jeudi 16 octobre 2014

Porque el campo es el edén más lindo del mundo entero

Grâce à toi Guillermo Portabales

Comme beaucoup, j'ai découvert la musique cubaine des années 30 lorsqu'elle fut ressuscitée en 1996 par Ry Cooder,  un des meilleurs guitaristes américains, qui retrouva à Cuba quelques musiciens vétérans et les rassembla dans un album devenu légendaire sous le nom de Buena Vista Social Club. L'album et le groupe du même nom connurent un succès mondial et les vétérans donnèrent des concerts magnifiques partout dans le monde. De cette aventure Wim Wenders fit un film inoubliable. De toutes les chansons de cet album ma préférée a toujours été El carretero. Cet hymne à la vie simple, plus nostalgique que les autres, ressuscite le chant immémorial qui monte spontanément en tout vivant qui est porté par le rythme initial de sa marche ou par celui des sabots de son cheval sur la terre,  ce rythme vital fait de la marche une danse et soutient celui qui va seul par la campagne, par monts et par vaux, entre terre et ciel, et qui laisse alors vagabonder son imagination et chanter son coeur pour dire à la Terre, au Ciel et à la Vie sa peine et sa joie, son labeur et ses rêves. El Carretero fut composé par José Guillermo Quesada del Catillo, dit Guillermo Portabales, un chanteur et guitariste cubain né en 1911 dans la province cubaine de Rodas et mort à Porto Rico dans un accident en octobre 1970. Grâce lui soit rendue. 





El carretero

Ay, por el camino del sitio mío
un carretero alegre pasó
En su tonada que es muy guajira
y muy sentida alegre cantó

Ay, por el camino del sitio mío
un carretero alegre pasó
En su tonada que es muy sentida
y muy guajira alegre cantó :

Me voy al transbordador a descargar la carreta
Me voy al transbordador a descargar la carreta
Para llegar a la meta de mi penosa labor

Estribillo:
        A caballo vamos pa´l monte,
        a caballo vamos pa´l monte
        (bis)

Yo trabajo sin reposo para poderme casar, que
Yo trabajo sin reposo para poderme casar
Y si lo puedo lograr seré un guajiro dichoso

        {Estribillo}
Soy guajiro y carretero, en el campo vivo bien
Yo soy guajiro y carretero y en el campo vivo bien
Porque el campo es el edén más lindo del mundo entero

        {Estribillo}
Chapea el monte, cultiva el llano,
recoge el fruto de tu sudor
Chapea el monte, cultiva el llano,
recoge el fruto de tu sudor




Le charretier

Hé, sur le chemin de chez moi
Un charretier joyeux est passé
Et de sa voix paysanne
Et sincère, joyeux, il chantait !

Hé, sur le chemin de chez moi
Un charretier joyeux est passé
Et dans sa voix très sincère
Et tres paysanne, joyeux il chantait :

Je vais à la barge décharger ma charrette
Je vais à la barge décharger ma charrette
Pour achever mon dur labeur

Refrain

A cheval nous allons par monts et par vaux
A cheval nous allons par monts et par vaux

Moi je travaille sans relâche pour pouvoir me marier,
Moi je travaille sans relâche pour pouvoir me marier,
Et si j'y arrive je serai un paysan heureux

Refrain

Je suis paysan et charretier, à la campagne je vis bien
Moi je suis paysan et charretier, et à la campagne je vis bien
Parce que la campagne, c'est le plus beau paradis sur terre.

Refrain

Débroussaille les collines, cultive la plaine
Récolte le fruit de ta sueur
Débroussaille les collines, cultive la plaine
Récolte le fruit de ta sueur



Guillermo Portabales







mardi 14 octobre 2014

Paul, l'apôtre qui ''respirait le crime"

Grâce à toi Paul de Tarse



Conversion de Paul sur le chemin de Damas.
Anonyme espagnol. XVième siècle. Salamanca.




Je vous invite à lire Paul, l'apôtre qui " respirait le crime", le dernier livre de Jean-Michel Hirt qui en psychanalyste sonde la conversion de Saul, Paul de Tarse ( saint Paul ), un criminel et exterminateur enragé qui en un éclair fut renversé et retourné par l'apparition de la Vie en Personne : Jésus Christ ressuscité ! Jeté à terre, aveuglé par la Lumière, Jésus lui demande : " Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? " ( Actes des apôtres 9 ). Paul retourné et revenu vers lui-même comprend que cette Résurrection appelle tous les vivants à ressusciter à leur tour, pour autant qu'il reçoivent comme lui cette Nouvelle inouïe, cette Parole de Vie et d'Amour adressée à toute l'Humanité.  Porté par l'Esprit-Saint, Paul le juif romain persécuteur deviendra un chrétien persécuté qui ne cessera par ses actes et quelques lettres retrouvées de témoigner pour retourner l'Homme ancien, à savoir mettre à bas toutes ses sagesses, ses sciences et ses vains savoirs, pour révéler que chacun, fut-il un criminel, peut, par la Mort, la Résurrection et l'Amour de Jésus Christ convertir sa violence, ses pulsions destructrices, sa haine de la vie, sa pulsion de mort ( Freud ), sa culpabilité refoulée et sa rage, en pulsion spirituelle d'amour et de vie ! 




Présentation d'Actes Sud, collection "le souffle de l'esprit" :

Quand Luc, l’évangéliste et le rédacteur des Actes des Apôtres, écrit à propos de Paul de Tarse, son ami, que ce dernier, avant sa “conversion”, “respirait la menace et le crime” (Actes 9, 1), il faut l’entendre. La violence de Paul n’est pas un vain mot, lui qui, de persécuteur des adeptes de Jésus, deviendra son apôtre autoproclamé, mettant au service de sa nouvelle cause encore plus d’énergie qu’auparavant. Ses Épîtres, qui ont changé la face du monde, sont ici lues à la lumière de la psychanalyse et de l’imagination créatrice qu’elle libère. À suivre le chemin de Paul, il devient possible de comprendre comment la vie pulsionnelle, de par sa plasticité, irrigue la vie spirituelle d’un individu mémorable. Loin de ne concerner que la religion, l’expérience de ce saint homme est à même d’éclairer un lecteur, croyant ou non, sur les capacités du psychisme à subvertir la violence pulsionnelle et à la mettre au service de la construction du vivant.


Textes : R.E 14/10 /2014 & Actes Sud.
Images : Tempéra sur bois, anonyme. Photographiée à Salamanca par R.E.






mardi 30 septembre 2014

Tempête sur Nogales


Grâce à toi Thierry Berlanda



Présentation de l'éditeur 

Sur la route de Tombstone à Nogales, à la frontière entre l’Arizona et le Mexique, 
sous un soleil de fonte, une tempête se prépare. Tempête de sable, de vent, de souvenirs. 
Avec dans la ligne de mire le snack de Jess, planté au mile 88, en plein désert. 
Et tous, sans exception, aussi bien Dennewich – l’odieux patron du cabaret à filles –, 
que les chauffeurs de la compagnie de trucks locale et que la population entière s’agitent 
de plus en plus à mesure qu’approche avec la tempête une Pontiac noire, tel un funeste présage.  Pour quelle raison ce mystérieux attelage terrorise-t-il Jess, ange blond à la voix 
de chanteuse Black et au passé enfoui ? Le gosse – un pauvre type éperdument 
amoureux d’elle – et son vieux pote Holly, seront-ils de taille à la protéger ?  
À moins que la belle ne préfère l’aide de Cooper, un nouveau chauffeur qui ne la laisse pas indifférente. Les âmes égarées ont-elles droit à une seconde chance, ou dans cette arène aux allures  de tombeau ouvert, la poussière doit-elle nécessairement retourner à la poussière ?







Tempête sur Nogales, le nouveau roman de Thierry Berlanda, est comme son précédent, L'insigne du boiteux, parfaitement ciselé et réglé comme une machine infernale. Page après page, la pression et la température montent en puissance exactement comme dans un désert chauffé à blanc monte une tempête que nulle force humaine ne peut arrêter. 
Vous serez emporté dans les tourbillons de cette langue mutante et inouïe qu'invente Thierry Berlanda, une langue que doivent parler les humains parvenus aux portes de l'enfer, des vivants qui survivent sans plus savoir ni pourquoi ni comment et qui demeurent pourtant jetés là, comme suspendus à la beauté hypnotique d'un ange trompeur, alors que monte à l’horizon l’inéluctable catastrophe.
Les romans véritables ne sont pas ceux qui se contentent de nous divertir un moment pour nous faire oublier la vie que nous menons, quitte à nous faire trembler de peur pour y parvenir, mais ceux qui, tout au contraire, nous pénètrent, nous habitent, nous travaillent, ceux qui, reprenant vie en nous, sondent nos couches profondes pour les retourner vers un sursaut, un regain de vie, ceux qui comme des tempêtes au dedans libèrent en nous des horizons dégagés et des cieux nouveaux.
Tempête sur Nogales est un tel roman, une oeuvre de la vie pour la vie, une oeuvre d'art.



Les premières lignes du roman : 

Entre Tombstone et Nogales, c’est un coup de soleil de mille ans. Dôme de feu. 
Nœuds de poussière où l’air s’étrangle, paquets de rocs affilés par le vent et 
lézards en plein twist. Vous secouez le tableau dans tous les sens, ça ne change rien. 
Ici, n’importe quoi égale tout le reste. Vous pouvez rouler 87 miles sans voir que sable et ciel. 
Sable un peu bleu,  ciel un peu jaune... 

C'est ainsi que l'aventure commence, et elle se poursuit ici.

Texte : Robert Empain 30/09/2014.  
Illustration : une image tirée de Bagdad Café, dont le roman rappelle le décor.  

mercredi 17 septembre 2014

Nous les comblés de Grâce


Grâce à toi Marie Mère de Dieu

Grâce :  Désigne la bienveillance absolument gratuite que de toute éternité Dieu témoigne à l'homme en l'appelant à partager sa propre vie. C'est l'intimité avec le Dieu de Jésus Christ donnée par le baptême et renouvelée par les sacrements.  C'est par grâce que Dieu nous sauve.  - Définition catholique de la Grâce.



Annonciation. Fra Angelico. Florence. 1451.




Si avec Marie nous répondons simplement et sincèrement  Oui à cette Grâce perpétuelle de la Vie, nous entrons dans la grâce qui est la gratitude, le désir d'aimer réciproquement celui à qui nous devons de vivre, et nous sommes alors comme elle comblés de Grâce, comblés par l'Esprit Saint qui féconde nos âmes et y fait naître et croître le fils de Dieu que chacun de nous est appelé à devenir.


Annonciation. 1994


C'est pourquoi nous prions en prononçant en nous-mêmes et pour nous-mêmes, les Paroles que l'Ange de Dieu adressa à Marie, car ces Paroles sont sans cesse adressées à chaque homme qui veut les entendre dans son coeur : Je vous salue, Marie pleine de grâces. Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort.

Illustration : Annonciation par Fra Angelico et ses assistants. Huile sur bois. 1451/1452 Annonciation par Robert Empain, huile sur carton. 1994.

dimanche 7 septembre 2014

Une issue à partir de toi

Grâce à toi Hyppolyte Elenchos


Voix. 1995


"Cessant de rechercher Dieu et la créature et toutes choses semblables, cherche à partir de toi-même et apprends qui est celui qui s’approprie absolument tout en toi et dis : ‘’ mon Dieu, mon esprit, mon intelligence, mon âme, mon corps. Apprends d’où viennent les chagrins et la joie, l’amour et la haine, l’éveil involontaire et le sommeil involontaire, la colère involontaire et l’affection involontaire. Et, si tu recherches ces choses avec rigueur, tu  trouveras en toi même l’Un et le multiple suivant ce point qui trouve une issue à partir de toi."

Illustration de cet article : Robert Empain, technique mixte sur toile, 30 x 40, 1995 
Rappel : les tableaux ne sont pas des images

vendredi 15 août 2014

Magnificat anima mea Dominum


Grâce à toi Marie Mère de Dieu





Magnificat anima mea Dominum,
et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillae suae.
Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est.
Et sanctum nomen ejus.

Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum.
Fecit potentiam in brachio suo.

Dispersit superbos mente cordis sui.
Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes.
Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae suae

Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini ejus in saecula.



Mon âme exalte le Seigneur,
et mon esprit a exulté en Dieu, mon Sauveur.

Car il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante,
Et voici que désormais on me dira bienheureuse de génération en génération.

Car il fit pour moi de grandes choses, celui qui est puissant,
Et saint est son nom.

Et son pardon s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il a placé la puissance dans son bras,

Il a dispersé ceux dont le cœur était orgueilleux.
Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles.

Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides.
Il a secouru Israël, son enfant, il s'est souvenu du pardon qu'il avait promis

Ainsi avait-il parlé à nos pères, à Abraham et à sa descendance, pour les siècles.




Catarino Couronnement de la Vierge. 1375. Académia. Venise




Vidéo : Johann Sebastian Bach (1685-1750) Magnificat in D major BWV 243

vendredi 8 août 2014

Le Peintre immortel


Grâce à toi El Greco


 De retour de Tolède, je suis tout imprégné de la splendeur quasi intacte de cette ville et de ses chefs d'oeuvre. A l'atelier, je me suis replongé dans la vie de son Prince, le peintre El Greco, dont les oeuvres rayonnent encore dans les temples, les couvents et les boutiques de cette ville comme le soleil dans les ténèbres du tourisme de masse. El Greco, le crétois, l'éternel étranger en ce monde, est devenu le peintre espagnol le plus authentique et le plus étrange parmi les peintres espagnols étranges et authentiques. De son vrai nom Dominico Théotocopoulos, il a d'emblée marqué mes premiers pas en peinture et m'a ouvert la voie à suivre, comme il l'avait ouverte en leur temps à ses frères Cézanne, Picasso, Gris, Miro, Dali & Cie. Picasso a dit un jour qu'il n’y avait depuis l'origine qu'un seul peintre, toujours le même, un peintre immortel qui se réincarnait en tous et en chacun des peintres au fil des temps. 



Lit et deux tables de nuits attaquant férocement le Ciel - Salvador Dali. 1983


Dans ce tableau de Dali au titre révélateur, par exemple, ce Peintre premier, après s'être incarné en El Greco au dix-septième siècle, a pris les pinceaux de Salvador Dali pour s'amuser un peu au vingtième siècle. 
En vérité, ce peintre originel n'est autre que le Créateur en Personne, qui peint la vie et ses nuances infinies dans nos âmes avec de la lumière, des couleurs et des formes, des rapports et des rythmes, toutes choses vivantes invisibles au dehors, et qui sont des modulations de l'âme même et des possibilités de l’Imagination créatrice dont elle jouit et qui demeurent encore inimaginées par le commun des vivants.


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Résurrection - Dominico Théotocopoulos dit El Greco 1603 -
Madrid. Musée du Prado




Si les peintres et les artistes véritables se sentent poussés par la Vie à créer des oeuvres avec une audace créatrice sidérante c'est pour nous donner à entrevoir la liberté et les possibilités infinies de l'Imagination créatrice que nous recevons avec la vie. 

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Le Christ spolié - Dominico Théotocopoulos dit El Greco 1579
Tolède. Cathédrale 



Mais du mal, du monstrueux et de l’abominable sidérants, nous sommes tout autant capables, car nous sommes libres d'en imaginer à notre guise en usant librement de notre imagination créatrice ; et cet abominable imaginable nous le voyons s’étendre et se réaliser en ce monde au point que nous l'imaginons sans peine envahir toute la Terre créée pour nous détruire totalement avec elle. Et cela arrivera si nous persévèrerons à nous imaginer seigneurs et maîtres de nos dons et nos facultés merveilleuses, si nous nous entêtons à ne pas vouloir comprendre que ces dons, ces facultés et toute cette liberté, sont des grâces données avec la vie pour la Vie en vue de l'Amour et non pour la domination, la haine et la mort. 

C'est pourquoi nous ne cessons ici de rendre grâce aux artistes dont les oeuvres et les actes témoignent de leur gratitude à l'égard du Créateur premier, le Vivant en Personne, qui leur a fait ces dons non pas pour eux seuls mais pour les accroître dans des oeuvres qui les justifient et qui participent à l'oeuvre inimaginable de beauté que la Vie cherche à accomplir en eux, en nous, avec nous, pour nous.

C'est pourquoi aussi nous ne cesserons ici de lancer des appels aux ingrats, aux malfaisants, qui par légions détournent ces dons et ces grâces à leur seul profit, méprisant et reniant ainsi la Vie. Ceux là ne peuvent ignorer qu'ils se retranchent eux-mêmes de l’oeuvre d'amour à laquelle le Vivant Créateur leur offre de se joindre, préférant créer librement l’Enfer où ils vivront indéfiniment, un Enfer où ils en viendront, dans leur folie, à demander la mort à la Vie, une mort qu'ils ne pourront obtenir d'Elle, car la Vie ne peut que se donner et non se reprendre. 

Illustrations : photographies d'oeuvres de Dali et El Greco
Texte : Robert Empain, carnet 2014

mercredi 30 juillet 2014

La Vie ne peut que se donner


Grâce à toi Thérèse de l'Enfant Jésus




    Au couvent des carmélites de Lisieux, quand venait le mois de juin, la jeune Thérèse de l'Enfant Jésus et ses soeurs novices recueillaient les pétales des roses pour les lancer en chantant au crucifix. 

Ces performances avant l'heure étaient pour ces soeurs des actions de grâce, à savoir des gestes de gratitude, de louange et d’offrande à l’Epoux, au Bien-Aimé Jésus, comme l'étaient toutes les actions de la journée. Thérèse écrit à cette époque qu’elle offre à Jésus chaque battement de son coeur.  

Les milles actions quotidiennes d’une carmélite sont des plus humbles : préparer les repas, laver le linge, soigner les malades, repriser une chemise, écouter, regarder, lire, méditer, prier, chanter, communier, aimer... En vérité, les gestes les plus ordinaires de nos vies deviennent extraordinaires pour autant que, de bonne grâce, nous nous reconnaissions incapables de nous donner le pouvoir qui les permet, que nous comprenions que nous recevons ce pouvoir d’agir d’une puissance qui le détient.

Pour les chrétiens, Celui qui possède la puissance de nous donner la vie et avec elle tous nos pouvoirs d’agir se nomme Dieu, le Verbe de Vie en Personne qui nous donne la Vie qu’Il est et qu’Il a de toute éternité et, avec ce Don, la liberté d'aimer ce Don et le Dieu Vivant qui nous le fait. Ce don absolu de la liberté offre à chacun de prendre pour lui la vie qu’il reçoit pour en jouir à sa guise et dès lors à ne pas se placer comme Thérèse et les chrétiens dans la reconnaissance et la gratitude pour la Vie qui se donne et se redonne à tous. 
Ce choix, tragique et si répandu encore, consiste à ne pas entendre ou à ne pas vouloir entendre le secret de la Vie ; un secret si simple qu'il ne peut se révéler qu’aux coeurs humbles, sincères et demeurer caché aux coeurs vaniteux et ingrats : la Vie ne peut que se donner.

Heureux et dors et déjà ressuscités dans la vérité et la joie de vivre sont ceux à qui se révèle que la Vie est un Don absolu par lequel nous vivons éternellement en Elle. La Vie est le mouvement même du Don premier qui se reçoit pour se donner et ainsi croitre et se multiplier infiniment en tous. C'est pourquoi nous pouvons proclamer avec saint Jean que la Vie est Dieu et Dieu Amour.




    La jeune Thérèse, méditant toutes ces choses en son coeur ne tarda pas à reconnaître son insuffisance à aimer Dieu et ses semblables, alors même qu’elle en avait le vif désir. Comprenant d’abord que la vie est un Don de Dieu, elle comprend que l’amour est un autre Don de Dieu. Alors, le plus humblement et le plus simplement du monde, elle demande au Seigneur de lui faire don de l’amour. Cette demande franche et directe à la Vie en Personne, Thérèse l’appelle sa Petite Voie, ouvrant ainsi pour tous une Voie si simple que personne avant elle, aucune sainte et aucun saint, n’avait osé l'imaginer.

    La Grâce vidéo intitulée Rose recrée à Mérigny (1) que je publie en illustration de cet article, est un symbole de tout cela. Grâce à un petit tour cinématographique ce petit film retourne le temps et montre que si il est facile de cueillir et d'effeuiller une rose, nul en ce monde n’a le pouvoir de la recréer et de lui redonner véritablement la vie sinon Dieu et ses rosiers à chaque printemps. De même en est-il pour toutes les créatures vivantes, de même en est-il pour nos vies qui nous sont données pour être données à leur tour et par cette grâce ressuscitées infiniment. Car là est la loi de la Vie, le secret du Vivant Amour. 

_________

(1) Grâce vidéo de Robert Empain : une séquence extraite du film Vivre d'Amour dédié à sainte Thérèse et présenté à l'égilse des Minimes Bruxelles dans le cadre des expositions de Grâce en 2009.

Portrait photographique de Thérèse Martin, sainte Thérèse de Lisieux


jeudi 10 juillet 2014

Ouvrir le noyau intérieur


Grâce à toi Annick de Souzenelle

A la lumière de son cheminement intérieur, Annick de Souzenelle nous invite à la redécouverte de notre nature divine. C’est avec un regard neuf qu’elle scrute les textes bibliques et l’alphabet hébraïque pour nous livrer les secrets de notre devenir. Par-delà son affiliation au christianisme orthodoxe, elle est aussi une femme de son temps, cultivant amour de la tradition et art du psychothérapeute - l’apport de la psychanalyse est pour elle indéniable. Son enseignement véhicule un souffle régénérateur puissant et constitue une formidable dynamique pour nous aider à comprendre et à grandir dans l’émerveillement de la tâche à accomplir.


Annick de Souzenelle lors de sa visite à notre exposition Face de Dieu Face de l'Homme 
à l'église des Minimes à Bruxelles en 2009



Un entretien de Annick de Souzenelle avec Claudine Della Libera pour la revue en ligne Nouvelle Clés.

Nouvelles Clés : L’homme aujourd’hui, quel est-il ? Quelle étape vit-il ? 
Annick de Souzenelle : L’homme patauge encore dans le psychique. Il est l’Homme du 6e jour de la Genèse, un homme en gestation qui n’a pas laissé germer la conscience en lui, mais qui est à la veille de le faire. Face aux problèmes qui le menacent, il ne peut rester dans une logique "animale" ; il lui faudra accéder à la conscience pour sortir du labyrinthe qu’il s’est créé. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que cela est déjà en marche. Nous vivons cette percée du nouvel homme qui cesse d’être un "forgeron de l’extérieur" pour oeuvrer dans la forge intérieure.
N. C. : On ne peut évoquer le monde contemporain sans évoquer le danger nucléaire, les pollutions diverses et la violence qui prend de multiples formes partout sur la planète. L’homme ne sera-t-il pas assez fou pour se détruire lui-même ?
A. de S. : L’homme d’aujourd’hui est encore sous l’emprise des passions psychiques. Il a banalisé et normalisé l’état de chute ; il accomplit à l’extérieur ce qu’il n’accomplit pas dans son cosmos intérieur et se trouve dépourvu devant les forces ainsi libérées, telle la force nucléaire. Il ne peut dominer une vie qui lui échappe ; d’où les peurs qui l’habitent, génératrices de guerres et de violences. Ce n’est qu’au prix de ce retournement de l’extérieur vers l’intérieur, à la lumière d’une urgente prise de conscience que l’homme ouvrira son noyau intérieur et accomplira le Dieu qui est en lui.
N. C. : Et si le retournement ne se faisait pas ?
A. de S. : Je ne peux y croire. Dans les textes, l’homme est déjà sauvé, accompli dans sa dignité. La résurrection du Christ, c’est celle de chacun d’entre nous au terme de son accomplissement. C’est dans notre inconscience que nous ne sommes pas ressuscités.
N. C. : Pourquoi avoir choisi la tradition judéo-chrétienne pour comprendre l’aventure humaine ?
A. de S. : D’abord parce qu’elle constitue notre racine culturelle. Comme beaucoup d’autres, j’ai eu à un moment de ma vie le besoin d’aller vers l’Inde et des religions orientales. Ma rencontre avec l’Église orthodoxe de France a décidé de mon retour à l’Évangile et aux textes bibliques ; leur richesse est immense. Après 30 ans d’expérience dans cette tradition, je suis de plus en plus dans l’émerveillement. Et c’est dans l’émerveillement que je découvre l’histoire d’Adam, celle du peuple hébreu et celle des femmes de la Bible, comme étant ma propre histoire, la vôtre, celle de l’humanité tout entière. Quant à la langue hébraïque, je la découvre aussi sous-tendue par le verbe divin lui-même !
N. C. : La tradition serait alors bien vivante et nous arlerait à différents niveaux accessibles en fonction de notre propre niveau de conscience ?
A. de S. : Cette communication avec elle est aussi forte que l’est notre désir ; avec elle nous cheminons dès lors que notre coeur s’est ouvert, jusqu’à la mort et la résurrection du "fils" en nous.
N. C. : Ce "fils", quel est-il ?
A. de S. : En hébreu, le mot "fils", "Bar", désigne aussi "le grain de blé" : une seule loi recouvre la vie de ces deux êtres : le grain de blé doit mourir dans la terre extérieure pour croître et donner un nouvel épi. Le "fils", ce grain d’incréé en nous, nous oblige à mourir dans nos terres intérieures pour donner le fruit de l’Arbre de la connaissance : "si le grain ne meurt...", dit le Christ. Et Lui, fils de l’Homme total (l’humanité) meurt et ressuscite pour qu’il donne son fruit !
N. C. : Votre tâche en tant que "transmetteur" du message biblique quel "effort" constitue-t-elle ?
A. de S. : Quand l’homme recherche Dieu, il n’y a pas d’effort. C’est un travail amoureux et partager ce que l’on vit est une joie. Mon travail sur la Genèse n’est qu’un marche-pied qui un jour sera dépassé dans une plus grande conscience des textes. Ceux-ci sont une colonne vertébrale vivante. Ils nourrissent et contri- buent à la verticalisation de l’homme.
N. C. : En tant que femme comment vivez-vous le péché dont Eve s’est rendue coupable et qui fût, nous ne pouvons le nier, le début d’un net ostracisme pour la femme ?
A. de S. : Cette Ève qu’on a dit saisie par le serpent n’est pas la femme ; elle est le premier féminin de la Bible, Isha, côté ombre qu’Adam a reçu l’ordre de garder et de cultiver ; notre inconscient, en fait. C’est lui qui, chaque jour encore est saisi par le serpent avant même que nous le sachions, et souvent sans que nous ne le sachions jamais ! Adam chassé de son Eden intérieur et retourne vers I’exterieur ne connaît plus que la femme biologique appelée Ève. Le mariage entre l’homme et la femme est une vie d’accomplissement renvoyant à la nécessité du mariage intérieur de chacun. La vie monacale est une autre voie, mais le rejet de la femme dans un certain type de monachisme me semble une déviance. En tout état de cause, il ne peut exclure le féminin intérieur hors duquel il n’y a pas de salut.
N. C. : L’image de la femme stérile revient souvent dans la Bible, que signifie-t-elle ?
A. de S. : La stérilité qui affecte dans un premier temps la plupart des femmes de la Bible, c’est la stérilité intérieure. Pour les hébreux, faire le fils, c’est faire le fils intérieur. Dans le mot hébreu qui signifie "stérile", on retrouve la notion d’"essentiel". Cette stérilité est là pour faire prendre conscience que la vraie fécondité n’est pas dans l’enfant extérieur. Le drame de l’humanité, c’est de se satisfaire de ses fils biologiques.
N. C. : Mais toutes les instances sociales et religieuses n’ont-elles pas prôné que le but de la vie est dans la procréation et le mariage ?
A. de S. : Ces données ont des conséquences dramatiques et ont fait oublier à l’homme ce qu’est authentiquement l’être "religieux" : celui qui se relie au fils intérieur. Là est la vraie maternité. Le monde des serviteurs et des esclaves dans la Bible est fécond tout de suite, car biologiquement fécond, comme tout animal.
N. C. : Il est dit aussi dans la Bible que "la femme stérile est belle", ce qui peut surprendre... 
A.de S. : La femme stérile, c’est l’humanité, l’Homme du 6e jour que nous sommes. L’Homme du 6e jour est analogue à l’arbre qui est encore sous terre. Il prend le "sous terre" pour la lumière. Sa vocation à ce moment-là est de planter ses racines. Il ne peut à ce stade porter son fruit. Mais cette étape de sa stérilité est essentielle. C’est le travail de germination des profondeurs. Il y a donc une nécessité de la stérilité pour atteindre à la beauté qui naît de la transformation intérieure. En ce sens, ces femmes stériles, appelées à être rendues fécondes par le souffle divin, sont belles. La beauté, l’harmonie du monde dépend de ces épousailles avec le féminin.
N. C. : Et le masculin dans tout cela ?
A. de S. : Il est indispensable ; il n’y aura pas d’enfantement sans lui. Être mâle, pour l’homme comme pour la femme, c’est être celui qui se souvient de son inaccompli, c’est donc être conscient de sa faiblesse ! Il doit se souvenir de cette réalité intérieure qui est à la fois son futur et son passé : la Adamah, la mère intérieure qui est là avant Adam et qui recèle le noyau de son être. C’est cette mère que nous avons à épouser pour devenir l’homme accompli. Tous les mythes le disent.

image

Drame dans le Ciel. Aquarelle. 1990



 
N. C. : Cela crée-t-il pour l’homme une nouvelle exigence ?
A. de S. : Une nouvelle exigence se fait jour, comme lorsqu’on travaille sur les textes hébraïques. A force de les scruter, si nous parvenons à un autre niveau de lecture - les hébreux disent que la Thora peut se lire sur 70 niveaux de lecture - le texte nous oblige à vivre ce qu’il révèle, sinon il se ferme. Lorsqu’il s’ouvre, on acquiert une nouvelle intelligence du coeur, et celle-ci exige de nous toujours plus.
N. C. : Il s’agit de ce que vous nommez "noces" ou "épousailles" et dont la connotation est à la fois amoureuse et charnelle...
A. de S. : Oui, mais il existe deux modes d’épousailles. L’un qui concerne les noces de l’homme avec lui-même (mâle et femelle au niveau essentiel dont nous venons de parler) ; l’autre qui concerne les noces de l’homme et de Dieu : au fur et à mesure que l’homme s’accomplit dans ses premières noces, il se construit en tant qu’"épouse" de Dieu, pour atteindre aux deuxièmes noces. L’Adam est féminin par rapport à Dieu, mâle par rapport à son féminin intérieur, "Ish" (époux) par rapport à "Ishah" (épouse), mais il est aussi "Ishah" par rapport à Dieu, époux-archétype. Les épousailles sont donc à deux niveaux et interfèrent dans un embrassement admirable. Mais c’est en ce sens qu’on ose dire qu’Adam est le "côté ombre" de Dieu, le féminin de Dieu. Cette double rencontre ne peut se faire que dans l’acceptation et l’amour et dans notre dimension chamelle. Les cieux, c’est ici et maintenant, et cela passe par la réalité la plus concrète. Les noces avec le divin se vivent dans chacune de nos cellules. Dans cette perspective, il faut ausi reconsidérer le rapport homme-femme.
N. C. : Justement ce rapport nouveau entre homme et femme quel est-il ? Quelle mutation sera nécessaire ?
A. de S. : Beaucoup de femmes aujourd’hui vivent les prémices de cette mutation intérieure et ont reconnu cette dualité intérieure qui porte en elle-même la dynamique de l’accomplissement. Elles se sont éveillées plus vite que les hommes. Beaucoup d’entre elles souffrent de ce que leurs compagnons de vie ne les suivent pas dans l’éclosion de leur nouvelle conscience. C’est un passage douloureux qu’elles auront à assumer, souvent au prix d’une grande solitude. C’est en ce sens que réside en elles le salut du monde.
N. C. : Comment expliquer ce temps d’avance de la femme sur l’homme aujourd’hui ?
A. de S. : Les deux dimensions : biologique et ontologique, ne sont pas séparées, et la femme comme nous l’avons déjà dit est davantage portée vers le sacré et beaucoup plus sensible à la réalité du mystère qui est en elle. Chaque femme qui porte un enfant vit en résonance avec ce mystère. Elle vit d’une façon naturelle une fonction "sacerdotale" qui dépasse infiniment sa réalité biologique. Avant l’homme, elle semble avoir trouvé son côté mâle, celui qui "se souvient".
N. C. : Qui dit s’éveiller dit aussi souffrir, rencontrer le mal ?
A. de S. : Avoir le désir du face à face avec le divin, c’est accepter d’être confronté aux "animaux" qui nous habitent et qui, doués d’une vie autonome, nous dévorent. Là est le mal constitué par "la chute" dont nous reconduisons chaque jour le drame, ce qui nous amène à reconduire du même coup la souffrance. Nous générons alors des événements qui en sont la conséquence directe, non punition divine, mais effet des lois fondatrices que notre infantilisme nous laisse ignorer, préférant le concept facile et déresponsabilisant de "père fouettard" ! Mais même au coeur de ces événements, si douloureux soient-ils, le retournement est possible. Chaque épreuve est une possibilité pour nous de pénétrer nos ténèbres (le féminin) et d’en faire la lumière. Alors une nouvelle intelligence de la souffrance se fait jour, elle est lumière jetée sur le chemin de l’accomplissement. Nous sommes dans l’esclavage tant que nous n’avons pas compris cela. Tout est dans l’acceptation des événements, là commence la véritable libération, et l’on perçoit soudain la profonde beauté de la vie.
N.C. : Ainsi il n’y aurait ni bien ni mal, mais seulement "accompli" et "inaccompli" ?
A. de S. : Le mal n’existe pas ontologiquement dans la Genèse, et le mot "péché" signifie en hébreu "mal visé". L’Arbre de la connaissance du bien et du mal est en fait celui de l’accompli et de l’inaccompli. Le Christ sur la croix dit : "Tout est accompli." C’est le passage des ténèbres à la lumière. La résurrection est déjà là. Il est le véritable fruit de l’Arbre de la connaissance. C’est celui-là que nous sommes en devenir et qu’alors nous pourrons manger. Dans l’Eucharistie, le chrétien se nourrit de Lui pour le devenir.
N. C. : Comment votre intelligence du monde considère-t-elle ta maladie ?
A. de S. : Elle est la somatisation d’un non-faire intérieur. Le rôle physiologique de chaque organe et de chaque membre est sous-tendu par la fonction essentielle de chacun d’eux : celle-ci concourt à conduire l’homme, "image de Dieu", vers la "ressemblance", la déification. Devenir des hommes - que nous ne sommes pas encore - puis des dieux, telle est notre vocation inscrite dans la programmation de la moindre de nos cellules. C’est pourquoi la maladie est l’un des langages du corps. A nous de savoir le déchiffrer et de devenir responsables. Le médecin, sans le travail du malade, ne peut qu’effacer le langage, c’est-à-dire déplacer le problème, mais non le guérir .
N. C. : Comment pressentez-vous le futur de l’homme ?
A. de S. : Avec une grande espérance, car dans la résurrection du Christ l’humanité est déjà accomplie. Pour l’instant c’est à la femme, plus avancée sur le chemin, de faire le travail, mais lorsque l’homme s’y attèlera, tout ira très vite. Il lui faudra quitter la conquête extérieure pour la conquête intérieure. Cela lui sera difficile, mais quelle beauté immense il nous donnera à ce moment-là ! 


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Se souvenir du Jardin... Gouache sur papier. 
1992





De la femme et de la vocation essentielle

N. C. : Annick de Souzenelle, on ne peut qu’être frappé par l’immense majorité de femmes qui viennent vous entendre. Que signife ce phénomène ?
A. de S. : La société et les moeurs ont évolué de telle façon que beaucoup de femmes se sont libérées de la domination exercée par l’homme et des contraintes de la vie domestique aussi. Ainsi s’est produit la mise en disponibilité d’une énergie folle, cette énergie constituant la force même de la femme. En synchronicité, beaucoup de barrières se sont levées. Autrefois, la force de l’inconscient était jugulée par des interdits religieux ou moraux. Aujourd’hui, cette force n’est plus contenue. Les femmes - et l’humanité tout entière - croient se libérer, mais elles risquent de ne s’enchaîner que davantage à d’autres "époux", si elles n’entrent pas dans ce qui est la vraie libération.
N. C. : Et cette libération, quelle est-elle ?
A. de S. : Il faut bien comprendre que le rapport de l’homme à la femme est analogique à celui du conscient et de l’inconscient : l’Adam de la Genèse, "créé mâle et femelle" est "image de Dieu". A un premier niveau, animal, cette dualité désigne l’homme et la femme ; mais en tant qu’"image de Dieu", l’Adam est infiniment plus que l’animal. A ce deuxième niveau, l’Adam (l’humanité totale, hommes et femmes, chacun de nous) est constitué de deux pôles : l’un qui "se souvient" (même mot que le substantif "mâle" en hébreu) de l’autre, "contenant" d’un immense potentiel d’énergies, dont le noyau est le germe divin, semence de tout être. Ce féminin, cette réserve d’énergies est un potentiel inouï, qui est à conquérir - et ceci en chacun comme en l’Adam total. Il est bien certain que les deux niveaux de lecture ne sont pas étrangers l’un à l’autre et que l’homme est plus que la femme concerné par la vocation de conquérant - mais il ne l’a investie jusqu’à aujourd’hui qu’à l’extérieur de lui-même - et que la femme, plus que l’homme, est sensible au mystère divin qui habite chacun, mais qui, jusqu’ici, est resté noyé dans une inconscience quasi totale. La vraie libération est le retour aux normes ontologiques qui invitent l’homme et la femme à intérioriser la conquête et devenir conscients du potentiel divin qu’ils sont et qui, non accompli, peut devenir diabolique.
N. C. : Ce féminin-là n’a pas grand-chose en commun avec celui qui fait la une des magazines dits "féminins" ?
A. de S. : Non, évidemment. Le féminin en chacun de nous, c’est la Adamah de la Genèse biblique, la "grand-mère des profondeurs" de Jung, celle de notre réalité archétypieue. Elle est notre terre intérieure, le "côté ombre" qu’Adam ne connaissait pas avant que Dieu ne la lui révèle (Gen. II, 22) et qu’il doit "épouser". Chacun d’entre nous en tant qu’Adam est appelé à le faire. Elle est la totalité de notre cosmos intérieur, tout ce que la psychologie moderne nous aide à découvrir, ce "féminin" qui appartient aussi bien à l’homme qu’à la femme.

Illustrations : Photo de Astrid Meurens. 2009. Aquarelle et gouache de Robert Empain. 1990 et 1992

mardi 8 juillet 2014

Mille grâces mille larmes de joie. Un film inachevé sans cesse recommencé


Je publie sur ma page You Tube des extraits du film Mille grâces, mille larmes de joie que j'ai commencé en 2000 et présenté en 2001 dans une chapelle romane à Le Blanc en France. 
Ce film ne prétend pas s'approprier la beauté du monde mais espère tout simplement lui rendre grâce. Les plans séquences qui s'y succèdent, et qui s'y succèderont indéfiniment au fil du temps, je les nomme des grâces, des grâces recueillies une caméra à la main, des grâces rendues à l'Auteur véritable des réalités terrestres sans cesse créées par Lui pour notre émerveillement et notre éveil, des grâces projetées sur la Terre, dans le Ciel et dans les yeux des humains depuis la création du monde, depuis que la lumière a jailli des ténèbres, depuis que des vivants les regardent, s'en étonnent et s'en émerveillent.  Un tel film, amis, ne saurait ainsi avoir un début, un milieu et une fin car il est infini et ne fait que capter ce qui dans le monde à chaque instant ne cesse de commencer. C'est pourquoi un tel projet, une telle prière en vérité est toujours en cours, toujours à voir, à faire et à dire, toujours en retrait de sa tâche infinie. 

Je publie ci dessous quelques unes de ces grâces que vous retrouverez plus nombreuses sur You Tube.
Je publie en complément la petite allocution que j'ai faite à Le Blanc en 2001 avant de la projection d'un premier jet de ce film qui était alors composé d'une cinquantaine de grâces recueillies dans le Parc régional naturel de la Brenne qui entoure cette belle ville de France. Grâce à ceux qui m'ont permis de le faire. 






Qui suis-je ? 
Mesdames, messieurs, si je suis un étranger pour vous, sachez que je suis encore, et largement, un inconnu pour moi même. On me dit poète et peintre, je suis un voleur. 
Non pas un voleur de banques, de sacs à main ou de mobylettes, mais un voleur de petit chemin, un voleur de beauté, un voleur de feu. Un glaneur serait plus juste, selon le titre du beau film qu'Agnès Varda présentait alors que je montais mon modeste film, mon premier film, mon seul film, un film à tout jamais inachevé, et sans cesse recommencé... 
Ce que vous allez voir est mon butin, la petite moisson de ce que j'ai glanée sur les chemins de votre pays de Brenne. 

Qu'ai-je glané pour vous ? 
La beauté et la lueur des visages croisés au hasard à Le Blanc, l'impudeur de quelques fleurs abandonnées au bord des routes de Mérigny, un peu de vin dans un verre d'eau, un étang minuscule dans le creux d'une pomme, les éclats du soleil dans des perles de rosée à Ingrandes, des arcs-en-ciel produits par un arrosoir, des étoiles dans les plis de vos rivières, des arbres se diluant dans le courant, le regard d'une enfant fascinée par un serpent à la Foire commerciale, des tortues prises au piège dans une boite en plastique et ainsi de suite... Mille grâces à mes yeux.

Pourtant cette beauté là est sans valeur pour notre temps, elle appartient au monde du rien,  elle appartient donc à tout le monde et par là elle n'appartient à personne, si ce n'est au poète, au voleur de feu que je suis. Elle est hors spectacle, hors marché, elle n'est pas cotée en bourse, en vérité elle est sans prix et donc hors de prix. Tout simplement parce qu'elle relève de l'être et non de l'avoir, cette beauté là, comme toute beauté véritable, est gratuite. Gratuite cela signifie qu'elle provient de la grâce. De la grâce infinie et oubliée qui nous donne à tous d'être là dans une vie et dans un monde qui nous sont donnés à chaque seconde.



J'ai pris le titre de ce film, Mille grâces, mille larmes de joie, à une prière que Blaise Pascal avait cousue dans son manteau : Feu Joie Joie Joie, mille grâces, mille larmes de joie, pour chaque jour d'exercice sur la terre... 
J'aurais pu voler la belle formule dans laquelle Martin Heidegger concentre sa philosophie : Denken is danken - Penser c'est remercier. 

Les images de ce film ne prétendent certes pas s'approprier la beauté du monde, elles espèrent juste lui dire merci, lui rendre grâce. Elles ne sont littéralement que des reflets fugaces des images crées en permanence par la lumière, des phénomènes existants depuis la création du monde, depuis qu'existent la lumière et les ténèbres. 
Rainer Maria Rilke disait de la beauté qu'elle est le voile qui nous protège encore du Terrible. Je vous prie de regarder ces images comme les voiles tendus de l'Amour, comme mille voiles  à lever sur l'inconnu familier qui vous entoure, des images projetées ici sur un tissu de soie presque transparent pour mieux en montrer la nature cachée.  
Ces images espèrent inaugurer un autre regard sur la beauté du monde : un regard capable d'admirer son humilité.  Admirer, oui : "Admirer l'homme et admirer la terre et vous vivrez ardents et clairs". Admirer, le verbe splendide que nous a donné le poète belge Émile Verhaeren pour orienter la pensée et les rapports entre les hommes.
Un tel film, mes amis, ne saurait ainsi avoir un début, un milieu et une fin, il est infini ou indéfini. car il pointe ce qui dans le monde ne cesse de commencer. C'est pourquoi un tel projet, une telle prière en vérité, ne peut être qu'inachevée car toujours en retrait de sa tâche infinie.

Les images de visages de femmes et d'hommes que vous y verrez espèrent encore témoigner humblement de la Loi divine qui fonde notre Humanité et pourrait remplacer toutes nos lois humaines, une Loi nous rappelle que de tout homme est un miracle sur la Terre comme au Ciel. Une Loi que chaque visage humain proclame :  « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».


Je remercie les personnes qui ont bien voulu me confier l'image de leur visage et ainsi le visage de leur véritable image... 

Je vous invite maintenant à regarder ce voile d'images. Regardez les comme des mensonges qui lèvent un peu le voile sur la vérité.  N'est-ce pas  cela  qu'espère accomplir toute œuvre d'art ?  

J'en dirai plus une autre fois.

A suivre...  

                                                           
                                                            
Texte de présentation du film de Robert Empain Mille grâces mille larmes de joie, deux séquences vidéos extraites ce ce film. projeté en la chapelle du Château Naillac à Le Blanc. Eco musée du Parc Naturel de la Brenne. 2001