matière (milieu professionnel - CV expériences) : je n’ai été marié qu’une fois ! A moins que cela ne soit la longévité qui m’y autoriserait ? Vous savez quoi ? Rien à voir ! Et pour tout vous dire une phrase m’a accompagné toute ma vie et je m’y tiens et pour que tout soit clair entre nous je vous la cite, voilà ma seule loi :  Il y a autant de bonheurs possibles que de couples qui se forment.

Tout ce que je vous dirai donc en ce jour, je vous le dis en homme inexpérimenté et en aucun cas en conseiller, en coach ou autre consultant. mais juste en papa…

Alors Charlotte et Brice que vous dire en ce jour si important pour vous ?

Deux choses simples  : comme la vie est belle et…. comme la vie est bien faite.

Si je devais faire très très court je m’arrêterais là. Clap de fin ! Vous seriez sans doute déçus. Je vais donc illustrer un peu.

Tout d’abord vous féliciter car vous venez de passer d’un univers à un autre (2x) ! De l’univers du JE et du TU à l’univers du NOUS !
Vous avez, du fait de cette union, ouvert les portes de tous les bonheurs possibles. Vous avez désormais votre unique LOI et vous vivrez donc en proximité avec celle-ci.
Cette belle liberté, cette capacité de choix…c’est ce qui fera le SENS DE VOTRE VIE.  Vous vous sentez forts, plein de vitalité, la tête remplie de projets et de l’amour à donner….
C’est normal et nous allons nous aussi en profiter.

Comme la vie est belle Charlotte et Brice

Nous tous, ici présents ce 19 août 2017, vous nous avez transformés, Charlotte et Brice (répéter 2x) en un coup de baguette magique en spectateurs émerveillés. Je dis bien spectateur car un couple heureux qui se reconnaît dans l’amour… défie le temps et défie l’espace, il se suffit à lui-même, il se réalise ! Bien sûr nous sommes tous là, à vos côtés, et il y aura fusion et rapprochement entre nous. Mais votre challenge est bien de VIVRE HEUREUX et de rendre HEUREUX.

Le rayonnement d’un couple heureux, d’un couple épanoui peut-être immensément porteur. On ne mesure pas à quel point.
Marie-Claire et moi nous nous sommes mariés très jeunes, et par respect pour Elle je vais faire une moyenne : à l’âge de 24 ans, alors que pour vous cela donne 31 ans et demi !

Je vais vous raconter une petite histoire… dans l’insouciance de notre bonheur à cette époque, si jeunes que nous étions, à 24 ans.

Anecdocte : histoire de Monsieur Lechien, au volley ball, un club de plus de cent membres etc… : la surprise de constater ce qui se cache derrière le regard silencieux des autres…

Comme la vie est belle Charlotte comme la vie est belle Brice… 

… savoir que l’on peut en étant tout simplement heureux aider et apporter à tant de gens du bonheur et de l’espérance. Dans la vie quotidenne, vous serez regardés, scrutés et même parfois analysés sans le savoir ; et parfois par des personnes avec lesquelles vous n’aurez même jamais eu de conversation. Et là aussi sans le savoir, vous leur apportez quelque chose…

Ce rayonnement il ne se programme pas, il se met en place naturellement grâce au bonheur nourri au quotidien. Et c’est beau. (Ce rayonnement à deux fonctionne aussi sans être mariés nécessairement bien entendu.)

Mais il y a aussi dans une vie à laisser place à la volonté.
Mais, vous savez, il y a deux types de volontés. La première c’est la volonté dont on dispose consciemment, tous les jours au quotidien (donner des exemples) et ensuite — faites l’effort d’introspection en essayant d’oublier un instant toutes ces volontés, je dirais, habituelles —
En vous il y a la volonté intérieure…comme ce quelque-chose qui VEUT en MOI quelque chose de plus fort :  une aspiration !
Réfléchissez un instant et rentrez un peu en vous - essayer de capter ce qui fait la différence entre ces deux notions de volonté. Rappelez-vous, dans votre vie, cela vous est déjà arrivé.

Je ne résiste pas à la joie de vous raconter une autre anecdocte : l'histoire de Pierre Ambroise Bosse athlète  français gagnant du 800 m —regardons  la vidéo de l’interview complète sur Youtube :



Ce « pourquoi pas moi », cette volonté de se projeter dans un avenir idéal et de constater ensuite que nous sommes capables de nous transcender. Cette intention de questionner ce vouloir qui est en vous. Ce vouloir que nous avons tous en nous Ce vouloir qui est notre force morale, notre force intérieure, notre force créatrice.

Dans ce monde de communication ou tout est pensé pour vous faire prendre une attitude, pour vous formater, je vous dirai donc ne soyez donc pas absents de vous mêmes (2x), vous avez tout reçu et comme dirait mon frère Robert qui adore ce mot, vous avez la Grâce.

Comme la vie est belle Charlotte comme la vie est belle Brice.

Avoir la Grâce c’est croire que tout est possible avec la force de l’âme.

Et enfin pour terminer sur le thème la vie est belle :

Quelle chance pour vous de vous marier en présence et donc en connaissance de gens aux compétences si diverses et appréciables. Il y a ici médecins, infirmières, avocats, pharmaciens, ingénieurs de toutes disciplines, artistes, infographistes,  journalistes, comptables etc… Et tant de nations sont ici représentées. La connaissance, la culture et l’ouverture au monde sont des composantes essentielles au bonheur.

Comme la vie est belle Charlotte comme la vie est belle Brice.

Je pourrais continuer sur le thème la vie est belle mais la nuit approche. Et le plat aussi

Alors, en second lieu, je vais vous vous parler de la vie qui est bien faite….

Comme la vie est bien faite Charlotte, comme la vie est bien faite Brice.

Pourquoi le jour de son mariage peut-il devenir le plus beau jour de sa vie ? Bien sûr, il y a la date symbolique construite autour de votre vécu, et vous seuls en connaissez tous les contours. Mais toutes ces personnes qui sont là autour de vous ont tous eux aussi leur histoire, leur vécu. Ils participent de votre bonheur mais ils se situent eux-mêmes aujourd’hui par rapport à celui-ci. Certains ne sont pas mariés et n’ont peut-être pas encore eu la chance de trouver le bonheur. D’autres sont jeunes mariés et se rappellent, enthousiastes qu’ils sont, de ce cette belle journée encore si proche et enfin tous les autres, qui, grâce à vous, se rappellent les années écoulées et revivent, tout en fêtant votre bonheur, leur chemin parcouru. Et il faut parler de tous ceux qui ont perdu un conjoint et qui en ce jour retrouve toute sa présence dans leur esprit.

Et tout cela cela donne quoi ?
Cela donne la FERVEUR qui vous entoure aujourd’hui. Et l’addition de toutes ces ferveurs fait de ce jour un très beau jour de la vie pour vous comme pour nous.

Comme la vie est bien faite Charlotte comme la vie est bien faite Brice.

Il y a dans la salle deux personnes que nous nous devons de saluer et de féliciter, ce sont nos deux sages du jour : Gilbert et Marie-Jeanne.
Sans eux cette journée n’aurait pas eu lieu. Marie-Jeanne, Gilbert, merci de pour ce beau moment et de manière très solennelle Mamy je voulais vraiment te dire aujourd’hui merci de m’avoir confié ta fille Marie Claire… On peut les applaudir, Marie-Jeanne et Gilbert…..

« Et maintenant je vous demande de vous arrêter un instant ! »
(Vous connaissez cette phrase d’un homme politique en déconfiture électorale) Oui, là je voudrais, et cela n’a rien avoir avec les élections, arrêter un peu le temps. Je vais demander à Charlotte, je vais demander à Brice de se déplacer et de se diriger vers Véronique et vers Marie-Claire et, tout en se déplaçant vers ces deux mamans exceptionnelles, de s’imprégner en ce court instant des trente et quelques années d’amour et d’attentions multiples qu’elles ont eues pour vous !

Ce simple geste suffira pour qu’elles se sentent récompensées et que ce jour soit pour elles aussi un des plus beaux jours de leur vie. Quant à nous, les papas (regard vers Koen), quand les enfants sont bien et les mamans heureuses tout va bien.

Comme la vie est bien faite Charlotte comme la vie est bien faite Brice.
… Approche des mariés près des mamans

J’arrive à la fin de mon intervention, mais je voudrais dire encore deux choses voire trois…

Evoquer une philosophie qui a toujours été la mienne et que je propose à Brice pour sa charmante épouse : dire à Marie-Claire : Marie-Claire, je te dois tout. Tout ce que j’ai pu faire de bon dans ma vie je te le dois.
Nous avons connu comme vous, Charlotte et Brice, tous ces moments passionnés et plein de projets. Bientôt nous allons faire le programme pour la suite, et il y aura encore du boulot - Grand-père et Grand-mère trois fois cela va meubler pas mal et notre amour est intact.

— Marie-Claire, je te dois tout !

Et, deuxième élément tout à l’attention de nos deux amoureux du jour.

Je dis régulièrement une petite phrase à Marie-Claire dans la vie au quotidien, cela peut arriver quand elle fait la cuisine ou quand elle lit ou que l’on se promène, peu importe, cela n’est pas vraiment programmé, cela n’est pas dans le calcul d’aucune sorte, c’est spontané et je lui dis :
— Marie-Claire, tu es belle comme à 18 ans !Alors vous savez ce qu’elle fait ? Elle hausse les épaules.
Alors, qu’est ce je fais, moi ? J’insiste et lui dis :
— Mais si, si, tu es belle comme à 18 ans.
Alors qu’est ce qu’elle me dit…. :
— Faut pas exagérer.

Et puis on passe à autre chose, on est dans la vie quotidienne, et cette inspiration me vient à certains moments. Mais,
à ce moment-là, durant ces petites scènettes, Marie-Claire ne cherche pas à comprendre. Faut dire que quand elle est occupée, faut pas trop la déranger. Elle peut comprendre bien entendu mais ce que je veux dire c’est qu’au-delà de mes 65 ans je retrouve souvent en regardant Marie-Claire ce qui m’a toujours séduit en elle dès la première heure, le premier rendez-vous, cela peut-être son regard, sa silhouette, son sourire, sa voix ou tout en même temps.

Vous me direz oui mais cela c’est de l’ordre de la beauté extérieure.
Oui c’est vrai. Mais souvent la beauté visible est à l’image de ce qu’il y a à l’intérieur. Et donc, Charlotte et Brice, voyez l’évocation : l’amour c’est pour longtemps, c’est inaltérable et pourquoi pas... éternel !

Je précise que si je suis bien obligé de parler de nous, je suis certain que cela arrive à tous les couples qui s’aiment ici et ailleurs, sinon je n’en aurais pas parlé !

Comme la vie est bien faite Charlotte comme la vie est bien faite Brice.

Je termine donc en vous disant Brice et Charlotte
 

Que la Beauté vous accompagne durant toute votre vie.

Que la beauté vous accompagne durant toute votre vie.

A votre santé !

Texte :  Bertrand Empain 
Photograhies : Robert Empain

jeudi 10 août 2017

Tout comme le jour naît de la nuit


Grâce à toi George Frideric Handel

Extrait de Ad Imaginen Dei 1 L'oeuvre invisible 

par Robert Empain
 



Pages 22 à 32 

Venise, opéra en plein air
Embarquement avec Jade pour l’île San Giorgio Maggiore où nous allons voir ce soir un oratorio de Haendel sur un livret de Milton : l’Allegro, il Penseroso ed il Moderato...

Traversée de la lagune
Cette ville soulève une ample respiration voyageuse, une sorte de panache conquérant, un contagieux désir de voiles et d’intelligence fluide…
- Quelques semaines de navigation solitaire dans cette vaste œuvre d’art vivante, dis-je, devrait valoir quelques années de galère sur un divan. Ici, les névroses pourraient bien prendre un peu de large et les corps se dénouer pour de bon. Non ? 
- Mauvais pour les affaires, chut ! Pas un mot, dit Jade, rire au vent. L’Île s’appelait l’Ile des cyprès, poursuit-elle. Au quatorzième siècle, des Bénédictins y fondent un monastère où ils accumulent des trésors : bibliothèque, objets d’art, tableaux fabuleux. Mais ensuite tout est dispersé. Depuis une trentaine d’années, la Fondazione Giorgio Cini rassemble les ouvrages dispersés, organise des expositions, des congrès, des concerts de haut vol. Le lieu est devenu un haut lieu de la pensée...
- Bigre, me voilà prévenu !

Nous approchons de l’île. Des embarcations de toutes sortes strient de raies blanches et violettes la vaste poche verte utérine de la lagune. Autant de coup de couteaux  dans un vaste Fontana liquide.
- Songe aux millions de voyages, de traversées en tous sens qu’a connus cette lagune depuis des siècles, dis-je. Imagine une Nativité flottant vers San Giorgio, une Assomption mettant le cap sur la Salute, une Annonciation levant la voile sur les Giardini, la Tempête de Giorgione voguant sur une mer houleuse, le Chimpanzé de Bacon se dandinant avec son cercueil sur une gondole vers le cimetière San Michèle, les Chevaux d’or de la basilique remontant le Canal Grande à la nage... Bref, toute cette ville navire larguant les amarres pour Naples, Barcelone, Bordeaux, la Chine...l’Amérique… Non ! Oublie l’Amérique… ils en feraient une sorte de Gondoland ridicule !
- Par contre, dit Jade, je verrais bien pour la Biennale de Venise ta flottille de chefs-d’œuvre reconstituée, tous ces tableaux naviguant, ces sculptures prenant la mer, voguant en tous sens d’une île à l’autre.
Nous accostons sur l’île San Giorgio. Vue imprenable sur le Musée Armada et sur la flottille de chefs-d’œuvres dores et déjà réalisée par des générations de Doges, sages commissaires d'expositions d’avant-garde et avant l’heure.

Sur le large ponton de l’esplanade l’église San Giorgio offre sa façade au vent du large, une grand-voile tendue aux navigateurs de l’âme.

L’intérieur est une vaste épure de pierre qui renvoie en échos le chuchotement de nos voix... 
- Ce lieu, dis-je, est tout entier construit pour que le moindre regard, le moindre soupir s'élèvent vers le divin. Imagine comment doivent résonner ici les musiques de Monteverdi ou de Vivaldi...

Tout imprégnés de cette beauté céleste, nous marchons d'un pas léger sur le chemin du Théâtre de verdure, situé à l’intérieur de l'île.
- Autrefois, avant la Renaissance, dans les cathédrales, les églises, les chapelles, sculptures, fresques, peintures, musiques, bref, tous ces les chef-d’œuvres de l'art chrétien, étaient des actes de foi. Des actes qui ne se voulaient pas des œuvres d'art au sens où nous l’entendons, mais des intermédiaires entre l'humain et le divin, des porteurs de la Bonne Nouvelle, des media spirituels pourrait-on dire ! Seulement, à la différence de nos média modernes, ces media spirituels ne cherchent pas à distraire, ni à vendre quoi que ce soit, ni à faire de l'art pour l'art, ni à entrer dans l’histoire, ils visent plus haut et au plus profond, ils veulent nous élever et nous relier au plus intime de nous-mêmes, dans l’invisible, dans le mystère même du christianisme, qui est celui de l’Incarnation de la Vie en l’homme. Ce que nous appelons encore art sacré est fait de choses humbles ou merveilleuses créées par des hommes inspirés par l’Esprit, des hommes qui ne prétendaient même pas être les auteurs de ces œuvres admirables qui n’étaient pour eux que les reflets de la création divine, cherchant la ressemblance de Dieu. Ces œuvres sont religieuses car elles nous relient au secret qui est en nous : l’Esprit de Dieu. Comment ? Je l’ignore et c’est un mystère, celui de l’art justement, au sens d’un savoir-faire maîtrisé du dehors et abandonné au-dedans au Souffle de l’Esprit. Pourtant, cela semble si simple quand on écoute la musique de Bach ou de Mozart, ou que l’on regarde ici les tableaux à l'Académia : car c'est en nous faisant jouir que ces œuvres parviennent à agir sur nos vies. Jouir oui, dans le sens d’ éprouver la joie, la jouissance l'élan, l'ivresse et la peine et la douleur de vivre. Car c’est un miracle d'éprouver tout ce que nous éprouvons, un miracle, un don, une grâce que nous recevons d'un Dieu qui est la vie même et qui nous la donne en vue d’une vie éternelle.
- Tu es un vrai fervent, me dit Jade. Et je pense comme toi que l'art chrétien cherchait et parvient à faire palpiter dans la matière le mystère de l'incarnation et cela sans doute pour nous ouvrir à une jouissance perdue. D’ailleurs, ceux qui pensent que le christianisme condamne la jouissance et la joie de vivre dans un corps se trompent du tout au tout, ils feraient bien de faire un stage prolongé en Italie où ils prendraient des leçons de jouissance et d'incarnation du Verbe dans les corps !
- Oui, tant que l’on n’a pas vécu cette joie on ne peut rien en savoir et ce n'est pas les guides et les livres d’histoire qui aideront...
- C'est un abîme en effet qui sépare de telles œuvres, théophaniques, des œuvres à très faible intensité de l'art et des media d'aujourd'hui...

Dans le crépuscule, au-delà de San Giorgio, dix mille oiseaux noirs rassemblent leur vols et dessinent pour nous dans le bleu pâle orangé et nacré du ciel des flux, une ample nuée dansée absolument théophanique que nous contemplons en silence.

Nous pressons notre marche et Jade relance notre conversation.
- Notre civilisation occidentale est tellement imbue de ses progrès et de ses certitudes qu’elle ne croit plus qu'aux savoirs objectifs qu'elle produit. Persuadée de sa supériorité sur les civilisations traditionnelles, elle a totalement oublié que la psyché humaine, l’âme, est animée par un désir qui dépasse de beaucoup la puissance de ce monde. Ce Désir, tu peux l’appeler Dieu, Esprit, Verbe, Eros, Volonté, Dyonisos, Etre, Principe, Energie, ou encore Vie sans te tromper, moi je  l’appelle Désir, le Désir infini qui est la Réalité invisible, ou le Réel, voici encore deux noms possibles, en acte en toutes réalités. La pensée rationnelle, qui croit tout expliquer, tout maîtriser, tout prouver, ne cesse d’oublier et de nier ce Désir initial, cette Réalité première qui échappent à ses méthodes objectives. La science écartant le Désir qui anime l'âme, car elle ne peut le réduire à ses calculs, en oublie du même coup les affects, les émotions, les sensations, les sentiments, les passions, qui constituent le fond réel de la nature humaine ; un fond qui, par sa nature même, échappera toujours à la pensée rationnelle. Notre drame est celui d’un monde objectiviste qui nie l'essence de l'homme alors que les âmes continuent de vivre malgré cette négation ! Je veux dire que lorsque la psyché humaine est oubliée, refoulée, niée, elle subit les violences qui lui sont faites sans cesse dans ce monde, elle en souffre et se meurt de ne pas s'accomplir comme l'exigerait le Désir infini qui l’anime.
Quand la souffrance psychique devient trop forte, intolérable, les gens peuvent réagir de manières diverses qui varient selon les personnes. La psyché peut chercher à fuir sa souffrance en atténuant, en supprimant la cause externe, en répondant à l’agression par l’agression ou encore en fuyant ; elle peut aussi supprimer sa souffrance en se supprimant elle-même, lentement ou définitivement, par les drogues douces ou dures, par des addictions, des destructions de toutes sortes et finalement par le suicide. Ce désir d’auto-destruction de la psyché provient d’une souffrance intolérable que la vie refuse de vivre, la psyché ne voyant plus de possibilité de s’accomplir et de s’épanouir. Les dépressions, les psychoses, les suicides sont de plus en plus fréquents, surtout chez les jeunes, face aux conditions hostiles, absurdes, inhumaines, insensées, invivables qui leur sont imposés par le monde moderne.
Mais, je le disais, la psyché peut aussi réagir à cette souffrance  contre cette violence extérieure par une violence retournée vers le monde et la société. Ce sont alors les rébellions, les révoltes, les révolutions, les terreurs, les guerres effroyables que l’on voit se multiplier... 
Mais le Désir qui anime la psyché humaine peut aussi chercher à changer le monde qui l'opprime pour rétablir un milieu plus favorable à sa croissance. Certains cherchent à rétablir le monde ancien qu’ils imaginent meilleur, ou au contraire à en créer un nouveau. Nous voyons ainsi le retour des croyances, des religions, des intégrismes, des superstitions, des nostalgies et, d’un autre côté, la montée des idéologies, de l'engagement politique, les actions caritatives, écologiques, artistiques... Les deux tendances pouvant se mêler ou s’affronter. Mais les vivants peuvent encore choisir une autre voie, que tu sembles préférer : la sauvegarde de leur vie intérieure par le retrait, l’exil volontaire du monde, qui laisse de l’espace et du temps pour approfondir une vraie vie spirituelle. C’est le retour de l'ascèse, de la vie monastique ou du moins d’un désir de vie contemplative, que l’on voit revenir...
- Tu me peins là, dis-je, une fresque de la condition humaine et de sa tragédie à partir de l'énergie vitale et de la loi qui l’anime :  le Désir infini de la vie en nous. Tu parles en jungienne mais aussi en chrétienne, il me semble, car la Vie pour un chrétien comme moi vient de Dieu, elle est même le Nom que se donne le Christ dans une Parole célèbre : « Je suis le chemin, la vérité et la vie.» La Vie est donc en vérité le nom du Désir vital ou de la libido, dont tu parles en psychanalyse. Elle est le Don premier, miraculeux et constant que nous oublions comme nous oublions l’air que nous respirons ou la lumière par laquelle nous voyons, et qui est le fond véritable de l’inconscient qu’explore la psychanalyse. 
- Oui mon ami, les hommes de notre époque scientiste et matérialiste se sont coupés comme jamais de ce que nous avons pris l’habitude d’appeler avec Freud et Jung, les pulsions, les affects, la libido et l’inconscient, mais qui en son fond est, en effet, la vie mystérieuse, sinon divine, dont nous vivons en l’oubliant, et comme tu dis, sans plus la recevoir comme le Don initial ou une grâce que les humains ne savent plus ni reconnaître, ni développer...

Mais nous approchons du Théâtre de verdure. Le concert commencera à la tombée de la nuit. Au loin, le soleil vient de passer l’horizon et met la mer en feu. Les arbres peignent tout seul un Cézanne sur la toile vivante du ciel, et le lien secret qui unit les choses et des êtres nous enlace invisiblement.

- Parmi les options de survie que tu proposes, dis-je, je choisirais volontiers une vie contemplative en ta compagnie sur une île paradisiaque comme celle-ci. Non ? Tu n’en veux pas ! Tu préfères passer ta vie à réparer les âmes déglinguées par ce monde inhumain ? Quel dommage.
- À chacun sa vocation, moi psy et sainte et toi artiste et moine !  Car tu te verrais bien en moine... non ?
- Sainte Jade, tu vois clair dans les âmes. Je te l’avoue, j’ai songé à devenir prêtre vers mes douze ans, mais, à cet âge, ayant vu de près la détresse sexuelle de certains prêtres, j’ai renoncé.
Ne me sentant pas capable de tenir le vœu de chasteté, je n’ai plus écouté que ma vocation d’artiste. Mais j’aurais aimé être un peintre itinérant au Moyen Age et faire des fresques dans les églises et les couvents comme Giotto, Roublev, Ucello ou Fra Angelico et comme tant d’autres artistes de Dieu qui sont restés anonymes...
- Ne crois pas qu’il était plus simple d’être artiste à ces époques là...
- C’est vrai, leurs œuvres me touchent et me rendent nostalgique de leurs temps. Mais ces hommes sont d’autant plus admirables de les avoir faites dans des conditions pareilles… celles que Tarkovsky nous montre dans son film admirable sur la vie d’Andreï Roublev, par exemple. Mais, aujourd’hui l’artiste est piégé dans une série de paradoxes inextricables. Par exemple, à quoi bon créer des œuvres nouvelles si c'est pour alimenter en produits spéculatifs le marché de l'art ? Ou encore, comment changer un système où s’acoquinent artistes, historiens, conservateurs de musées, marchands, collectionneurs, et politiciens sans jamais y entrer ? Comment critiquer, modifier, les media sans s’en servir ? Et ainsi de suite des impasses et des paradoxes...
- Tu sais, ces paradoxes ont toujours existé dans le passé car ils sont ceux de la condition humaine... Notre discussion précédente me faisais penser à la Genèse et à la première question que Dieu pose à Adam alors qu’il se cache après avoir cédé avec Eve à la séduction du Serpent : Où es-tu ? Avec Jung on peut interpréter cette question dans le sens de Où vis-tu ? Vis-tu dans le monde, vis tu par toi-même, ou vis-tu dans et par moi qui suis ton Dieu qui suis la Vie ? Les deux répondras-tu ! C’est vrai, mais en apparence seulement et c’est là tout le drame de notre condition, la vie n'est pas donnée par le monde ni vécue en lui - les mères le savent bien - elle est donnée par le Désir infini, elle est vécue en nous, dans nos âmes inconscientes... 
- Je le crois profondément Jade. Le Christ nous le dira : le Royaume de Dieu est au-dedans de vous et ce Royaume est la Vie éternelle !
- Goethe avait compris cette dualité paradoxale,  il écrit : « tout ce qui est extérieur est aussi intérieur » Cette pensée a marqué Jung et quelques autres avant lui, Shopenhauer et Nietzsche par exemple.
- Le Christianisme enseigne que la vie n’est pas de ce monde, qu’elle est tout intérieure, qu’elle s’incarne en chaque homme par le Fils Jésus engendré par le Père... Mais l’Eglise a produit un Dieu inaccessible aux communs des mortels, un Dieu plus propice à son rôle et à sa rente d’intermédiaire exclusif...   
- Tu sais, Jung a insisté tant qu’il a pu sur tout cela. Il écrit par exemple ceci, resté inouï comme beaucoup de ses propos : « La vie est antérieure à la conscience, elle est un a priori à tout expérience inconsciente, car comment du psychique pourrait-il naître à l'extérieur d'un vivant, là où il n'y a aucune vie ? »
- C’est imparable ! Mais Freud y est resté sourd.
- Comme beaucoup ! Jung ajoute que la vie humaine est appelée et questionnée par un Désir infini. Chaque homme se doit de répondre à ce Désir, et, s’il ne lui donne sa propre réponse, il ne pourra adopter que la réponse que lui propose le monde. Celle d’Aristote par exemple qui lui dira qu’il est un animal rationnel parlant. Celle des variantes modernes de cette idée grecque, qui lui diront qu’il est un sujet ou un objet de pensée ou de sciences, ou un objet de désir sexuel, ou encore une force de production...
- Et plus récemment, qu’il est un consommateur et un spectateur...
- Contre toutes ces réductions, Jung affirme avec toute la Tradition que chaque homme a un destin singulier et libre, qu’il est appelé par le Désir infini qui le pousse à devenir l’être unique qu'il est : un Soi !
- Parmi les humains, il y a fort heureusement des poètes, des artistes, des mystiques et des hommes libres, qui ne suivent pas les injonctions du monde mais qui écoutent leurs vocations. Je dois à ma mère et à mes professeurs d’avoir éveillé dans mon enfance un sens élevé de la vie humaine qui dit que chaque personne est voulue par Dieu, comme une personne unique, irremplaçable qu’elle est et qu’elle a à  devenir...
Mais j’y pensais tout à l’heure en t’écoutant, Jade : Kandinsky, dit la même chose que Goethe et que Jung  : l’artiste, au mépris du monde, doit seulement écouter sa nécessité intérieure, la voix qui parle en lui, dans son âme. Avec les mêmes mots que Goethe, il commence son livre Du Spirituel dans l’art en disant que toutes les choses qui apparaissent dans le monde ont une double réalité, à la fois extérieure et intérieure, visible et invisible. Fidèle à la mystique orthodoxe russe, à la tradition des peintres d’icônes, Kandinsky ressent au fond de lui l’action invisible du visible. Les formes, les lignes, les couleurs, les sons, les rythmes et leurs rapports infinis, il les décrit comme des phénomènes doubles, visibles et invisibles, qui sont des vibrations spirituelles qui touchent l’âme et nous font éprouver des émotions et des sentiments correspondants. Avec Kandinsky, la peinture et les autres arts sont rétablis dans l’intériorité et redeviennent des créations de l'âme destinée à l’âme, des médiations de l’invisible. L’art redevient spirituel avec Kandinsky car c’est l'Esprit créateur, qui n’est autre que le Désir infini dont parle Jung, qui œuvre en tout et en chacun, dans le cosmos, l’artiste et le regardeur. Kandisnky redécouvre ainsi ce que l'on savait déjà au Moyen Age et que l'on avait oublié à la Renaissance : l'art est  spirituel ou idolâtre ! Et là est sans cesse le choix à faire.
- Tu n’insisteras jamais assez la dessus, dit Jade : une œuvre d'art ne peut être une œuvre que si nous l’éprouvons, la vivons. Si nous la regardons comme un objet, un objet d’histoire, de collection ou de prestige social, nous la tuons. Si nous la regardons avec Platon comme une copie du visible nous en faisons un fétiche, une idole qui nous tient en arrêt.
- Tu connais la phrase de Marcel Duchamp « l'art est dans l'œil de celui qui regarde » qui ne dit rien d’autre au fond que Kandinsky et les peintres d’icônes
- Sauf qu’il s’attribuait par là le pouvoir de décréter ce qui est de l’art ou pas, jetant la confusion dans les esprits...
- Il me semble pourtant que Duchamp et Kandinsky ont répondu chacun à leur manière au paradoxe de l'artiste et du monde. Au fond, Kandisnky le chrétien espérait restaurer un art spirituel qui aurait pu sauver le monde et accomplir dans l’histoire l’œuvre de l’Esprit. Il fut repoussé de Moscou à Berlin et de Berlin à Paris par les forces du néant que l’on sait, révolutions et guerres atroces. Son art n’a pas sauvé le monde mais son âme et ses œuvres peuvent encore en sauver beaucoup... Marcel Duchamp était un athée dégoûté par la monstruosité de la première guerre mondiale. Il a vomi les bourgeois et les pouvoirs responsables du carnage de la guerre de quatorze-dix-huit. Des gens dont il aurait eu à dépendre comme artiste. Il a préféré fuir aux États-Unis où il a choisi une posture de français dandy génial, qui consiste essentiellement à se moquer du monde entier tout en faisant de sa vie une œuvre d'art et une partie d’échec. Tous deux restent largement incompris... Mais leurs questions et leurs réponses demeurent posées...
- Mais que faire aujourd’hui, en 1981, poursuit Jade, sinon et comme toujours l’unique chose qui vaille : devenir soi-même ? Car de toutes façons, si la dérision façon Duchamp a pu paraître salutaire un moment, tu vois bien qu’elle n’a pas été comprise puisqu’elle a conduit au désenchantement, à la perversion et au nihilisme actuels de l’art. Elle est devenue la posture académique des artistes officiels qui, sauf exceptions, se moquent de l'art dans les lieux mêmes qui sont censés l’offrir à tous, tout en s’en servant à leur propres fins. Les dés sont bel et bien pipés dans cette partie d’échec ouverte par Duchamp et personne ne peut plus rien tirer de sensé de ces contorsions perverses. Par ailleurs, il est devenu impossible d’espérer avec Kandinsky que l'art spirituel puissent sauver le monde !
- Alors, oui Jade, c’est à la création de Soi qu’il faut œuvrer. Il faut inventer un art de vivre hors système, chercher en soi, aller vers Soi, au singulier, non dans l’isolement mais en affinité élective, comme dirait Goethe, avec nos semblables. Cet art de vivre cherche à créer et à se créer d’un même geste, j’ai commencé à  l’éprouver ici à Venise, par le mode de vie joyeux, fluide et spirituel, dans tous les sens du mot, que cette ville induit, incarne et enseigne. Cet art de vivre, cet art total, présent dans cette ville et ses habitants, comme il l’est pour moi dans la peinture d'avant la Renaissance, d'avant la camera obscura, l’art d'avant le regard objectif et mortel dont nous avons parlé. Car c’est ce regard exclusivement objectif qui a détruit la vision intérieure et qui est en train de tuer l'homme en le jetant hors de lui et en tuant sa joie de vivre. Ce regard a trouvé son pouvoir maximum de contrôle et de manipulation avec l’œil unique du cyclope planétaire dont le gros Œil glauque est toujours allumé...
- La télévision ? 
- Et oui, la T'es-laid-vision, comme je la nomme !
- L'art contre la télévision, c’est une bataille perdue d'avance, si tu veux mon avis. Il vaudrait mieux faire de la télévision un art ! 
- Mais, Jade, l’art contre la télévision existe déjà, c’est l’art véritable, présent partout dans les musées et ailleurs, à condition bien sûr de le voir et de le donner à voir, et pourquoi pas à la télévision. Quant à l’art de la télévision il reste à inventer. La question est toujours celle du regard, de l’ouverture du regard, celle aussi de l’attitude des créateurs d’images et des artistes. Il serait vain de peindre aujourd’hui pour ou contre la télévision, comme de peindre ou d’écrire pour ou contre la postérité, pour ou contre les musées, pour ou contre l'histoire, pour ou contre le marché, pour ou contre quoi ou qui que ce soit ! Nous l’avons dit, il s’agit pour chacun de lutter contre ses chimères, de vivre selon sa nécessité intérieure, d’être, comme le prescrivent Kandinsky et Duchamp, chacun à leurs façons, fidèle à soi.
- Oui, mais encore de devenir Soi ! Va mon ami, ton chemin est tracé, tu es jeune,  plein de vie et de foi. Tu as trente et un ans, c’est ça ?
- Trente-deux, depuis quelques jours. Je devais retrouver le chemin, celui de ma joie de vivre, et grâce à toi, Jade, je le vois plus clairement.
- Retrouver la joie de vivre, voilà le programme...  


 
George Frideric Handel 'As Steals the Morn'
from L'Allegro, il Penseroso ed il Moderato (HWV 55), 1740
Kate Royal, Ian Bostridge.
Freiburg Baroque Orchestra, & Orchestra of the Age of Enlightenment.


Mais, les violons s’accordent au loin. La musique s’élève, les voix se mêlent : Händel ! : « Ils passeront leur courte vie à s’éloigner de leur fin en gaieté folle et en jeux puérils en danse et tapage, jour et nuit ; ou par contre, ressemblant à des statues inanimées, toujours pensifs, se lamentant et rêvant. Chaque acte tirera une grâce nouvelle de la mesure du temps et du lieu ;  jusqu’à ce que la vie fasse monter le bel édifice de la modération aux cieux... »
Et ensuite, une sublime spirale colorée de volutes vocales vers la limpidité : « Tout comme le jour naît de la nuit, en effaçant les ombres fallacieuses, la raison grandissante chasse les vapeurs qui encombrait l’esprit en révélant la lumière de l’intelligence. »
Et ainsi de suite...

À la fin, la musique a fait son œuvre, elle a modifié le temps du monde et reconduit les vies à leur Source. Nous ne regardons en silence, nous avons des larmes plein les yeux, des larmes de joie.

Texte extrait de Ad Imaginen Dei 1 L'oeuvre invisible, par Robert Empain
 

dimanche 6 août 2017

« Écoutez-le »

Grâce à toi Seigneur Jésus
Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants et d’une telle blancheur que personne sur la terre ne peut blanchir ainsi. Élie et Moïse leur apparurent ; ils s’entretenaient avec Jésus. Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici. Faisons trois abris : un pour toi, un pour Moïse et un pour Élie. » Il ne savait que dire, car ils étaient effrayés. Une nuée vint les couvrir, et de la nuée sortit une voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Aussitôt les disciples regardèrent tout autour et ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. Évangile selon Marc 9:2-8

Mosaïque byzantine de la Transfiguration - Monastère Sainte Catherine au Sinaï


Frères, il nous arrive, à nous chrétiens, d’être interpellés par nos contemporains agnostiques ou ayant perdu la foi sur l’utilité et le caractère pratique du message du Christ.

Certains d’entre nous sommes en effet tentés d’intellectualiser un peu trop notre foi, ou encore de la socialiser à outrance, au détriment de la dimension proprement sotériologique. Je ne dis pas qu’il ne faille pas impliquer notre intellect lorsque nous scrutons la Parole du Christ. Au contraire, notre foi serait vaine si elle n’avait l’adhésion intégrale de notre raison. Ce que je veux dire, c’est que nous ne pouvons réduire le christianisme à une théologie abstraite, de même qu’il ne peut être considéré comme le signe d’une identité particulière. 


Prière de Dieu prière de l'Homme. Robert Empain, 2005

 La foi chrétienne est tout à fait concrète et, si j’ose dire, pragmatique. Ou plutôt, elle est essentielle, puisqu’elle nous touche au plus profond de notre nature, elle transfigure notre être tout entier. Aujourd’hui, lorsque nous célébrons la Transfiguration de Jésus-Christ, c’est le moment de nous en rappeler.

La Transfiguration. XVe siècle.
Je vais dire une chose un peu écrue, en vous demandant de me pardonner cette façon de parler, mais si la Transfiguration du Christ ne concernait que lui, notre Seigneur et Sauveur, nos contemporains agnostiques auraient eu raison de se moquer de nous et du caractère purement abstrait et intellectuel de notre foi. Mais nous, croyants, nous savons fermement que la Transfiguration de Jésus ne concerne pas lui seul, le Verbe devenu chair, le Fils de Dieu devenu Fils de l’homme. Elle est l’icône de notre propre transfiguration qui est rendue possible non par nos mérites, mais par l’incarnation de Dieu. D’ailleurs, tout ce qui est accompli par le Christ est une figure de ce qui doit nous arriver : sa mort, sa résurrection, son ascension et, bien sûr, sa transfiguration. Le Seigneur Jésus est le premier-né d’entre les morts, il nous précède dans le Royaume de Dieu, il a la primauté de tout en toute chose, comme notre guide, les Prémices de l’humanité tout entière. 


La Transfiguration. Fra Anfélico. Couvent San Marco. Florence


Ainsi, frères, célébrer la Transfiguration de Jésus-Christ, ce n’est pas commémorer un événement passé, sans lien immédiat avec le présent. Célébrer la Transfiguration du Seigneur, c’est d’abord contempler l’union parfaite et indissoluble de la divinité et de l’humanité dans l’unique Christ, c’est aussi découvrir, avec une fascination pleine de gratitude filiale, la gloire incroyable que Dieu a réservée à ses saints, à ceux qui, dans le Christ, deviennent ses fils. C’est de voir combien grand est l’amour de Dieu pour nous, combien merveilleux est le dessein salutaire de la Trinité qui cherche irrévocablement à conduire l’humanité vers sa propre sainteté et béatitude. Dieu n’abandonne pas son image. Et quand cette dernière s’éloigne de lui et se défigure dans le mal et le péché, le Créateur lui-même descend, l’assume et la transfigure au contact avec sa divinité toute pure. L’humanité tout entière est transfigurée dans le Christ Jésus qui montre cette gloire afin que nous n’ayons plus jamais d’autre désir que celui de l’union extraordinaire, mais réelle, vraie, avec la Source de la vie. La lumière divine dans l’humanité assumée du Seigneur nous est révélée pour que nous n’ayons d’autre désir, comme Pierre, que de demeurer éternellement sur la Montagne avec notre Sauveur.

Texte : Séminaire Russe Homélie pour la fête de la Transfiguration du Seigneur 2012


vendredi 16 juin 2017

Without a woman or a girl, he's lost in the wilderness


 Grâce à toi James Brown

 La chanson de James Brown This is a man's world, créée en 1966, est devenue l'une des plus belles chansons de tous les temps. Elle était la chanson préférée de mon frère Michel qui avait vingt ans cette année là et qui devait mourir tragiquement trois années plus tard dans un accident de train le 25 mars 1969. Michel était un enfant très intelligent, très sensible et très fragile depuis sa naissance difficile une nuit glaciale de 1946 et un accident de balançoire qui le frappa à la tête et le laissa pour mort sur l'herbe d'une guinguette à l'âge de trois ans. Il revint à la vie et à la santé grâce à ce que nos parents ont considéré comme une intercession de Notre-Dame des Sept Douleurs qu'ils avaient ardemment priée pour sa guérison. Cette chanson, Michel l'écoutait en boucle sur son petit pick-up. Il me la fit écouter religieusement en murmurant ses paroles qu'il connaissait par coeur et qui exprimaient pour lui  la vérité de ce monde d'hommes où les femmes et les enfants comme lui, doux et fragiles, sont dominés par les forts, les brutaux, les mâles dominants qui s'imaginent ainsi stupidement être davantage hommes que les autres...
         




This is a man's world, this is a man's world

But it wouldn't be nothing, nothing without a woman or a girl

You see, man made the cars to take us over the road

Man made the train to carry the heavy load


Man made electric light to take us out of the dark


Man made the boat for the water, like Noah made the ark

This is a man's, man's, man's world

But it wouldn't be nothing, nothing without a woman or a girl

Man thinks about our little bitty baby girls and our baby boys

Man made them happy, 'cause man made them toys


And after man make everything, everything he can


You know that man makes money, to buy from other man

This is a man's world

But it wouldn't be nothing, nothing, not one little thing, 


without a woman or a girl

He's lost in the wilderness


He's lost in bitterness, he's lost lost




mardi 6 juin 2017

Une âme en voyage...


Grâce à Dominique Lebel

 Ecrivaine, chroniqueuse littéraire, dessinatrice, Dominque Lebel a été la seconde personne à lire mon livre après que la première, Thierry Berlanda, le lui ait fait suivre... Peu de jours après, elle publia sur son blog (1) cette chronique étonnante, inattendue, personnelle, spontanée, originale, enjouée, libre, attentive et vivante à l'image de son auteure, c'est-à-dire unique en son genre ! Ce texte alors avec les quelques autres tout aussi personnels que mes lecteurs ont écrits sur
Ad imaginem dei 1 L'oeuvre invisible, m'ont confirmé que les oeuvres d'art n'ont d'autre but que de nous faire nous émerveiller du mystère qui nous fait vivants à l'image du Vivant tout en faisant pourtant de chacun de nous une personne unique et irremplaçable à l'Image de son Amour.      


 


« L’œuvre ne devient oeuvre qu’en oeuvrant en nous, par nous, là où elle s’accomplit et nous transfigure, nous rendant capable de ressembler à Dieu » Voilà, vous avez compris le titre. Ce livre est né des carnets d’un artiste, griffonnés pendant plusieurs années. Et c’est un livre magnifique.

Je vous invite à suivre ma visite, parce que tout s’est passé pour moi exactement ainsi.

J’ai suivi le guide – bon, par moments je ne l’ai plus écouté mais j’ai toujours été comme ça, incapable de trop de suite dans les idées. Je n’ai jamais suivi une visite  en entier, un rien me distrait. Mais là, j’avais un guide très particulier –vous vous souvenez des piles Duracel et des petits lapins qui tapaient sur un tambour, à la télé ? C’est lui. Et ce n’est pas lui, parce qu’il est aussi peintre. Et il a une prose extraordinaire, donc il est aussi écrivain - ou poète, vous choisirez.

Je l’ai suivi à Venise, à Florence, à Ostende, à Manhattan, à Aix en Provence, dans les musées. Je suis partie en avion vers Rome avec lui et nous avons regardé les sommets enneigés des Alpes et il m’a dit regardez bien par le hublot, on dirait d’énormes reptiles pétrifiés.  Il m’a montré une chapelle peinte par Giotto, m’a entraînée dans les turbulences des couleurs et m’a dit vous voyez, là c’est un miracle. Il m’a montré les femmes nues de Picasso et m’a dit aussi ce que vous voyez là, ce sont des équations féminines non résolues, comme des bateaux en réparation. Il m’a montré les peintures si lisses de Dali et m’a dit sur ces tableaux-là, le peintre a envie de rire, il plonge dans les apparences pour les détruire, ça l’amuse. Il m’a emmenée vers le sourire du Kouros grec, qui n’a pas trop envie de sourire parce qu’il n’est qu’un homme de pierre et qu’il lui manque la vie,  et  il m’a montré aussi le drame dans le ciel, entre la lumière et l’ombre. Et puis j’ai vu au passage quelques femmes, et un couple extraordinaire et un directeur d’agence publicitaire –un peu de sa vie. Il m’a montré des phrases, « je ne cherche pas, je trouve » et celle-là, que je voudrais ne jamais oublier: « La vie est si simple en été ».

Et puis il m’a raconté une histoire, qui est l’histoire de l’art, la vraie – c’est l’histoire d’un œil, parce qu’à partir de la Renaissance les peintres n’ont plus eu qu’un œil, un œil de verre qui les empêchait de voir. Ensuite ils ont retrouvé leurs deux yeux parce qu’ils ont commencé à piéger cet œil qui ne voyait rien d’autre que la surface des choses, mais ce n’était pas assez. Il a fallu que l’un des deux yeux regarde à droite et l’autre à gauche et le troisième œil est né, avec Picasso. Cet œil-là voit ce qu’il y a à l’intérieur. A l’intérieur de l’écran.

Mon guide m’a montré aussi ce qu’il était capable de faire, et je l’ai vu tracer un trait, le trait magique qui réconcilie le dedans et le dehors, vous savez, ce trait qui brise les vitres. Je l’ai vu aussi fabriquer du blanc, son blanc qu’il appelle le blanc camembert et ça m’a fait rire, de la part d’un publicitaire.

Alors je dois le remercier – il faut toujours remercier le guide. Pas pour la visite de Venise, je trouve les Vierges à l’enfant espagnoles tellement plus belles et émouvantes que les italiennes. Pas non plus pour la visite de Florence, parce que je suis un peu comme Nina, moi aussi j’ai été happée par les vitrines des boutiques qui sont fabuleuses là-bas. Non, je voudrais le remercier pour m’avoir cité cette phrase sublime de Fra Angelico, à laquelle je vais m’accrocher à partir d’aujourd’hui (une phrase pareille je vais vous dire, je ne vais pas la lâcher) : « L’obscurité du monde n’est qu’une ombre ».

Et au moment de quitter mon guide, je l’ai bien regardé et j’ai repensé à cette parole de Picasso, qu’il m’avait répétée : « à quatorze ans je dessinais comme Raphaël, il m’aura fallu avoir quatre-vingts ans pour dessiner comme un enfant ».

Et parce que j’espère très sincèrement que vous irez vous plonger vous aussi dans ce livre, je dois vous prévenir : il n’y a pas de plan de visite. Et n’en demandez pas au guide, il ne vous en donnera pas. Parce qu’il suit le plan originel, comme dans les salles des fac-similés égyptiens, il vous expliquera. Tous ces chapitres sont autant de fragments projetés sur un livre abstrait – abstrait au sens propre, c’est à dire détaché du monde des apparences

C’est le livre d’une âme, si vous voulez tout savoir, mais d’une âme qui prend l’avion avec son patron pour aller demander de l’argent aux Américains, une âme qui s’enchante d’un beau paysage, une âme qui se fâche parce que le monde l’énerve, une âme qui tombe malade et qui rêve aussi.

Qui rêve d’un art théophanique – auquel vous croirez ou pas, en tout cas, je vous promets une sacrée visite.

Ad imaginem Dei 1 L'oeuvre invisible, de Robert Empain est disponible sur iTunes et Amazon 

(1) Dominique Lebel Le coin de Carmen   


mardi 30 mai 2017

Si tu retiens les fautes Seigneur, qui subsistera ?


Grâce à toi David, poète de Dieu


 Photographie pour l'exposition Paroles du Christ. Bruxelles. 2010 


Une publication de Cheyenne-Marie Caron, cinéaste et amie Facebookienne, artiste habitée par une grâce particulière, m'a amené ces jours-ci à m'intéresser à la musique métal actuelle à travers le Festival Hellfest qui lui est dédié en juin de chaque année.  

Je suis allé y voir et j'ai trouvé (en ligne) un concert du groupe Ghost filmé par et pour Arte que je vous invite à voir pour savoir de quoi il retourne...

Selon moi, c'est une musique kitch, spectaculaire et sucrée, qui n'est qu'une variante édulcorée et ridicule du génial Steppenwolf des années septante. Les paroles en anglais et le contenu sont quasi nuls, la mise en scène façon messe noire est assez grotesque. Voici d'ailleurs ce qu'en dit la présentation de Arte, dont un extrait suffira  :" ... Papa Emeritus suivi de ses 4 goules, entend rallier le monde à la cause luciferienne... " 

Bref, il s'agit d'une pseudo spiritualité satanique à la sauce marketing pour une jeunesse tragiquement coupée de L'Esprit - L'Esprit de Vie et de Vérité. 

Toute jeunesse est pourtant à la recherche d'un sens spirituel à donner à la vie mais celle de ce temps s'est fourvoyée dans les impasses de la Barbarie contemporaine, dans les pièges du mépris et de l'ignorance qui la fonde et qu'elle entretient au nom de la mode, de la liberté et du progrès... 

Cette jeunesse trouve surtout sur son passage des esprits mauvais et grotesques. Ainsi, par exemple, les esprits des plantes et des rites de passages des médecines traditionnelles (le chamanisme) sont désormais falsifiés ou remplacés par des substituts crées par la chimie et sont tombés aux mains de trafiquants de morts et de faux passages vers un au delà d'où on ne revient pas - ou pas tout seul...  
On, lira sur ce sujet les témoignages admirables du Docteur Jacques Mabit qui soigne au Chili des toxicomanes avec les plantes amazoniennes et les rites des chamans pour les faire revenir vers eux-mêmes... 

Notre époque a perdu L'Esprit, elle l'a enfoui dans les ténèbres de sa vanité savante. Comment dés lors pourrait-elle le rendre à une jeunesse qui le cherche désespérément et qui ne trouve le plus souvent que des rituels dérisoires et des transgressions morbides : alcool, drogues et autres consommations addictives fatales, pornographie et sexualité sans amour, compulsive ou misérable, faux dieux qui au nom du vrai poussent les plus désespérés au suicide et à l'immolation d'innocentes victimes, communions identitaires qu'offrent des spectacles de masse tels que le football et autres concerts cultes d'idoles perverses ou sataniques  etc,  Le vertige nous saisit face au vide spirituel et à la détresse dans lesquels notre époque absurde et ses mentors, coupés eux-mêmes de L'Esprit, ont abandonné la jeunesse  !



Steppenwolf    

The Pusher (Le Trafiquant) 


You know I smoked a lot of grass Tu sais, j'ai fumé beaucoup d'herbe Oh lord I popped a lot of pills Oh Seigneur ! J'ai englouti pas mal de pilules But I never touched nothin' Mais je n'ai jamais touché à That my spirit couldn't kill Ce que mon esprit ne pourrait pas tuer You know I've seen a lot of people Tu sais, j'ai vu beaucoup de personnes passer Walking around with tombstone in their eyes Avec des pierres tombales dans leurs yeux But the pusher don't care, ah Mais le trafiquant s'en fiche, ah If you live or if you die Que vous viviez ou que vous mourriez God damn ! the pusher Sacré Dieu ! le trafiquant God damn ! I say
the pusher Sacré Dieu ! j'ai dit le trafiquant I say god damn ! god damn the pusher man J'ai dit sacré Dieu ! sacré Dieu le trafiquant You know the dealer, the dealer is a man Tu sais, le dealer, le dealer est un homme With a lot of grass in his hand Avec beaucoup d'herbe dans sa main Ah but the pusher is a monster Ah mais le trafiquant est un monstre Good god he's not a natural man Bon Dieu il n'est pas un homme normal The dealer, for a nickel Lord Le dealer, pour cinq cents Seigneur He'll sell you lots of sweet dreams Il te vendra une quantité de doux rêves Ah but the pusher will ruin your body Ah mais le trafiquant détruira ton corps Lord he'll leave... he'll leave your mind to scream Seigneur il abandonnera... il abandonnera votre esprit aux cris God damn ! the pusher. Sacré Dieu ! le trafiquant God damn ! god damn the pusher Sacré Dieu ! sacré Dieu le trafiquant I said god damn ! god, god damn the pusher man J'ai dit sacré Dieu ! sacré Dieu le trafiquant Well lord if I were the president Seigneur si j'étais Président Of this land you know I'd declare De ce pays je déclarerai Total war on the pusher man La guerre totale aux trafiquants I'd cut him if he stands and Je l'éliminerai s'il restait et I shoot him if he'd run and Je lui tirerai dessus s'il se mettait à courrir et I'd kill him with my bible Je le tuerai avec ma Bible And my razor and my gun Et mon rasoir et mon arme God damn ! the pusher Sacré Dieu ! le trafiquant God damn ! ... the pusher Sacré Dieu ! ... le trafiquant I said god damn ! god damn the pusher man ! J'ai dit sacré Dieu ! sacré Dieu le trafiquant 
 

Qui dira aux jeunes gens de ce temps, à la fois égarés et avides de vivre et de donner un sens à leurs vies, que le Vivant les cherche et les cherchera là où ils sont quand bien même ils seraient tombés au fond de l'abîme qui les entoure et qui est en eux ?  
Qui dira aux jeunes vivants, à nos enfants, à nos soeurs et à nos frères humains,  qu'à chaque instant où qu'ils soient ils peuvent se retourner vers Celui qui leur donne sa vie, Celui qui est Don et Pardon qui les désire et les attend ?
Qui leur dira que l'ivresse éphémère de la transgression et la détresse insondable qu'ils éprouvent ensuite sont connus des hommes depuis toujours ? 
Qui leur lira les poèmes et les chants que ces hommes ont écrits et chantés sur le drame inhérent à l'humaine condition ?
Qui leur fera écouter la musique que l'Esprit de Vérité et de compassion a inspiré à leurs semblables pour susciter et conduire leur remontée des profondeurs abyssales où ils se croyaient jetés pour la mort ?

Pour les jeunes qui par bonheur se trouveraient sur cette page, voici le texte du psaume 129/130 ( 130 selon les numérotations) du Livre des psaumes de David ainsi qu'une une brève présentation de ce poème.

Le psaume 129/130 en est un "Cantique des montées" qui fait partie des sept psaumes pénitentiels (Ps6; Ps32; Ps38; Ps51; Ps102; Ps130; Ps143) et qui est plus encore un psaume d'espérance ! 

La liturgie chrétienne des défunts en fait grand usage, non pas comme d'une lamentation mais comme une prière où s'exprime la confiance dans le Dieu rédempteur. Dans la liturgie des Messes dominicales et des fêtes, le psaume 129 est chanté le 10ième Dimanche du temps ordinaire de l’année B, le 5ième Dimanche de Carême de l’année A et le 2 novembre pour la Messe des Défunts.
Dans la liturgie des Heures, le psaume 129 est psalmodié aux Vêpres du samedi de la quatrième semaine (IV) et le mercredi soir aux Complies. 

Voici le texte du Psaume 129/130 en français:
A ceux qui passent par la nuit de l'épreuve, Dieu révèle sa lumière. A ceux qui veillent dans la foi, Dieu fait lever l'aurore du salut. 
1 : Cantique des montées. Des profondeurs je crie vers toi, Yahvé 
 2 : Seigneur, écoute mon appel. Que ton oreille se fasse attentive à l'appel de ma prière ! 
3 : Si tu retiens les fautes, Yahvé, Seigneur, qui subsistera ?
Ps 129, 4 : Mais le pardon est près de toi, pour que demeure ta crainte. 
5 : J'espère, Yahvé, elle espère, mon âme, en ta parole; 
6 : mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l'aurore; plus que les veilleurs l'aurore, 
7 : qu'Israël attende Yahvé ! Car près de Yahvé est la grâce, près de lui, l'abondance du rachat; 
8 : c'est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes.

Méditation 
Dieu d'amour et de pardon, tu as fait lever sur ton peuple l'aurore du salut en envoyant ta parole dans le monde. Ne nous abandonne pas maintenant aux profondeurs où nous ont plongés nos fautes; écoute le cri de ton Eglise et comble son attente en lui donnant la pleine délivrance. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen. 

Un psaume que l'on peut écouter dans maintes versions musicales, dont celle-ci, qui, à l'origine, est une mélodie populaire du XIVeme, qui fut chantée aux funérailles des victimes des attentats de Paris en 2015.
 



Photographie et texte : Robert Empain. 2017
Vidéos : voir You Tube

samedi 29 avril 2017

Le sacre du printemps


Grâce à toi Igor Stravinsky

 


Igor Stravinsky par Pablo Picasso



 
L'idée du Sacre du printemps vint à Stravinsky en 1910 alors qu'il travaillait encore sur L’Oiseau de feu : « J'entrevis dans mon imagination le spectacle d'un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d'une jeune fille, qu'ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps », écrit le compositeur dans ses Chroniques. Aussitôt, il en parla à son ami Nicolas Roerich peintre et spécialiste de l'antiquité slave. Mis au courant, Diaghilev décide que l'argument sera élaboré par Roerich et Stravinsky. Quoique les grandes lignes de l'argument aient été écrites au cours de l'été 1910, il ne prendra sa forme définitive qu'un an plus tard. Le Sacre devait originalement être joué durant la saison de 1912 des Ballets russes. Stravinsky a presque complété le premier tableau en décembre 1911. Il termine la composition le 17 novembre et l'orchestration finale est datée du 8 mars 1913.




Le Sacre du printemps dans une recréation de la chorégraphie originale 
de Nijinsky's par le Joffrey Ballet en 1987 

 
Le Sacre du printemps ne comprend pas d'intrigue ; « C'est une série des cérémonies de l'ancienne Russie », précise le compositeur en interview le 13 février 1913 . Voici les notes de programme que les spectateurs avaient entre leurs mains lors de la première représentation, le 29 mai 1913 :
Premier tableau : L'Adoration de la terre
Printemps. La terre est couverte de fleurs. La terre est couverte d'herbe. Une grande joie règne sur la terre. Les hommes se livrent à la danse et interrogent l'avenir selon les rites. L'Aïeul de tous les sages prend part lui-même à la glorification du Printemps. On l'amène pour l'unir à la terre abondante et superbe. Chacun piétine la terre avec extase.

Deuxième tableau : Le Sacrifice
Après le jour, après minuit. Sur les collines sont les pierres consacrées. Les adolescentes mènent les jeux mythiques et cherchent la grande voie. On glorifie, on acclame Celle qui fut désignée pour être livrée aux Dieux. On appelle les Aïeux, témoins vénérés. Et les sages aïeux des hommes contemplent le sacrifice. C'est ainsi qu'on sacrifie à Iarilo, le magnifique, le flamboyant [dans la mythologie slave, Iarilo est le dieu de la nature] »

Né en Russie en 1882 où il passe les vingt-sept premières années de sa vie, Stravinsky vivra vingt-neuf ans en France et en Suisse, avant de quitter l’Europe pour les États-Unis où il meurt en 1971. Comme le dit si justement Milan Kundera dans Les Testaments trahis  « sa seule patrie, son seul chez-soi, c’était la musique, toute la musique de tous les musiciens. » Partout chez lui puisque de nulle part, changeant sans cesse de style et de manière musicale, il reste toujours le même dans toutes ses expériences. C’est le formidable paradoxe de celui qui a provoqué le plus grand big bang de l’histoire musicale avec la création du Sacre du printemps en 1913.

Pour ses adieux Igor Stravinsky donna un un concert historique au Royal Festival Hall de Londres en 1965, alors qu’il a quatre-vingt-trois ans. Pour faire cesser les rappels et les applaudissements, le compositeur-chef d’orchestre finira par revenir sur scène en manteau, coiffé de son chapeau.

lundi 17 avril 2017

À ceux qui livrent le bon combat, la victoire est assurée.


Grâce à toi Seigneur Jésus
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JOUR DE PÂQUES

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU
Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 
(Fontgombault, le 16 avril 2017)


Hans Memling. Triptyque de la Résurrection du Christ, 
du martyre de saint Sébastien et de l'Ascension, vers 1490



 

Surrexit, non est hic.
Il est ressuscité, il n’est pas ici. (Mc 16, 6)

Chers Frères et Soeurs,
Mes très chers Fils,

Après les heures lourdes qui se sont écoulées entre le jardin des Oliviers et la mort du Christ en Croix, après le silence du tombeau, après l’enseignement catéchétique de la grande Vigile, la simplicité des oeuvres de Dieu est le trait dominant de la solennité des solennités, la Pâque du Seigneur. 

Cette simplicité, nous l’avons déjà rencontrée dans le premier chapitre de la Genèse, lors de la création : Dieu dit, et les choses sont. Pour l’homme qui n’est que créature, il n’en va pas de même, et quand il veut singer Dieu, cela conduit à des catastrophes.

Les mélismes grégoriens tourmentés et chargés qui avaient revêtu les textes sacrés aux heures du déchaînement des hommes et de la fureur du démon ont désormais cédé la place à des mélodies simples et joyeuses. La résurrection s’offre à notre contemplation comme une action divine opérée dans le secret du tombeau, dont le Saint Suaire de Turin a gardé pour nous la mémoire et qu’il nous faut accepter dans la foi. Il est ressuscité.

La piété populaire affirme que Jésus serait passé dès la sortie du tombeau rendre visite à sa Mère. Cette intuition a été reprise par saint Jean-Paul II dans l’audience du 21 mai 1997 : 

Il n’est pas pensable que la Vierge, présente dans la première communauté des disciples, ait été exclue du nombre de ceux qui ont rencontré son Fils ressuscité d’entre les morts. Au contraire, il est vraisemblable que la première personne à qui Jésus ressuscité est apparu a été sa Mère. Son absence du groupe des femmes qui s’est rendu au tombeau à l’aube peut constituer un indice du fait qu’elle avait déjà rencontré Jésus. Le caractère unique et spécial de sa présence au Calvaire et son union parfaite à son Fils dans ses souffrances suggèrent une participation très particulière au mystère de la Résurrection.
 
Si les Évangiles n’ont pas gardé trace de cette première visite, les témoignages de la résurrection du Seigneur, fortifiants pour notre foi, ne vont pourtant pas manquer. La liturgie dans les jours prochains les rappellera. Dans ces heures la simplicité de Dieu vient à la rencontre de la complication des hommes. Jésus est celui qui est présent, et les disciples le croient absent. Quant à ces mêmes disciples qui se croient présents, le déroulement de la rencontre révèle qu’en réalité, ils étaient absents !
 
Les saintes femmes arrivent au tombeau avec leur peine et leurs soucis : « Qui nous roulera la pierre ? »... La pierre est déjà roulée. Un ange les attend. 

Les pèlerins sur le chemin d’Emmaüs devisent, tiraillés entre la certitude de la mort de Jésus et les dires des femmes. Malgré la parole provocante de celui qui semble ignorer les derniers évènements survenus à Jérusalem et qui vient de se joindre à eux : « O coeurs insensés et lents à croire...» (Lc 24,25), leurs yeux ne s’ouvriront qu’à la fraction du pain.

Les apôtres timorés et incrédules devront recevoir la paix de Dieu, et pour Thomas toucher les plaies du Crucifié, afin de croire. Les hommes, torturés de leurs complications et enfermés dans des coeurs étroits, ne peuvent goûter la simplicité de Dieu. Il est vraiment ressuscité.

En ce matin de Pâques, demandons la grâce d’une foi ardente. Cette foi ne sera pas de trop pour éclairer le jugement que nous avons à porter sur l’état du monde, et en particulier de notre pays. À vue humaine, tout semble perdu !
 
Dieu ne serait-il pourtant pas en route à nos côtés ?

Il y a juste cent ans, au Portugal, alors que la situation politique mondiale était dramatique, la Vierge Marie est apparue à trois pastoureaux. Pour attester le caractère surnaturel des apparitions, Marie a daigné le 13 octobre offrir aux croyants comme aux incrédules un signe grandiose dans le ciel. Une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes de toutes les conditions et de toutes classes sociales put alors regarder le soleil sans être aucunement incommodée. L’astre se mit à trembler avec des mouvements brusques, puis il tourna sur lui-même à une vitesse vertigineuse en lançant des gerbes de lumière de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Paraissant brusquement se détacher du ciel, il avança en zigzaguant sur la foule, puis s’arrêta. Les vêtements, trempés par une pluie abondante peu auparavant, étaient secs !
 
Lors de l’apparition du 13 juillet, Notre-Dame avait annoncé : « Pour empêcher la guerre, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Coeur Immaculé et la Communion réparatrice des premiers samedis. »


Apparition de Notre-Dame à Fatima 1917
Image pieuse


 Pour accomplir cette dernière dévotion, et bénéficier ainsi d’une aide particulière de Marie, spécialement au moment de la mort, il faut, durant cinq mois de suite, autour du jour du premier samedi, se confesser et communier avec une intention réparatrice, et, le samedi, réciter le chapelet et tenir compagnie à Marie pendant quinze minutes en méditant les mystères du Rosaire. Entre le 13 mai et le 13 octobre, il y a juste cinq premiers samedi du mois !

Confiants dans la puissance de Dieu et de la prière, il nous revient de croire et de prier.

Le monde se déchaîne, redoublant de ruse pour entraîner hommes et enfants dans le tourbillon de ses perversités. La société ressemble à une épave proche d’un naufrage sans espoir.

En ce matin de Pâques, nous tenons ferme dans la foi que le Christ est ressuscité. Nous croyons que la victoire de Dieu sur la mort et sur le mal est définitive et sans appel. Dieu n’est pas mort, il vit. Une nouvelle vie est offerte à ceux qui au temps du combat proclament les droits de la foi et de la vérité contre ceux qui veulent réduire l’Église et la morale au silence, contre ceux qui n’ont de cesse qu’ils n’aient humilié la nature humaine telle que Dieu l’a voulue.

À ceux qui livrent le bon combat, la victoire est assurée.

Le Christ est vraiment ressuscité.
 

Amen, Alléluia.