lundi 11 juin 2018

Pour une Communauté des coeurs priants



Grâce au Frère Michel

 Alors qu'hier nous célébrions le Sacré-Coeur de Jésus, je retrouve aujourd'hui dans mes archives une lettre que j'avais adressée au Frère Michel, un dominicain lecteur de Michel Henry, qui en décembre 2007 avait organisé à Bruxelles une rencontre/dialogue entre musulmans et chrétiens et cela au moment où pour la première fois 138 hauts dignitaires musulmans venaient d'adresser à tous les chrétiens un Appel à la fraternité. Dans cette lettre, je suggérais au Frère Michel, et à travers lui aux Dominicains, la création entre juifs, chrétiens et musulmans d'une Communauté des coeurs priants ; une communauté de prières constituée par des croyants des trois religions du Livre, qui plus que jamais me semblait nécessaire dans le climat de durcissement de l'Islam. (on pourra lire cette lettre ci-dessous) 
 
Je relance cette idée ici car tragiquement depuis 2007 ce durcissement s'est considérablement aggravé et nous avons tous été plongés dans la consternation et dans l'impuissance face aux crimes innombrables et abominables commis par des fanatiques au Nom d'un Dieu nommé Allah - un Nom qui, je le rappelle, signifie Le Dieu. Ces crimes, on le sait, ont le plus souvent  frappés à l'aveugle des innocents, en Europe et plus encore dans les pays musulmans, dans un contexte de guerres internes à l'islam lui-même, à savoir un conflit entre les sunnites et les chiites et leurs propres fondamentalismes radicalisés...   Ces conflits inextricables entre les frères ennemis depuis les origines de l'islam étant nourris par des potentats locaux eux mêmes instrumentalisés par leurs alliés fournisseurs d'armes et bien décidés à se payer un jour sur  les trésors enfouis sous les ruines et les cadavres, à savoir les dieux de notre temps : Le Pétrole et son frère le Gaz !   Les terroristes fanatiques, jeunes pour la plupart, semblent ignorer les vrais enjeux de ces conflits dans lesquels ils seront, après usage, broyés et jetés par leurs maîtres. Ces dupes ont laissé les forces en présence détourer à leur profit leur haine et leur ressentiment à l'égard des pays de migration où ils survivaient dans une frustration sans solution.  Faut-il rappeler que L'Europe des années soixante attira à elle des populations pauvres des pays colonisés d'Afrique du Nord, de Turquie et du Moyen Orient, afin de se procurer une main d'oeuvre à bon marché ? Le Résultat, trois générations plus tard, est quelques millions jeunes gens, enfants de ces travailleurs immigrés, devenus des européens de plein droit,  jetés à la marge de pays qui n'ont plus besoin d'eux ! Il ne s'agit pas une seconde de justifier les crimes injustifiables qui ont été commis, mais de rappeler quelques causes qui ont poussé vers le fanatisme et la folie criminelle et suicidaire une part marginale de la jeunesse issue de l'immigration. Cette jeunesse profondément désoeuvrée, désorientée et désespérée ne trouvant plus le moyen de survivre que dans les petits boulots méprisés, les petits trafics illégaux ou alors dans le délire géant que leur offre un islam armé de sa puissance et de son dieu exclusif ! Un islam qui leur offre une cause et un combat où jeter sa vie et celles des autres est le prix sacrificiel à payer pour gagner le paradis et ses délices. Un islam plein aux as, qui, d'entrée de jeu, paye cash ses recrues et leur fournit un paradis immédiat, pour autant que l'enfer en ce monde -- dont la cause est l'infidèle, à savoir l'autre, l'autre que le musulman -- soit au préalable détruit fusse au sacrifice de sa vie. On reconnait dans ce délire sacrificiel le point commun aux discours de propagande de tous les totalitarismes passés ou présents. Un discours qui est le calque inversé du seul et véritable combat que chaque humain est appelé à mener sur cette terre  : le combat intérieur contre son ego et ses délires d'omnipotence.
Le Frère Michel, lors de cette rencontre de 2007 entre chrétiens et musulmans, nous invitait à soutenir notre espérance commune de fraternité et d'amour par la communion de nos prières. 


Là ou deux ou trois sont unis en mon Nom, je suis...
    

Bruxelles 
Le 21-12-2007

Frère Michel,

Permets-moi de prolonger quelque peu notre dialogue avec nos frères musulmans sur le thème de la prière.

Cette humble rencontre s'est tenue alors que 138 hauts dignitaires musulmans venaient d'adresser à tous les chrétiens un Appel à la fraternité. Cet Appel est un événement dans l'histoire humaine et spirituelle et un signe espéré depuis longtemps dans le coeur des hommes de bonne volonté. 
 
Il faut saluer le courage de ceux qui ont lancé un tel Appel car ils s'exposent à des pressions, à des menaces, voire à des représailles de la part des fanatiques armés.  

Nous devons absolument saisir cette main tendue et approfondir le dialogue sur le fondement commun mis en avant par ces dignitaires dans leur Appel : 

"… la croyance en un Dieu d'Amour qui donne comme commandement de vie à tous les hommes de L'aimer et d'aimer leur prochain ".

Notre réflexion commune sur la prière se trouve au coeur même de ce commandement de vie donné par l'Amour.  

Dans nos échanges, nous nous sommes demandés :
Qui voulons nous rejoindre lorsque nous prions, lorsque nous joignons les mains, lorsque que nous nous inclinons ou, pour nos frères musulmans, lorsque nous nous couchons face contre terre, et nous tournons vers La Mecque ou le ciel étoilé ?

Un Dieu lointain, au delà de tout, abstrait, indicible, abscons ?

Comment pourrions-nous rejoindre un tel Dieu hors de nous, avons-nous demandé.

Ne pourrions-nous chercher à rejoindre le Dieu qui nous a donné le pouvoir de joindre les mains, de nous incliner et de nous tourner et de nous recueillir. Car, tous ces pouvoirs, si simples en apparence, nous ne pouvons pourtant pas nous donner à nous-mêmes. Et d'où peuvent-ils nous venir sinon de la vie qui nous est donnée à chaque instant par la Vie ? 

La Vie, le nom que s'est donné lui-même le Dieu d'Amour.
La Vie, le nom du Dieu proche, plus proche de nous que notre veine jugulaire, avons-nous rappelé avec le Coran.

Si nous voulons prier, rejoindre la Vie qui nous donne sa vie par Amour est-ce donc que nous en étions séparés ? 
Certes non car jamais Dieu ne se sépare de nous. 
C'est donc que nous l'avions oublié, Lui, le Dieu qui nous donne tous nos pouvoirs, y compris celui, vertigineux, de la liberté de nous en séparer et la liberté de le rejoindre. Le rejoindre, Lui, qui ne se sépare jamais de nous.  
 
Mais où pourrions nous rejoindre la Vie et prier ensemble le Dieu Vivant ?

Dans une église, une mosquée, une synagogue, à Rome, à Jérusalem, à la Mecque ?
Dans un lieu saint, dans telle posture, au milieu d'une assemblée de croyants ou de pèlerins, dans tel lieu du monde ?
Dans le monde du dehors, le monde objectif, où nous ne trouverons que des objets morts et jamais la vie ?

Certes on peut le prier partout mais à la seule condition de le prier là où il est en vérité : seulement en nous, là où la Vie vit, là où elle constitue notre intériorité, notre affectivité vivante, notre âme et notre coeur.

La vie s'éprouve hors du monde, dans l'invisible, dans nos coeurs.

C'est dans notre coeur que nous pouvons rejoindre notre vie et éprouver l'amour car c'est dans nos coeurs que le Dieu Vivant a insufflé sa Vie et son Amour. C'est encore dans nos coeurs que nous pouvons nous aimer les uns les autres par la grâce de l'Amour qui nous donne le pouvoir de vivre et d'aimer.

C'est ainsi que s'éclaire cette Parole du Christ : ''Mon royaume n'est pas de ce monde'' ; et cette autre : "Il ne sert à rien de prier des lèvres si le coeur ne prie pas "; et celle ci " Car où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d'eux ! "; ou cette parole du Coran, que nous avons évoquée : " Dieu est plus proche de toi que ta veine jugulaire." Cor. 50, 16 (Qâf)  

Mais qui suis-je pour dire ces choses ?

Je suis un chercheur de Dieu, un chrétien, un enfant de d'Amour, un fils du Père. Avec Pascal, je peux dire : "je l'ai cherché car il m'avait déjà trouvé."

Alors, cher Frère Michel par la grâce du Père, j’ose proposer à ta réflexion cette idée qui m'est venue : créons, avec nos Frères croyants qui le désirent, la Communauté du Coeur de Dieu, ou la Communauté de coeurs priants. Rendons visible dans le monde, par notre libre volonté, par notre prière commune et par la grâce de Dieu, la communauté  des coeurs aimants dans le Coeur d'Amour de Dieu, la Famille rassemblée des enfants de la Vie et de l'Amour.

Fraternellement à toi et à notre frère Michel Henry…

Robert Empain


Illustration : Robert Empain : Aquarelle 60 x 80 cm. 2009


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