lundi 30 décembre 2024

Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous...

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NOËL MESSE DU JOUR


Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 


(Fontgombault, le 25 décembre 2024)






Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,


La tradition a assigné à chacune des trois Messes de la nuit et du jour de Noël l’une des trois naissances du Christ : sa naissance éternelle au cœur de la Trinité à la Messe de minuit, illustrée par le texte de l’introït tiré du Ps 2 : «Le Seigneur m'a dit : tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t'ai engendré.» (v.7), sa naissance selon la chair à la Messe du jour ; et enfin sa naissance dans les âmes, par laquelle le Christ «se lève dans nos cœurs telle l’étoile du matin.» (2 P 1, 19), texte repris par l'introït de la Messe de l’Aurore.


Cette année, l’Église commémore trois événements qui ont trait à la personne du Verbe de Dieu tant en sa nature divine qu’en sa nature humaine, et qui reprennent les trois naissances du Verbe de Dieu.


"Et Verbum caro factum est Et le Verbe s’est fait chair." (Jn 1,14 )


Il y a tout d’abord l’anniversaire du premier concile œcuménique, le concile de Nicée qui s’est tenu du 20 mai au 25 juillet 325. Il s’agissait alors de préciser la nature du Fils par rapport au Père en la Trinité. En quel sens peut-on dire que Dieu a un Fils ? Est-il fils comme nous le sommes, ou est-il Fils selon une génération unique ?


Pour Arius, un prêtre des faubourgs d’Alexandrie, le Logos, le Verbe est une créature de Dieu, la première. Première des créatures, il sera à son tour créateur des autres créatures. La simplicité de la vision d’Arius répandue par ses prédications crée la confusion. La crise s’étend.

En réponse aux erreurs d’Arius, le concile de Nicée affirme que le Fils est non pas créé, mais engendré du Père selon une génération véritable et éternelle. Il naît vrai Dieu de vrai Dieu. Le Fils est donc Dieu comme le Père est Dieu. Dieu, il est non seulement de même nature que le Père, mais dans une totale communion de nature avec le Père. Il n’y a qu’un seul Dieu. Pour préciser cela, l’Église utilise un mot : il est consubstantiel au Père.


Chaque dimanche, l’Église nous invite à professer notre foi dans ce grand mystère :

Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, et par lui tout a été fait.

Nous trouvons la doctrine des premières lignes du Prologue de l’Évangile selon saint Jean :

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. (Jn 1,1-3)


C’est aussi l’enseignement du Prologue de l’Épître aux Hébreux que nous venons aussi d’entendre, où le Fils est dit : « Héritier de toutes choses et par qui il [le Père] a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être. » (Hb 1,2-3)


Cette année est aussi l’année du grand jubilé de Paray-le-Monial, à l’occasion des 350 ans des apparitions de Jésus à sainte Marguerite-Marie. Ouvert le 27 décembre 2023, il se poursuivra jusqu’à la Fête du Sacré-Coeur de Jésus le 27 juin 2025.


Durant la première apparition, Jésus manifeste son amour «passionné» pour les hommes et la soif immense que soit communiqué cet amour. Dans la seconde apparition, le Seigneur témoigne de la souffrance que son cœur ne reçoive en retour de son si grand amour qu’ingratitudes, froideurs et indifférences, en particulier envers le sacrement d’amour qu’est l’Eucharistie. «J’ai soif, mais d’une soif si ardente d’être aimé des hommes au Saint-Sacrement que cette soif me consume.» (Lettre 133) Enfin, Jésus invite Marguerite-Marie et nous invite à lui rendre amour pour amour : «Toi, du moins, aime-moi.»


Après avoir confessé que le Fils éternel était Dieu au Concile de Nicée, l’Église a affirmé au concile de Chalcédoine en 451 que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Le Cœur de Jésus, le cœur de l’Enfant de la crèche, est un cœur humain qui aime comme un Dieu.


Nous pouvons ainsi poursuivre le texte du Credo : « Pour nous les hommes, et pour notre salut, il [Jésus- Christ] descendit du ciel ; par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. »


Tel est le mystère de Noël. Dans un monde que certains qualifient de ‘post-vérité’, où ce qui considéré comme vrai n’est pas ce qui est authentiquement vrai, mais plutôt ce qui se dit, il importe que chaque chrétien, s’il veut être vraiment missionnaire, fortifie sa foi, éduque son intelligence, accueille pleinement la vérité sur les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption. Le Christ n’est pas venu sur terre fonder une œuvre de bienfaisance, une ONG. Il est venu révéler le Père et témoigner de son amour. Le missionnaire poursuit son œuvre :


« Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. » (Jn 1,18)


Enfin, et c’est le troisième événement de cette année, selon une tradition datant de 1300, le Saint-Père a décrété comme tous les quarts de siècle une année jubilaire ordinaire. L’ouverture de la Porte Sainte de la Basilique Saint-Pierre a eu lieu hier soir, marquant le début du jubilé qui s’achèvera le 6 janvier 2026 par la fermeture de cette même porte. Le mot d’ordre de cette année est : «Pèlerins d’Espérance.»


Le temps du jubilé est un temps de remise de dettes, un temps de miséricorde et de pardon : pardonnons et demandons pardon. Approfondissons notre communion avec le Christ qui veut toujours renaître en nos âmes.


« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » (Jn 14,23)


Demeurons donc fermes dans la sainte espérance. Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous... et il veut habiter toujours parmi nous. Il est l’étoile de nos vies.


Saint et joyeux Noël. Sainte année jubilaire. Amen, Alléluia


vendredi 29 novembre 2024

Une nouvelle apologie du christianisme - Propos pour une logique intégrale, par Jean-François Froger


Grâce à Jean-François Froger

Certains dirons à propos de ce livre qu'une telle entreprise intellectuelle reste de l'intelligence humaine, qu'il s'agit d'une grande, impressionnante et savante cathédrale, informée, certes, par la Révélation, qui procurera de la joie à celui qui l'a construite et à ceux qui sauront la comprendre et l'apprécier. Sans doute, mais un tel édifice n'empêche pas Dieu de se rendre abordable à tous en procurant sa joie Divine et les profondeurs de sa sagesse et de son intelligence aux  cœurs simples et purs, comme nous le rappelle saint Paul : " Frères, les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier. » Corinthiens 12, 4-11.

 
Un livre paru aux Editions Grégoriennes en 2022

                                                              

Préface de P. Francisco José López Sáez 

Citadelle d’espérance au milieu du désert

Il n’y a pas de logique dans le mal, qui est dépourvu de tout système respiratoire. C’est pour cela que, dans un monde divisé par les guerres et envahi par les idéologies, l’atmosphère devient irrespirable. Il nous faut donc trouver une citadelle d’espérance au milieu du désert, pour pouvoir respirer l’air pur de la Vérité, qui remplit les hauteurs. 

La logique dont traite ce livre, une « logique du bien », a été découverte et méditée par son auteur depuis de longues années passées dans la solitude d’un ermitage couronné par la beauté, sans souci de l’horloge, au rythme bien plus large que le temps, du paysage des Alpes. C’est le fruit de l’étude et de la contemplation. La neige du sommet, où repose la Vérité, génère les ruisseaux qui descendent vers la vallée afin que la vie humaine puisse reverdir, répondant à sa vocation originelle et à sa destination ultime dans la liberté personnelle. Ce livre, qui recueille l’eau cristalline provenant des cimes enneigées, nous est offert comme un « manuel » pour nous aider à comprendre et admirer la merveilleuse logique dont est tissue l’anthropologie biblique révélée.

Les lecteurs qui ont suivi les réflexions de Jean-François Froger connaissent déjà la finesse de l’auteur dans le dévoilement des structures quaternaires de la réalité créée, et savent que, notre logique habituelle étant binaire, on peine à trouver une logique adaptée à la structure même de la vie ; et ils ont appris avec l’auteur à découvrir émerveillés comment les récits de l’Écriture Sainte, de la Genèse à l’Apocalypse, fonctionnent précisément avec la logique qui convient à la vie, qui est une logique quaternaire quand il s’agit des structures d’une totalité quelconque (à cette structure quaternaire de la réalité créée et à sa logique propre est dédiée une première partie du livre, § 1-20), et une logique ternaire quand il s’agit des réalisations ou des transformations. Les § 21-26 étudient la logique ternaire et la développent dans des exemples de l’Écriture, pour découvrir sa valeur inestimable pour l’interprétation du songe de Jacob dans Genèse 28, 10-21, la controverse avec les pharisiens sur la filiation et l’état de disciple dans Jean 8, 31-45, la guérison de l’aveugle de Bethsaïda dans Marc 8, 22-26 ; le sommet de l’œuvre se trouve dans l’application de cette logique ternaire à la compréhension des états du corps du Christ et au mariage comme institution rituelle qui construit l’humanité des rapports humains, et dont la logique de parole est dévoilée dans le processus de révélation qui va des noces de Cana au sang de la Nouvelle Alliance.

L’auteur rassemble dans cet ouvrage des fragments dispersés dans les excursus et les annexes de différentes études d’anthropologie publiées, pour former un petit traité de « logique intégrale » au service d’une nouvelle apologie de la foi. D’une certaine manière, ce livre constitue une sorte de « recueil rétrospectif », parce qu’il invite à reprendre l’étude des œuvres antérieures d’un point de vue différent, qui offre des richesses vraiment nouvelles. Dans ce dernier livre on a atteint finalement… le principe ! On peut maintenant, à partir de ce sommet, refaire en sens inverse tout l’enseignement de notre exégète avec une nouvelle clé en main, ouvrant des portes qui, peut-être, étaient restées auparavant inconnues et donc fermées. Le travail recommence, parce que, étant pèlerins sur cette terre, chaque but atteint n’est qu’une étape provisoire.

Quelle est cette nouveauté, qui fait que tout le chemin parcouru par notre auteur en compagnie de ses auditeurs, pendant des décennies, dans la recherche de la logique qui sous-tend la Révélation divine, redevient maintenant une source toute jaillissante de fécondes découvertes ? C’est sans aucun doute le dévoilement de la quaternité de la Vie humaine, qui apparaît en pleine lumière comme une quaternité de quaternités, dont la complexité peut nous aider à pénétrer les diverses dimensions de la réalité relationnelle humaine, comprise comme une relation gouvernée par la Parole divine et culminant dans l’unicité singulière de l’hypostase personnelle de chacun, concomitante avec les trois autres dimensions. Voici le schéma qui résume les développements de la première partie de l’œuvre :

Cette nouvelle quaternité de la Vie humaine, dont la logique est régie par le Verbe divin, peut être considérée comme la pierre angulaire de tout l’édifice construit par Jean-François Froger jusqu’à ce moment. Une préface ne suffit pas pour mettre en lumière tous les enjeux de cette étude, grosse de pistes nouvelles pour l’anthropologie de la personne, la relation de l’homme et de la femme, l’ecclésiologie fondamentale, la christologie et même l’eschatologie. Aux lecteurs d’en juger, et aux théologiens, s’ils veulent écouter, d’en profiter. Je souligne tout simplement quelques pistes majeures.

En se fondant sur cette pierre angulaire, le livre veut offrir « une nouvelle apologie du christianisme ». Il s’agit de la nouveauté de la pédagogie de Jésus qui, sur le chemin d’Emmaüs et dans les apparitions pascales, ouvrit l’intelligence des disciples « afin qu’ils comprennent l’Écriture » (Luc 24, 45), et en elle, comme dans un miroir, sa propre existence fragmentée. L’apologie ainsi comprise nous enseigne à lire l’Écriture et la vie à partir de la logique du Ressuscité, c’est-à-dire, à la lumière de l’Écriture elle-même. Il ne faut surtout pas projeter notre intelligence sur l’Écriture pour la traduire pauvrement en nos concepts binaires, on doit plutôt apprendre à lire l’Écriture pour devenir vraiment intelligents. Cette apologie peut être comparée à l’effort du prêtre russe Pavel Florenskij (fusillé en 1937, inhumé dans une tombe anonyme, comme une semence jetée en terre…) pour faire comprendre, dans saPhilosophie du culte, cette vérité fortement enracinée dans la tradition chrétienne orientale : on n’est pas constitué en homme-individu autonome (comme dans la mentalité dualiste moderne) pour célébrer ensuite les sacrements, mais on célèbre les sacrements pour devenir homme, et homme rationnel, parce que le culte, et spécialement le sacrement eucharistique, est, dans les paroles du grand mystique sacramentaire byzantin du XIVe siècle Nicolas Cabasilas, le « laboratoire de la résurrection », le rituel étant le garant et la vérification de l’humanité de l’homme.
La grande tâche de notre temps, face à la profonde crise anthropologique, est de nous approprier de manière réfléchie l’anthropologie implicite dans la logique de la Révélation, qui ne cherche rien d’autre qu’à construire l’Homme. Compte tenu de la hauteur vocationnelle de notre temps et des exigences qui lui sont imposées, il ne suffit tout simplement pas d’utiliser la vieille outre des concepts philosophiques pour y insérer l’anthropologie révélée. Ce n’est pas la notion d’être statique, mais la notion de relation qui est première pour l’intelligence. Le logos révélé vient d’une pensée qui n’est plus centrée sur l’être, mais sur la Vie. C’est une pensée intégrale qui ne connaît pas la mort ni ne la justifie, mais, choisissant la vie selon l’invitation de la Parole divine (Deutéronome 30, 19-20), suit rituellement les étapes de sa logique vivante.

L’Écriture contient donc une logique de la Vie. L’apologie tentée dans ce livre présente les instruments logiques nécessaires pour commencer à comprendre l’étonnante affirmation de Jésus : « Je suis la Vie. » (Jn 14, 6) Ainsi, une raison qui a accès à la révélation chrétienne aura donc accès aux mystères de la vie. Alors la correspondance entre la Parole divine et les profondeurs du cœur humain sera établie, parce qu’il y a une logique commune aux deux mystères : « Abyssus abyssum invocat. » (Ps 41, 8) On dit aujourd’hui que la prédication ecclésiale vit d’une anthropologie médiévale et archaïque. Mais ce qui a vieilli, c’est notre conception binaire. Il s’avère que la logique quaternaire de la révélation, lorsqu’elle est découverte, est quelque chose d’éternellement nouveau, qui ne cesse de jaillir comme d’une fontaine fraîchement ouverte. Le signe de la véracité de la Révélation est la cohérence profonde des mystères entre eux (analogia fidei) et avec les profondeurs du cœur humain (analogia entis), comme l’a souligné le concile Vatican I dans la Constitution Dei Filius.

Cette nouvelle apologie du christianisme nous invite à ne pas avoir peur de redécouvrir le christianisme comme Vérité, et de restituer son système respiratoire (sa logique de Vie) en chaque créature humaine, singulièrement, de personne à personne, de cœur à cœur. Nous donnerons ainsi raison à « la foi de nos pères », comme l’a souhaité le grand philosophe russe Vladimir Soloviev, auteur d’une philosophie de la « connaissance intégrale », bien actuelle à plusieurs égards.

L’homme est le fruit du travail de Dieu. Il faut l’aider en complétant avec notre parole orale ce qui manque à l’humanité de l’homme, ce que ne peut pas fournir l’automatisme animal ni la lutte binaire de l’homme et de la femme : la parole rituellement reçue est la condition de la survie spirituelle de l’humanité. Parce que l’humanité dans l’homme est la valeur la plus menacée, et précisément à cause de l’idéologie, qui est un refuge pour ceux qui fuient la vie (pour échapper au désir et à la décision). À notre époque, l’idéologie est manifestement destructrice, on voit partout à l’oeuvre une destruction apocalyptique, mais « ceux qui vous construisent vont plus vite que ceux qui vous détruisent » (Isaïe 49, 7). Il faut savoir découvrir en ces temps troublés les signes de la Providence divine et son appel à la liberté, à l’intelligence et à la volonté de l’homme. Parce que la Vérité suit son cours imparable ; le rationalisme a déjà été vaincu, tout comme le fidéisme. L’intelligence va être rendue à la foi et la foi à l’intelligence, et cela accomplira le monde. Être chrétien est tout simplement comprendre les Écritures. C’est l’heure de la compréhension intégrale de la Révélation. Si une seule créature s’ouvre à la Vérité, la lumière a déjà vaincu les ténèbres, car la Vie éternelle aura été établie dans un cœur humain. De ce cœur, au nom de tous, jaillira alors un fleuve de lumière, qui est le Verbe de Dieu lui-même, dans lequel nous sommes et vivons.

À vous tous, qui aimez fréquenter les rares pages qui construisent un rempart pour garder la mémoire intérieure et laissent dans l’âme le goût de l’Esprit : rien dans ce livre ne vous décevra. Alors ne vous découragez pas, laissez-vous mener par la main (c’est l’objet d’un « manuel ») et utilisez les meilleures heures du jour et de la nuit dans son étude. Le fruit en sera la joie, la clarté et l’illumination du profond désir de vivre, qui est la marque de notre liberté, le sceau du Créateur dans notre cœur. C’est en cela que consiste l’apologie du christianisme : creuser les puits du désir qui avaient été bouchés quand le paradis s’est transformé en terre d’épines, pour nourrir à nouveau l’intelligence et construire, avec l’instrument d’une logique intégrale – avec le « logos » du « Logos », avec le geste du Verbe incarné –, une citadelle d’espérance au milieu du désert. Pour la vie de l’Homme. Pour la paix du monde.

Écrit au Liban, première semaine de Pâques, avril 2022

P. Francisco José López Sáez Professeur de théologie spirituelle à l’Université pontificale de Comillas des jésuites de Madrid, et de spiritualité et liturgie des Églises  d’Orient à l’Université ecclésiastique San Dámaso 

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Présentation de l'auteur 


La vie vient de Dieu et il se peut qu’elle s’accomplisse en Vie éternelle en participant à la Vie qu’est Dieu : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.» Une telle promesse est-elle crédible ? Une apologie de la Révélation chrétienne consiste précisément à en montrer la crédibilité.


Les idées sur Dieu, son existence ou son essence, sa volonté ou son dessein, toutes ces idées ne peuvent être vraies si elles ne sont rectifiées par la Révélation.


«Jésus leur dit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien. C’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : “Il est notre Dieu.” Vous ne le connaissez pas, mais moi je le connais. Si je disais que je ne le connais pas, je serais un menteur comme vous. Mais je le connais et je garde sa parole. »


Toute apologie prétendant s’appuyer sur une raison indépendante de la Révélation est donc un mensonge. 


" En cet ouvrage, nous avons montré, par un effort de logique, que la connaissance humaine est descriptible par une structure relationnelle quaternaire et que celle-ci comporte nécessairement une « catégorie inconnaissable », sauf précisément à recevoir une révélation de son contenu. Inversement, prétendre que la Révélation devrait être crue sans aucun effort pour en montrer la crédibilité serait une pure sottise."J-F.F


 

Jean-François Froger développe depuis une quarantaine d’années des essais anthropologiques et théologiques tenant compte de la capacité logique de l’esprit humain.


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La philosophie commandée par la vérité de toute vie humaine, dont témoigne le christianisme.

Grâce à Gabrielle Dufour - Kowalska 

A la suite du prophète libre et lucide que fut Georges Bernanos au XXe siècle, l'Esprit envoya à ce monde en perdition de nombreux témoins de la vérité, notamment Michel Henry - 1922 - 2002 -  phénoménologue voyant qui vint ouvrir le Ciel d'où jaillit la Lumière de la Vie et de la Vérité de la révélation chrétienne ; révélation qui seule est capable de renverser les fondements scientiste, matérialisme, nihiliste et tragique de la modernité et de sa mutation actuelle en totalitarisme numérique, et de sauver alors, non pas les maîtres vaniteux et endurcis de ce monde, mais la Communauté  universelle des croyants, celle des humains de bonne volonté, l'innombrable assemblée des cœurs croyants et aimants. De Michel Henry, on peut lire pour commencer La Barbarie, un livre paru en 1987, destiné au grand public) et, sur Henry et le christianismes, l'admirable ouvrage testament de Gabrielle Dufour - Kowalska, intitulé Relire la phénoménologie du christianisme de Michel Henry, paru chez Logos et Absolu UCL, et présenté ici par l'éditeur et par Antoine Vidalin.




Gabrielle Dufour-Kowalska (1939-2015) nourrissait, depuis de nombreuses années, un projet de livre sur le rapport de Michel Henry au christianisme. Elle eut la force et le courage de terminer in extremis son manuscrit, avant que la mort fasse son oeuvre. Auteure, en 1972, d'une thèse de doctorat en philosophie sur L’origine selon l’Éthique de Spinoza (Beauchesne, 1974), c’est à l’occasion de la présence de Michel Henry dans son jury qu’elle eut le privilège de le connaître. Cette rencontre marqua une orientation majeure dans sa vie et dans ses travaux, mais aussi le début d’une longue amitié. Ce livre posthume est une analyse très personnelle et originale d’un sujet complexe que Gabrielle Dufour-Kowalska a certes abordé avec sa connaissance de l’œuvre, mais aussi avec les convictions et croyances qui sont les siennes.


                                                                                                                                                                L'éditeur

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La pensée de Michel Henry, quinze ans après sa mort, demeure singulièrement méconnue en France. Sans doute que la Trilogie qui achève son oeuvre (C'est moi la véritéIncarnation et Paroles du Christ) a contribué à la mise sous le boisseau de cette pensée en France, aussi bien dans l'Université qui reprochera facilement au phénoménologue d'être devenu théologien, que dans l'Église où sa phénoménologie est rapidement qualifiée de gnose.

L'ouvrage de Gabrielle Dufour-Kowalska, ainsi que son titre le propose, vient à point nommé pour reprendre cette question à l'aune de l'ensemble de l'oeuvre. L'auteure (1939-2015), philosophe suisse d'origine polonaise, fut élève de Jeanne Hersch et auteur d'une thèse remarquée sur Spinoza. Suite à sa découverte émerveillée de L'essence de la manifestation, elle a été pionnière dans la réception de l'oeuvre de Henry par ses différents ouvrages qui, depuis les années 1980, suivent et commentent l'élaboration de sa pensée : Michel Henry. Un philosophe de la vie et de la praxis (Paris, Vrin, 1980) ; L'Art et la sensibilité. De Kant à Michel Henry(même éd., 1996) ; Michel Henry. Passion et magnificence de la vie (Paris, Beauchesne, 2003).

Consciente que la question du christianisme n'était pas nouvelle chez Henry mais irriguait dès le départ toute son oeuvre sans la dénaturer pour autant en théologie, elle tenait à livrer cet ultime ouvrage afin d'écarter les mésinterprétations de cette phénoménologie et rendre raison de ce qui lui apparaissait comme «une nouvelle philosophie chrétienne». Elle y parvint, malgré les fatigues d'une longue maladie, et acheva peu avant sa mort son oeuvre testament.

Une première partie s'attache à manifester dans L'essence de la manifestation les présupposés chrétiens de la pensée de Henry. Elle montre ainsi l'enracinement du concept d'immanence dans la mystique rhénane (en particulier chez Eckhart) où une vérité étrangère au monde et à la forme noétique se laisse reconnaître. À l'immanence, deux autres concepts phénoménologiques viennent s'ordonner de manière rigoureuse, celui de révélation (affective) et celui de vie, pour permettre l'élaboration d'une phénoménologie nouvelle, capable de scruter dans un discours rationnel une vérité originaire, plus ancienne que la pensée. En retour, se dessine une apologétique capable de justifier le christianisme dans sa vérité qui n'est pas du monde.

La deuxième partie propose le chemin inverse en tentant de rapporter la phénoménologie de Michel Henry à la religion chrétienne. L'auteure montre d'abord la grande cohérence de C'est moi la vérité (1996) avec L'essence de la manifestation (1963) grâce à la lecture de l'Évangile de Jean où Henry retrouve et accomplit sa recherche de l'originaire. Pour Gabrielle Dufour, la phénoménologie demeure cependant chez lui souveraine et c'est elle qui permet le transfert des concepts chrétiens dans sa sphère propre. La phénoménologie de C'est moi la vérité permet ainsi une nouvelle intelligibilité du Christ, elle est la véritable philosophie du christianisme en ce qu'elle rapporte ce dernier à sa vérité immanente qui est la révélation de la Vie absolue, comprise dans sa sphère spécifiquement phénoménologique. L'auteure insiste sur la nécessité de préserver la distinction entre les concepts phénoménologiques obtenus et leurs origines chrétiennes, et pointe par ailleurs, comme Xavier Tilliette avant elle, un certain déficit d'incarnation, puisque le Verbe incarné est toujours compris à partir de sa souveraine divinité (le Verbe de Vie). Mais c'est ainsi, reconnaît-elle, que Henry parvient à arracher l'homme à l'humanisme réducteur de l'existentialisme et de l'empirisme, en lisant l'incarnation de bas en haut : pas seulement l'humanité de Dieu mais la divinité de l'homme. La philosophie du christianisme fonde ainsi une anthropologie supérieure.

La troisième partie, sous le titre « et le Verbe s'est fait chair », veut montrer comment l'ouvrage Incarnation (2000) vient apporter une correction à C'est moi la vérité en permettant de penser l'incarnation comme la venue de toute chair en elle-même à partir de la donation de la Vie absolue dans son Verbe de vie. Dès lors, le «saut dans le péché» mais aussi la venue du Verbe dans la chair et la possibilité de la foi en lui pour toute chair trouve une intelligibilité phénoménologique, qui n'est rien d'autre que cette donation d'en haut éprouvée par toute chair au coeur de son impuissance et qui fonde la possibilité du salut et de toute intersubjectivité.
 
L'auteure est alors sensible à la nécessité d'élaborer en contrepoint d'une telle phénoménologie de l'incarnation une nouvelle théologie déployant à partir des Écritures et de l'Eucharistie cette donation d'en haut au coeur de l'existence humaine. Enfin, la philosophe montre qu'avec Paroles du Christ (2002), Michel Henry accomplit son œuvre en développant les implications d'une chair comprise comme parole de la vie et capable d'écouter en son coeur les Paroles de Dieu
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Cet ouvrage est ainsi une invitation à opérer un véritable renversement : après des siècles de philosophie séparée au cours desquels le christianisme n'était au mieux qu'un inspirateur ou un objet d'études, il s'agit avec Michel Henry de l'élaboration d'une nouvelle philosophie du christianisme, non d'une philosophie qui s'intéresserait au christianisme, mais de la philosophie commandée par la vérité dont témoigne le christianisme, la vérité de la vie, de toute vie humaine.                

                                                                                                                                                    Antoine Vidalin


samedi 14 septembre 2024

Toute pierre est montagne en puissance - Galerie Grâce - Bruxelles - septembre 2024

La Galerie Grâce accueille une peintre et une photographe, Saskia Weyts et Clara Gassull Quer, dans une exposition dialogue autour d'une présence mystérieuse qui de tout temps fascina les humains, celle des pierres. 



Le temps des pierres correspond à une échelle différente du temps des êtres humains. C'est un temps lent pour nous. Un temps où l'on a l'impression que rien ne se passe, alors qu’il change et se transforme. Le temps des pierres nous donne à penser et l'observation de ces choses demande du temps. 

Saskia Weyts et Clara Gassull Quer ont une pratique étroitement liée à l'observation, dans laquelle elles prennent le temps de regarder les choses, en essayant de voir au-delà de ce qui est visible à l'œil nu. 

Saskia, à partir d'une pratique méditative et à travers la peinture et le dessin, observe les pierres et essaye d’approcher le secret qu’elle recèle.

Clara, à partir d'une recherche et d'une pratique artistique qui combinent différents langages, les observe avec l'intention de créer d’autres imaginaires autour d'elles.


Le titre de cette exposition : Chaque pierre est montagne en puissance est tiré du livre La lecture des pierres, de Roger Caillois. Cette idée d’une transformation, d’une puissance contenue et d’un dépassement, intéresse les deux artistes, qui veulent l’approfondir dans leur dialogue.

Vernissage dimanche 8 septembre à partir de 11h / du 06 au 15 septembre, vendredis, samedis et dimanches de 11h à 19h.

Galerie Grâce, Impasse du Val des roses, 4 -1000 brussels / A quelques pas de la Place Saint Jean et du Parking Albertine / Contact : grace.gallery@icloud.com

vendredi 30 août 2024

Les racines de l'enfer


Grâce à Michel Weber

Après l'avoir lu et relu avec attention cet été, je recommande vivement et urgemment la lecture du dernier livre paru de Michel Weber Les racines de l'enfer, dans lequel le philosophe belge analyse de manière subtile et rigoureuse les liens intimes et inéluctables entre pouvoir et perversion. Ce livre va aux racines même du mal tout en démasquant les causes de la crise globale, infernale, décisive mais dépassable, que traverse actuellement notre humanité...


Voici la présentation qu'il fait de ce livre : "La profondeur, la polyfactorialité et l'intensité de la configuration crisique actuelle nous imposent de reprendre ab ovo la question du mal. Il semble maintenant difficile, en effet, de faire l'économie d’une analyse philosophique — ponérologique - des entrelacs existant entre politique, théologie et psychologie pour comprendre à la fois les enjeux crisiques et les contours du démoniaque. En mettant en synergie les pensées théologique, politique et clinique du mal, la ponérologie politique, portée sur les fonts baptismaux par Lobaczewski en 1985, ne constitue finalement que le remembrement d’une tradition philosophique millénaire. Que nous apprend-elle ? Que le premier péché est celui contre l’anarchie, et qu’il est le propre du pervers."



Ce livre est disponible sur I6doc.com La librairie des éditions scientifiques



samedi 24 août 2024

Va vers toi par ce chemin qui est en toi

 Grâce à toi Annick de Souzenelle


Le 11 août dernier, à l'âge de 101 ans, 
Annick de Souzenelle est née au Ciel, comme disent nos soeurs et nos frères Orthodoxes qu'elle rejoignit à 36 ans. Annick de Souzenelle passa une bonne partie de sa vie à étudier et à traduire 
lettre à lettre 
le texte hébreu de la Genèse, ce qui donna deux volumes d'une profondeur inouïe des récits de la création, de la chute, de l’exil et de nombreux autres ouvrages consacrés aux riches développements qu’autorisaient ses découvertes véritablement inspirées d'En haut. Selon ses termes, elle donne «une lecture chrétienne du texte hébreu de la Genèse » qui constitue une lecture absolument nouvelle et vivante de ce texte fondateur qui corrige les nombreux et graves contresens des traductions historiques et rétablit la profondeur, la continuité et l'actualité de la Révélation ouvrant des perspectives spirituelles inouïes dans de multiples orientations. Sur son site, elle résuma en une page très dense ce
 Mythe fondamental pour l’humanité du premier Livre de la Bible intitulé La Genèse. 
En son hommage et en guise d'introduction à son oeuvre essentielle pour notre temps apocalyptique, je republie cette page ici.  


Dans l’Évangile de Marc (8, 22-26), Jésus met de la salive sur les yeux de l’aveugle, lui impose les mains et lui demande s’il voit quelque chose. Levant le regard, l’aveugle dit : « Je vois des hommes ; ils sont comme des arbres qui marchent.» Mais comment accéder à ce monde visionnaire sans entrer d’abord dans le monde des symboles. Le symbole de l’Arbre est présent dans les textes sacrés de notre tradition judéo-chrétienne. Arbre de Vie, Arbre de la Connaissance, Arbre des Sephiroth, Arbre de la Croix… mais que nous disent tous ces arbres ? Ils nous parlent d’aspects essentiels, de réalités profondes, ils nous disent de « qui nous sommes » et « vers où nous allons »… A.d. S 2023


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"Dans la Genèse, écrit Annick de Souzenelle : la femelle n'est autre que les shamaïm (les cieux), alors appelée adamah dans la fonction matricielle du shem (le NOM) qu'elle porte. La adamah est mère (et mer) des profondeurs de tout être humain ; elle doit être cultivée - ce qui signifie qu'Adam doit faire oeuvre mâle en elle, en pénétrer chaque énergie, la nommer, la travailler, afin de construire l'Arbre de la Connaissance et de faire mûrir son fruit, le divin en l'Homme.  Adam a pour vocation de se mettre au monde ; dans ce sens, il a vocation de maternité. L'Adam du Sixième Jour, encore confondu avec sa Adamah, baigne dans les eaux de l'inconscience ; les énergies de celles-ci, douées d'une vie autonome, jouent à la place de l'Homme et il ne le sait pas ! Ceci décrit la situation actuelle d'exil dans laquelle l'Homme est maintenu parce qu'il se détourne de lui-même et de Dieu. L'Adam du Sixième Jour (et celui de l'exil) est incapable de travailler sa Adamah. " Il n'y a pas d'Homme pour cultiver la terre [Adamah] ", dit le texte du Septième Jour. Nos traducteurs exilés ont déduit de ce verset de la Genèse l'inexistence de l'Homme, qui venait cependant d'être créé au Sixième Jour ; ils en ont conclu que ce deuxième chapitre de la Genèse constituait une autre Genèse, étrangère à la première ; et la critique historique d'aller bon train ! Or, ce deuxième chapitre de la Genèse décrit un jour où " Elohim se retire [shabbat] " pour que croisse YHWH, comme un père le fait devant un fils qui commence à affirmer son identité, car YHWH, JE SUIS, est l'identité réelle d'Adam, par laquelle il peut devenir conscient de lui-même. En ce Septième Jour, un processus de différenciation s'accomplit entre Adam et sa Adamah ; l'Homme entre en résonance avec son noyau divin fondateur, il sort de son être collectif pour devenir sa personne et faire croître son arbre. Elohim dit : " l'Homme coupé de lui-même ne peut s'accomplir " (verset généralement traduit par : " il n'est pas bon que l'homme soit seul ").  Elohim initie alors Adam à faire oeuvre mâle en lui-même, à nommer les animaux (énergies) de sa Adamah pour transmuter leur peau (ténèbres) en lumière (jeux de mots hébreux intraduisibles):  Elohim fait " communiquer " Adam avec lui-même dans des " face-à-face " incontournables pour son accomplissement. Adam cherche le face-à-face total ; il est alors " endormi " d'un sommeil qui est en réalité un éveil, au coeur duquel Dieu lui montre la totalité de son autre côté. Cet " autre côté " n'a jamais été une côte : il est le côté " inaccompli ", donc encore voilé, de l'Arbre de la Connaissance qu'est Adam dans sa totalité ; il est " dressé " par Dieu, devant cet Adam, en " épouse ", Ishah, dont Adam est l'époux ; Ish. Ishah est l'autre nom des shamaïm, les cieux, appelés Adamah en tant que mère des profondeurs et maintenant Ishah, " épouse " d'Adam.
Lorsque Adam découvre son épouse et l'enfant divin qu'elle porte, il vit une extase et s'écrie : " Voici celle qui est os de mes os et chair de ma chair " ce qui en hébreu signifie : " Voici celle qui est la substance de ma substance [qui se tient cachée sous les apparences] et l'Image divine que je suis ". Car la " chair ", basar, " scellée dans les profondeurs de cet autre côté " est l'Image divine fondatrice, constituée de bar, le " Fils " (le shem) et d'une présence secrète symbolisée par la lettre médiane de ce mot, le shin, première lettre du mot shem, le NOM, dont l'idéogramme primitif (flèche retenue au bout d'un arc tendu à l'extrême) exprime " l'esprit " qui est en l'Homme.
L'esprit est puissance de l'éros qui (départ de la flèche) rend capable l'accomplissement du Fils (le logos grec). La puissance de l'éros est, dans le principe, celle du désir infini de l'Homme pour son Dieu, qui ne peut se traduire dans un premier temps que par ses épousailles avec Ishah ; elle est une pulsion de vie informationnelle car elle transforme les énergies potentielles de Adamah en informations - le conscient - ; elle fait croître la sève de l'Arbre de Connaissance dont Adam va devenir le fruit : le Fils - JE SUIS - totalement accompli.
Ce Grand Oeuvre est possible, puisque maintenant " Adam et son Ishah sont deux ; ils connaissent le chemin qu'ils ont à faire ; ils ne sont plus confondus " ; ce verset, à un premier niveau de lecture est traduit par : " ils étaient tous les deux nus et ils n'en avaient pas honte ". C'est à cette hauteur du mythe qu'intervient, au milieu de tous les animaux (les énergies) intérieurs d'Adam," le serpent, le plus rusé de toutes les énergies ". Ici, la racine du mot hébreu arom " rusé ", est aussi celle du mot qui vient de qualifier Adam et son Ishah et que l'on a traduit par " nu " au verset précédent.
Le serpent doué de savoir et de savoir-faire est une émanation du Satan, l'Adversaire ; il va tenter de déstabiliser Adam en s'adressant à son épouse Ishah. Ishah prend le fruit de l'Arbre de la Connaissance que lui tend le serpent-Satan ; elle le donne à son époux qui le mange. Adam entre alors dans l'illusion totale d'être devenu JE SUIS ; ce " je " illusoire est l'ego du monde de l'exil, qui se trouve alors en relation avec l'extérieur des choses et d'Adam lui-même, mais coupé de l'intérieur, coupé d'Ishah dont il croit qu'elle est devenue sa totale lumière. Réduit à l'état animal du Sixième Jour, Adam n'est plus que l'homme devant la femme alors seulement appelée Eve. Eve devient mère biologique dans le monde extérieur alors que c'était à lui Adam, de devenir mère ontologique, mère du Fils intérieur, JE SUIS.  

Annick de Souzenelle


En 2010 Annick de Souzenelle ouvrit à Angers L'institut d'Anthropologie Spirituelle qui propose un cycle d’études à ceux qui entendent le Va vers toi,  à savoir l'appel divin adressé à Abraham et qui ressentent alors la nécessité de prendre un chemin qui implique des renversements à la verticale, renversement dans lequel l’humanité totale est aujourd’hui saisie et auquel chaque personne dans son expérience unique peut donner sens et accomplir sa filiation en Dieu.


lundi 24 juin 2024

Parution de Or, tu es né


J'ai le plaisir de vous annoncer la parution 
aux Editions Grâce à Bruxelles de Or, tu es né, mon recueil de poésies, de prières, de tracts, de prescriptions, de textes sur l'art et de grâces rendues des années 70 à nos jours. Dix poèmes tirés de ce recueil, rassemblés sous le titre Où est l'Ailleurs ? ont été édités séparément en version graphique en 20 exemplaires.  
Ces ouvrages ont parus à l'occassion de mon exposition Disparitions -- Apparitions 
à la Galerie Grâce en juin 2024. Ils sont disponibles aux Editions Grâce *

Je publie ci dessous les deux textes d'où sont tirés les titres de ces publications





Paradis retrouvé


Aquarelle 


Flux et reflux de l'eau mêlée aux couleurs qui s’irisent au vent marin               


Recréation perpétuelle 


Pourtant, l'Ange déchu qu’est l’homme sombra dans sa rancœur 

et fit du Miracle restitué un cauchemar à son image 


Mais des fils de l’homme allant par des chemins écartés reçurent dans leurs âmes 

un peu de la beauté du monde créé pour leurs retournements 


Peu à peu, les rancœurs s'évanouirent de leurs cœurs 

et la lueur vivante illumina à nouveau leur Nuit


 La voix qui murmurait depuis toujours dans leurs songes, dit plus fortement à l’un d’eux : 

- Mon enfant, dis une seule parole et tu seras guéri de la première mort et de la deuxième 


Parole inouïe pour lui et toujours incomprise de la plupart 


La voix dit encore à l’enfant : 

- Mon enfant, si ta résurrection te semble si difficile à croire, songe à ceci : 

ta naissance n'est-elle pas plus incroyable encore que ta résurrection ? 

Or, tu es né


1985


                                                                  __                                                                    



     Où est l’Ailleurs ? 


L’Ailleurs sera toujours ailleurs où que tu ailles 

D’où il se trouve que l’Ailleurs est là où personne ne le cherche 

Même pas au bout de tes doigts, mais plus près encore de toi 

Même pas sous tes paupières, ni dans tes pupilles, ni sous ta peau veinée

Même pas dans ta chair chaude

Mais là où tu vois

Entends et sens l’Ailleurs couler et battre !



1982


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